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La kinésiologie Dr Jean-Marie ABGRALL
La kinésiologie est un exemple de déviance des techniques fondées sur la "maîtrise du corps". Sous un nom pompeux dont le but est de créer un amalgame avec la kinésithérapie et la physiologie, la kinésiologie et son aspect "éducatif", l'édukinésiologie, représentent un avatar relativement récent des techniques psychosomatiques proposées comme système thérapeutique et éducatif dans le cadre de la notion générale et fumeuse de "développement personnel".
Dans la mouvance du touching, le Dr John Thie, lui, jette les bases de la kinésiologie appliquée à travers le touch for health. Il expose les interrelations entre les différents systèmes, l'équilibre d'un système conditionnant l'intégrité d'un autre (par exemple la vue ne peut être parfaite si l'ouïe est déficiente). Il définit ainsi quatorze muscles principaux et vingt huit muscles additionnels et établit une méthode de connexion fondée sur l'utilisation de "points" neurovasculaires, de points neurolymphatiques, et sur le balayage des méridiens. A son tour, le Dr Denisson crée la kinésiologie éducative, ou édukinésiologie, en développant les notions de cerveau droit et cerveau gauche - qui, si elles n'ont pas de réalité anatomo-physiologiques réelle, font partie de l'arsenal théorique de la médecine new-age. S'il est vrai que chez tout individu droitier, l'hémisphère gauche est dominant et est utilisé principalement pour le langage écrit et parlé, on sait aussi que, chez un traumatisé crânien qui a perdu une partie de l'hémisphère gauche, une rééducation est possible, qui permet de "réactiver" les structures identiques de l'hémisphère droit non lésé. A l'inverse, aucune expérience clinique n'a permis de démontrer que le cerveau gauche est celui de la raison et le cerveau droit celui des affects, comme bon nombre de techniques à la mode le suggèrent - pas plus qu'il n'y a un cerveau du conscient et un cerveau de l'inconscient ou du subconscient (1). Reprenant les éléments énergétiques de Goodheart, le Dr Jimmy Scott développe la théorie selon laquelle des blocages d'énergie anciens ou récents, physiques ou psychiques, influencent nos relations avec l'environnement et prédéterminent les pathologies présentées. Ainsi pour ce nutritionniste, l'existence d'une allergie est due à un blocage énergétique du sujet confronté à une énergie parasite ne vibrant pas en harmonie avec son énergie primordiale (alors qu'il s'agit d'une réponse immunitaire qui, face à certaines substances sans effet sur la plupart des individus, induit un état pathologique au lieu d’une protection), ou mettant en résonance la zone énergétique bloquée (on nage en plein ésotérisme!). Whiteside, Callaway et Stokes élaborent à la suite le concept one brain/one health (un cerveau/une santé) et orientent leurs travaux sur les causes émotionnelles des troubles psychiques et physiques, qui pourront être corrigées par le désamorçage de ces causes dans le passé et la libération du système de croyances conditionnées (ouf!). Ils définissent ainsi la "kinésiologie harmonique" ou cerveau intégré. La kinésiologie comportementale du Dr Diamond va intégrer l'influence de l'environnement sur l'individu (agressologie), celle de ses modes de vie (éthologie et ethnologie), celle de la nutrition (diététique) mais aussi celle des pensées positives et négatives sur le niveau énergétique de l'individu. La Santé intégrale (Professional Kinesiology Practice) est développée par le Dr Bruce Dewe et son épouse Joan en Nelle-Zélande, et élargit l'utilisation de l'équilibrage énergétique. Le Dr Alain Beardall introduit la notion de déterminateur digital, et enfin le Dr Vérity crée la série blue print (empreinte bleue), destinée à éliminer le moi négatif (?) et à trouver l'origine de nos peurs, le moi négatif étant responsable de nos maladies et douleurs, de nos codépendances et des divers héritages qui sont à la base de nos comportements répétitifs (sic!).
" On remarque le plus souvent que notre "ordinateur biologique", notre cerveau, est mal programmé chez la plupart d'entre nous. Par des tests musculaires simples nous pouvons comprendre comment est organisée la personne testée, quelle est sa dominante, comment est organisée la communication entre cerveau-oeil, cerveau-oreille, cerveau-main, etc... Nous pouvons mieux comprendre quels en sont les freins, ou blocages, et comment nous pouvons y apporter remède. Ce sont ces blocages qui sont le plus souvent à l'origine des difficultés rencontrées dans les différentes étapes de l'apprentissage, quel que soit notre âge. Ce sont eux aussi qui favorisent en partie l'installation du stress, des difficultés de concentration, de communication ou même créent des tensions musculaires gênant la posture. On a pu constater que le corps porte en lui les solutions permettant de faire disparaître ces blocages, par des tests appropriés la kinésiologie peut interroger le corps et donc comprendre et lire les réponses que le corps est en mesure d'apporter lui-même aux problèmes rencontrés. Par des exercices simples on peut alors l'aider à s'auto-corriger : lorsqu'on donne au corps les moyens nécessaires pour faire disparaître ces blocages, on constate très rapidement une nette amélioration pour tout ce qui concerne les activités les plus simples telles que lire, écrire, voir, entendre, se souvenir." (Dépliant publicitaire)
Reprenons les éléments d'un document diffusé par l'édukinésiologie : "Les deux hémisphères cérébraux sont reliés entre eux par une sorte de pont nommé le "corps calleux", qui par un faisceau complexe de fibres nerveuses, permet la communication et la coordination entre ces deux parties du cerveau. Si, pour une raison quelconque, cette liaison ne fonctionne pas de façon correcte, ou, si elle est interrompue, on voit apparaître chez la personne des troubles très importants et en tout cas très handicapants. Chacun des hémisphères à une fonction bien précise.Partant d'un exposé anatomo-physiologique correct sur l'existence des hémisphères cérébraux, on passe à une interprétation aberrante du rôle respectif des deux "cerveaux". N'importe quel étudiant de niveau secondaire apprend que les réflexes ont pour siège la moelle épinière et non le cerveau. Toute la suite du raisonnement est ainsi détournée du réel et réinterprétée en vue de la pratique charlatanesque kinésiologique.
Pour aller plus loin : - Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL, Documents Payot.
- Cerveau droit, cerveau gauche. - Les actualités sur le cerveau - Les nouvelles de la kinésiologie - La Kinésiologie. Quand les énergies se déglinguent : 2 exemples entre mille - La kinésiologie appliquée. Quackwatch. - Kinésiologie appliquée par les Sceptiques du Quebec.
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