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Après une tempête en forêt le mieux est de ne rien faire

Le 18 octobre 2012

Les bulletins d’information après une violente tempête, rapportent souvent les images de forêts dévastées : arbres cassés, tronc déracinés, forêt entièrement couchée. Dans le sillage de la tempête, les municipalités et les agences de l’ONF doivent souvent faire face à d’importantes décisions financières et environnementales.

Une étude de chercheurs de l’Université de Harvard, publiée dans le journal Ecology [1], a obtenu d’étonnants résultats qui sembleront contre-intuitifs pour beaucoup de gens : quand il s’agit de la santé des forêts, des plantes et de la faune locales, la meilleure décision de gestion pourrait être dans ce cas de ne rien faire.

La réaction la plus fréquente après une tempête est de récupérer le bois dans les régions boisées qui sont touchées. Des hectares d’arbres cassés et couchés sont coupés puis transportés, débarrassés.

Les propriétaires fonciers et les communes se remboursent financièrement en vendant les arbres endommagés. Mais dans un paysage boisé "secouru", le développement et la biodiversité originale de la forêt, dont dépendent de nombreux animaux et processus écologiques, sont vidés de leur contenu.

Une épaisse forêt en croissance succédera ensuite à celle qui a été couchée, composée de quelques-unes des espèces d’arbres tant aimées et qui se développeront à sa place.

Mais que se passe-t-il quand les forêts soufflées par le vent sont laissées en l’état, abandonnées à leur triste sort ?

L’article d’Ecology rapporte le résultat d’une étude sur 20 ans du site Harvard Forest Long-Term Ecological Research (LTER) dans le Massachusetts. Harvard Forest est l’un des 26 sites exploités dans le monde visant à étudier des écosystèmes qui vont des récifs coralliens aux déserts, en passant par les prairies et les régions polaires.

"Pour gérer des écosystèmes durables, nous devons comprendre comment ils récupèrent dans des situations extrêmes, après des événements naturels comme les tempêtes, les incendies et les inondations" dit Matt Kane, Directeur du programme. "Ce processus peut prendre des décennies. Ce programme est en mesure de soutenir des expériences importantes dans les échelles de temps nécessaires".

A Harvard Forest en 1990, une équipe de scientifiques a récréé les conditions d’un ouragan majeur dans une forêt de chênes d’un hectare arrivée à maturité. 80% des arbres ont été couchés, la moitié des arbres sont morts dans les trois ans qui ont suivi, et les scientifiques ont laissé le bois mort et endommagé sur place à même le sol.

Pendant les 20 ans qui ont suivi, les chercheurs ont tout enregistré, depuis la chimie du sol jusqu’à la densité des feuilles sur les arbres. Ce qu’ils ont découvert est une formidable histoire de rétablissement.

Au début, le site était un dédale impraticable d’arbres couchés à terre. Mais des arbres survivants ont poussé avec de nombreux nouveaux semis de bouleaux noirs et d’érables rouges, les espèces originales de la forêt, et ont prospéré au milieu du bois mort.

Bien que des plantes envahissantes et des mauvaises herbes aient essayé de coloniser la région, peu ont persisté sur le long terme. "Le fait de laisser telle quelle une forêt endommagée signifie que les conditions originales se sont plus rapidement reconstituées" dit David Foster, co-auteur de l’article.

"Les forêts se sont déjà relevées de processus naturels comme les tempêtes, les incendies ou la glace pendant des millions d’années. Ce qui nous semble être une véritable dévastation est en fait, pour une forêt, une étape naturelle et importante de leur vie".

Après les tornades sérieuses dans le Massachusetts en 2011, la Division de la Pêche et de la Faune du Massachusetts a décidé d’avoir une politique attentiste pour voir, sur un site du Southbridge. Les travaux d’évacuation se sont limités à dégager les routes et les voies publiques par sécurité.

La région a rapidement retrouvé sa végétation luxuriante d’origine. Elle a tout favorisé depuis les invertébrés aux salamandres, les ours noirs cet hiver-là dans des tas de broussailles et les fourrages pour les insectes dans les bois en putréfaction.

Alors que des raisons économiques, de sécurité publique et esthétiques pourraient sembler contraindre les propriétaires fonciers à nettoyer les arbres abattus par la tempête, la co-auteure de l’article Audrey Barker-Plotkin suggère que l’objectif d’améliorer la santé de la forêt ne fait pas partie de ces raisons.

"Bien qu’une forêt sens dessus-dessous pourrait apparaître comme chaotique, son fonctionnement est celui d’une forêt, et elle n’a pas besoin de nous pour la nettoyer" conclut-elle.


Références et notes :

[1] Barker Plotkin, Audrey, David Foster, Joel Carlson, Alison Magill. Survivors, not invaders, control forest development following simulated hurricane. Ecology, 2012.

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