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L'homéopathie L'homéopathie

En 1790 un médecin allemand, Christian Friedrich Samuel Hahnemann, scandalisé par les pratiques médicales médiévales de ses contemporains, notamment les saignées, les diètes et vomitifs toxiques, se mit en tête de révolutionner la science médicale. Il écrivit plusieurs livres reposant sur ses propres expériences comme la Matière médicale, mais dont le plus connu est sans aucun doute l'Organon ou l'art de guérir (1810) dans lequel il évoque aussi les massages, le magnétisme animal, l'hydrothérapie, l'électrothérapie, et l'hygiène (mentale et sexuelle), tout en posant les fondements de ce qui deviendra la médecine homéopathique. Ses livres et ses enseignements forment toujours la base et la principale substance de l'homéopathie de nos jours. Partant d'une pratique clinique, Hahnemann construisit tout un système complet de prétendues lois naturelles (Hahnemann qualifiait ses théories de "lois de la nature") et mit au point une vaste pharmacopée de médicaments homéopathiques exposée dans un premier recueil Fragmenta de viribus medicamentorum en 1805.


Les principes

Le principe de base de l'homéopathie est la notion selon laquelle la santé et la maladie reposent sur le fonctionnement d'une "force vitale", la dynamis d'un Hahnemann alors porté sur les théories vitalistes, une énergie immatérielle présente dans tous les êtres vivants et responsable de tous leurs maux, de leur guérison et de l'efficacité des médicaments. Le fonctionnement de cette force vitale aurait un rapport direct avec la santé, car si cette force vitale venait à être perturbée, la maladie survient. La maladie est définie comme un ensemble unique et personnel de symptômes caractéristiques de chaque patient en particulier. L'homéopathie explique les causes de la maladie comme des agents perturbateurs de cette force vitale, et les différentes maladies sont regroupées en quelques catégories simples, présentant des profils de symptômes similaires. Hahnemann décourageait toute recherche de causes cachées intérieures, rejetant le matérialisme médical, et tout diagnostic des maladies.

La méthode diagnostique homéopathique est centrée autour de ce qui est appelé la "prise" du profil du patient. De façon idéale, ceci implique une investigation méticuleuse de l'environnement du patient, des conditions familiales, des antécédents, de la situation professionnelle et sociale, ainsi que tous les symptômes perçus par le patient et même par les personnes qui lui sont proches. Par symptômes, la pratique homéopathique se réfère à tout ce qui peut être perçu comme inhabituel.

Pour guérir, nous avons besoin de médicaments, comme l'homéopathie ne reconnaît que les symptômes interprétés comme des perturbations du bon fonctionnement de la force vitale, il s'ensuit logiquement que les médicaments sont eux-mêmes considérés comme des éléments pouvant entrer en conflit ou affecter cette force vitale, causant toutes sortes de symptômes. A partir de cette logique, Hahnemann divisa les médicaments en trois principaux groupes : antipathique, qui sont les médicaments causant des effets à l'opposé de ceux de la maladie (de anti=contre); homéopathique, qui sont les médicaments provoquant des effets identiques à ceux de la maladie (de homeo= identique) et enfin allopathique décrivant ceux ayant des effets qui ne sont ni identiques, ni opposés à ceux de la maladie (de allo=différent, autre)

En se basant sur une certaine pratique et sur sa logique, Hahnemann développa une théorie qu'il nomma "la loi de similitude". Selon cette théorie, un médicament causant des symptômes identiques à ceux de la maladie dépasseront la maladie, à tel point que la fonction morbide de la force vitale sera reportée sur le médicament, et non plus sur la maladie elle-même, comme les effets du médicament disparaîtront ensuite, le patient guérira. Ainsi, Hahnemann déclare que l'ensemble constituant les médicaments homéopathiques est le seul à pouvoir guérir réellement.

Afin de savoir quels étaient les symptômes que cause chaque substance, Hahnemann a recours à une approche purement empirique : il administre la substance à des personnes en bonne santé (dont lui-même) et en enregistre prudemment les effets. Ainsi, si une substance cause les symptômes de la migraine, c'est qu'elle doit être capable de soigner la migraine ! Cependant, ce n'est pas aussi simple, comme chaque maladie n'est pas seulement considérée comme un symptôme unique, mais comme un ensemble complet de symptômes considéré comme unique à chaque cas, l'effet d'une substance sur une personne en parfaite santé est rarement un symptôme unique et distinct, mais bien plutôt un ensemble de symptômes. Hahnemann enregistra tout ce que ses sujets sentaient pendant les essais comme étant la conséquence des prises de drogues, bien que les mesures pouvaient fort bien être faussées par le fait que les individus étaient susceptibles de sentir quelque chose n'ayant aucun rapport avec les substances avalées, mais dues à d'autres causes postérieures aux essais.

