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Acupuncture : Pourquoi tant d’études inutiles ?

Le 25 septembre 2008

La rupture entre la science et le communiqué de presse

Une telle étude pourrait au mieux être considérée comme une étude pilote, c’est-à-dire une étude préliminaire. Je n’ai rien contre les études pilotes, elles ont une utilité essentielle dans la recherche clinique. Elles sont utiles pour ce qui est de décider si une approche clinique est valable pour réaliser une étude définitive. Mais elles ne doivent pas être utilisées comme base de décisions cliniques. Elles doivent encore moins être considérées pour conclure qu’un traitement hautement improbable puisse avoir une fonction biologique.

Il y a cependant deux problèmes avec cette étude. Le premier est le communiqué de presse qui dit que :

"Notre étude montre que les médecins et les patients ont à leur disposition une thérapie supplémentaire pour quelque chose qui affecte la majorité des personnes traitées pour un cancer du sein et qui a effectivement des bénéfices, sans effets secondaires supplémentaires. L’effet est plus durable qu’un médicament utilisé habituellement pour traiter ces symptômes vasomoteurs et est même moins chère pour les compagnies d’assurances" déclare Eleanor Walker auteur de l’étude et oncologue à Detroit.

Ces conclusions sont complètement fausses, pour ne pas dire irresponsables, et ne sont pas justifiées par l’étude en question. Il serait plus juste de dire que cette étude montre que l’acupuncture pourrait être utile, mais nécessite d’autres études plus approfondies, c’est à ça que servent les études pilotes.

Malheureusement, les medias, quant à eux, prennent le communiqué de presse tel qu’il se présente, sans esprit critique ni aucune analyse. Le sensationnel reste toujours leur leitmotiv.

L’éventail des essais cliniques

Le second problème avec cette étude est de se demander quel intérêt il y a de faire des études pilotes à ce niveau de la recherche sur l’acupuncture. La recherche clinique a une évolution typique. Elle commence par l’observation, habituellement publiée sous forme de compte-rendu ou séries de cas, suggérant une nouvelle connexion ou un nouveau traitement possibles. Puis cela progresse vers des études pilotes (comme celle-ci) qui sont petites et pourraient être en aveugle ou ouvertes.

Si les études pilotes sont prometteuses, ou au moins ne font pas état de risque majeur ou d’un revers du traitement, alors des études plus importantes sont réalisées avec une méthodologie définitive plus poussée. Cependant, il y a habituellement plusieurs étapes, avec des protocoles qui seront affinés en réponse aux critiques ou aux interprétations alternatives issues des données. Eventuellement, les essais définitifs réels ou consensuels sont faits et la question clinique est largement réglée (bien que de nouvelles données puissent toujours relancer une vieille question).

L’acupuncture est étudiée depuis des années, et les modèles d’études ont évolué vers des études mieux conçues, qui sont en double-aveugle et contrôlées par une acupuncture simulée (où les aiguilles sont insérées n’importe où, et sans tenir compte des méridiens de la philosophie de l’acupuncture, avec des aiguilles rétractables qui simulent la piqure), une acupuncture placebo où une gaine opaque cache l’aiguille au praticien et au patient, qui ne savent pas si l’aiguille est enfoncée, alors que la sensation de piqure est simulée par la pression de la gaine qui ressemble à celle d’une aiguille, mais ne traverse pas la peau.

A ce niveau, il n’y a aucune raison de faire des études pilotes pour l’acupuncture, car cela représenterait une régression du processus de recherche. La seule recherche de valeur, arrivé à ce niveau, est le type d’étude en double-aveugle contrôlée. Mais de telles études n’ont pas réussi à prouver que l’acupuncture avait quelque effet spécifique qui soit (rien qui ne dépasse l’effet placebo ou peut-être des effets non spécifiques issus du processus d’acupuncture comme la relaxation).

On peut donc raisonnablement spéculer sur le fait que les partisans de l’acupuncture tentent de s’écarter volontairement des études correctement réalisées parce qu’elles n’ont jamais donné les résultats positifs qu’ils désirent. Si cela n’était pas le cas, alors ces chercheurs réalisant des études pilotes de mauvaise qualité, dans le but d’explorer le potentiel d’autres applications de l’acupuncture sur de nouvelles pathologies ou symptômes, devraient mentionner qu’il ne s’agit que d’un préliminaire incomplet pour de nouvelles études plus rigoureuses à venir. Au lieu de cela, les communiqués de presse de ces auteurs se répandent en éloges à propos de l’efficacité de l’acupuncture.

Il ne s’agit pas ici d’un cas isolé. Il y a 3 semaines environ une autre étude d’aussi faible teneur sur l’acupuncture pour le traitement des migraines a été publiée. Cette étude n’était pas non-plus en double-aveugle, mais a été utilisée pour faire la promotion d’une prétendue efficacité de la pratique.

Conclusion

L’acupuncture demeure un traitement hautement improbable. Pour cette raison, l’exigence du niveau de preuve doit être plus élevée que pour un traitement plus probable. L’acupuncture a aussi été suffisamment étudiée pour que la technologie adéquate soit utilisée afin de respecter les standards exigés d’une bonne étude.

Ces petites études médiocres qui se répandent régulièrement dans la presse ne font que confirmer le besoin de reconnaissance de la pratique, par des praticiens qui ont investi dans le domaine, mais dont les effets biologiques sont aussi inexistants que les flux de chi ou les méridiens, fondements de la philosophie de l’acupuncture, ce à quoi ils ne veulent pas se résigner.

- L’acupuncture et ses études mondiales
- Au coeur de l’extra-ordinaire, Henri BROCH.
- Les pseudo-médecines, Jean Brissonnet.


Références et notes :

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