Les résultats de ses "recherches" ont été compilées dans un ouvrage intitulé la Matière Médicale, complété par la suite par ses disciples. Le traitement homéopathique est établi après que le profil des symptômes du patient soit évalué, puis vient ensuite la consultation de la Matière Médicale afin de trouver le médicament le plus approprié à l'ensemble de symptômes relevés, supposé être le médicament qui guérira chaque cas particulier.
Étonnamment, le médicament recherché sera celui correspondant au maximum de symptômes relevés chez le patient, comparés aux symptômes enregistrés pour la substance sélectionnée, mais ceux qui ont été relevés à propos de la substance choisie et qui ne correspondent pas au profil du patient sont ignorés. Pour expliquer cette lacune Hahnemann déclare que certains mécanismes sélectifs non explicités assurent que les bonnes propriétés du médicament sont activées. Ce tour de passe-passe est très pratique étant donné que la plupart des médicaments homéopathiques ont une liste de plusieurs symptômes, allant parfois jusqu'à plus de cent.

L'autre pierre angulaire de l'homéopathie est la potentialisation des médicaments. Certaines des substances de bases testées par Hahnemann sont toxiques et peuvent être causes d'effets au minimum déplaisants et au pire dangereux, voire se révéler être de véritables poisons. Manifestement, en dehors des tests plutôt risqués, il serait pour le moins expéditif d'ajouter aux souffrances de gens malades en leur donnant en plus des substances toxiques, surtout lorsqu'on sait que c'était exactement ce que Hahnemann reprochait à ses contemporains. Donc, il commença à diluer ses substances, utilisant une procédure spéciale de vigoureuses secousses qu'il nomma "succussion". Il mettait 1 mesure de substance brute dans une fiole et ajoutait 99 mesures de diluant (eau ou alcool) obtenant 1 Centésimale Hahnemannienne ou CH, après une bonne "succussion" l'opération est renouvelée en reprenant 1 mesure du mélange ainsi obtenu, pour de nouveau la diluer dans 99 mesures de diluant, opération répétée de nombreuses fois. Après n étapes, la dilution, ou puissance, résultante est appelée nCH. Des dilutions de 30CH, voire plus, sont fréquentes.

Certaines substances solides sont d'abord moulues pendant un long temps dans un mortier, parfois avec la dilution. Malheureusement pour Hahnemann, mais grâce aux avancées de la science, et surtout de la chimie, nous savons désormais qu'il y a un nombre limité de molécules dans toute substance, et que des dilutions supérieures à 12CH ne contiennent plus une seule molécule de substance originale. Néanmoins, Hahnemann s'arrangea pour enregistrer des symptômes présumés, causés non seulement par des versions diluées de substances déjà testées, mais aussi de substances qui n'avaient aucun effet même non diluées, comme par exemple le sable. Il conclut en disant que le processus de dilution purifiait et amplifiait en quelque sorte l'effet des substances, et il est vrai que pour les homéopathes, les plus hautes dilutions sont considérées comme étant les plus puissantes et les plus efficaces, allant complètement à l'encontre du savoir scientifique actuel, et surtout des connaissances en chimie.


Homéopathie et médecine conventionnelle

Les pratiques médicales à l'époque d'Hahnemann étaient donc en général assez déplorables. La compréhension des mécanismes, et des connexions, entre les micro-organismes et les maladies émergeait, mais la découverte de médicaments efficaces contre les maladies infectieuses ne se fera qu'au siècle suivant. Avec une utilisation des pratiques antiseptiques qui commençait à poindre, la chirurgie commençait tout juste à sauver davantage de vies qu'elle en éliminait, mais la pratique de tous les jours consistait surtout en des sangsues, saignées, lavements et différentes substances médicales médiévales qui nécessitaient d'avoir une santé de fer pour y survivre.

Hahnemann réagissait violemment contre ces pratiques, ses travaux sont emplis de cette rage contre les praticiens conventionnels qu'il qualifiait d' "allopathes". Les partisans de l'homéopathie moderne tendent à prendre le même chemin, ils perçoivent la médecine moderne comme mauvaise et dangereuse, contrairement à l'homéopathie qui est perçue comme la panacée, le remède idéal et de surcroît sans effets secondaires. On s'étonne même que ce poncif demeure en l'état de nos jours, car s'il existait et s'il était si facile de fabriquer des médicaments efficaces sans aucun effets secondaires, les grands laboratoires se seraient depuis longtemps jetés sur le filon, et les médecins les prescriraient en premier lieu.

Pour se parer d'habits savants, l'homéopathie est de nos jours une des seules pratique à encore manipuler avec tant d'ardeur le latin face au public. En effet, et cela contribue à ce que la placebothérapie soit plus performante, les noms des remèdes sont la plupart du temps restés en latin, dans le but d'en masquer la réalité à des patients non latinistes et pour qui le latin fait savant. Aussi s'émerveille-t-on de trouver au XXI° siècle dans la pharmacopée homéopathique des remèdes aux dénominations magiques telles que Pulex felis (puce de chat), Pediculus capitis (pou de tête), Mustela foetidia (glande anale de putois), Lumbricus terrestris (ver de terre), Periplaneta americana (blatte d'amérique) voire Saccharum lactis (le bon vieux lactose) qu'un marabout africain ne renierait pas.


Les bases scientifiques

Les dilutions : La principale critique que l'on peut faire de l'homéopathie vient du système des dilutions. Dans les préparations au-delà de 12CH il ne reste plus que du diluant, et même à des dilutions inférieures il est difficile de croire que le peu de molécules encore présentes aura un effet chimique. Les disciples de l'homéopathie ont une parade à ce doute plus que légitime, en arguant que le diluant transporte les effets de la substance originale, qu'il aurait une espèce de mémoire. Aucun mécanisme connu de la physique moderne n'est en mesure d'expliquer un tel phénomène, et aucune discipline scientifique au sein de la physique et de la chimie, n'a jamais été capable de faire la preuve d'un quelconque effet qui pourrait suggérer une eau (ou de l'alcool) ayant la mémoire de substances ayant été en son contact.

Pour ce qui concerne les médicaments homéopathiques, les déclarations sont claires : ces préparations auraient un effet distinct et perceptible lorsque prises par des personnes en parfaite santé. De ce fait, il doit être relativement facile de mesurer cet effet par des tests en double-aveugle contre placebo. En donnant à un groupe soit le médicament, soit un placebo, il devrait être possible de déduire de l'observation quel est le groupe ayant reçu le médicament homéopathique et lequel a eu le placebo. Un certain nombre de tests contre placebo ont été publiés, certains présentèrent un effet, mais d'autres aucun. Certaines études auraient même montré un effet supérieur au placebo. Généralement, ces tests ont, pour de multiples raisons, été conduites avec une méthodologie plus ou moins défectueuse, et les méta-analyses ont montré que plus la méthodologie était objective, plus les résultats étaient sans équivoques possibles, c'est-à-dire négatifs.

La Loi de similitude : La "loi de similitude" est un peu plus complexe. Certaines maladies, qui ont des symptômes identiques, sont connues pour interagir entre elles, à tel point qu'une maladie peut en supplanter une autre. C'est ce que Hahnemann avait observé et c'est ce qui le poussa à développer sa théorie. Cependant, ces exemples peuvent être expliqués par différents effets. L'immunité acquise contre un micro-organisme peut tout à fait s'activer contre un autre apparenté (vaccine/variole), la réaction générale du corps peut être efficace contre plusieurs maladies (comme la fièvre par ex.), et l'attention peut ne se focaliser que sur un seul point (un faible symptôme qui n'a pas été remarqué, noyé par la présence d'un plus puissant). Hahnemann a listé un certain nombre d'autres exemples supposés soutenir la loi de similitude, mais ils sont pour la plupart très peu convaincants. Par exemple, il avait noté que l'éclat du soleil supprimait la lumière d'une lampe, non seulement nous savons ce qui se passe (et sans doute qu'Hahnemann le savait aussi), mais même si la lumière de la lampe n'est pas visible, elle continue de chauffer, et n'est pas éteinte par le rayonnement solaire pour autant. En tout cas, la science moderne n'a jamais trouvé d'indices indiquant l'existence d'une loi de similitude en tant que loi universelle et immuable.

L'homéopathie considère la maladie différemment de la médecine scientifique. La médecine se focalise généralement sur la recherche de la cause de la maladie, cette cause sera le but visé par le traitement, même si le symptôme exact peut varier d'un individu à un autre. Par contre, l'homéopathie considère chaque cas comme un ensemble unique de symptômes nécessitant un choix de médication particulier. Ainsi, deux patients avec la même maladie peuvent se voir prescrire différents médicaments par des homéopathes, qui auront diagnostiqué deux maladies différentes. Ce qui rend les tests plus compliqués à réaliser.

L'homéopathie affirme l'existence d'une force vitale ou d'un principe vital. Cette force vitale est, paraît-il, ce qui fait la différence entre une chose animée et une chose inanimée (bien qu'Hahnemann ne la considérait pas comme une âme), et est supposée être le régulateur supérieur de la santé. A l'époque d'Hahnemann, la connaissance limitée du fonctionnement du corps humain laissait de grands espaces vides permettant de conjecturer l'existence d'une telle force, mais comme nous avons depuis énormément progressé, grâce à la recherche, dans notre connaissance du fonctionnement interne des organismes vivants, nous savons que cette force vitale n'a aucune existence objective dans le monde physique. S'il avait vécu jusque là, Hahnemann aurait vu sa définition de la force vitale disparaître.


Pour aller plus loin :
- La vraie nature de l'homéopathie Thomas Sandoz
- L'Homéopathie, Jean Jacques AULAS.
- Tempête sur l'homéopathie, Elie Arié et al.
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL, Documents Payot.
- Les médecines douces, Jean-Jacques AULAS, Broché.
- Les pseudo-médecines, Jean Brissonnet
- Le sommeil de la raison (Une mode : les médecines douces). Norbert Bensaïd
- Le mystère du placebo. Patrick Lemoine.
- Au coeur de l'extra-ordinaire, Henri BROCH

A lire aussi :
- L'homéopathie
- Les dernières nouvelles sur l'homéopathie
- Tout ce que vous n'avez jamais voulu savoir sur l'homéopathie
- Homéopathie - Les Laboratoires Boiron pris la main dans le sac
- Canis homeopathicus (homéopathie vétérinaire)
- Homeowatch (en anglais, la plus grosse base de données critiques et historiques sur l'homéopathie)
- La pensée magique dans les médecines parallèles.
- Homéopathie et obscurantisme.
- Pseudo-médecines : l'homéopathie
- Qu'est-ce que l'effet placebo ? - Est-il possible d'avoir une opinion nuancée sur l'homéopathie ?

Références :
- Are the clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy.
- Ultramolecular homeopathy has no observable clinical effects. A randomized, double-blind, placebo-controlled proving trial of Belladonna 30C
- Homoeopathic Oscillococcinum for preventing and treating influenza and influenza-like syndromes.
- Are the clinical effects of homeopathy placebo effects? A meta-analysis of placebo-controlled trials.
- Trial shows that homoeopathic arnica is no better than placebo
- Special Report Degrees in homeopathy slated as unscientific. Nature 446
- Ultrafast memory loss and energy redistribution in the hydrogen bond network of liquid H2O. Cowan ML, Bruner BD, Huse N, Dwyer JR, Chugh B, Nibbering ET, Elsaesser T, Miller RJ.
- Homeopathic arnica for prevention of pain and bruising: randomized placebo-controlled trial in hand surgery.

Notes :
Allopathie : cette expression, inventée par Hahnemann et utilisée par les homéopathes (et leurs disciples), est utilisée pour désigner la médecine. Pour autant, ce terme est mal approprié étant donné que la médecine ne tente aucunement d'induire des symptômes, seraient-ils "différents", mais travaille à partir d'un "paradigme" totalement différent (voir article du NCAHF). Pourtant, les homéopathes tentent toujours d'orienter la discussion dans la direction des erreurs de l'"allopathie", en évoquant inévitablement les résistances aux antibiotiques ou l'affaire du Thalidomide. Faire étalage d'erreurs ou de conséquences de la médecine et de sa médication ne valide pas pour autant l'homéopathie, cela ne rend pas vraies pour autant ses propres théories, ni ne prouve quoi que ce soit au sujet de sa pseudo efficacité.