Accueil du site > Coup de gueule > Boiron veut faire taire ses contradicteurs

Boiron veut faire taire ses contradicteurs

Le 18 août 2011

Selon le British Medical Journal (BMJ) [1], la société Boiron, grand pourvoyeur de produits homéopathique, a menacé de procès un blogueur italien parce que ce dernier a eu l’outrecuidance de critiquer son produit phare Oscillococcinum. Le Blogueur italien, Samuele Riva, a écrit deux articles sur son blog blogzero.it critiquant avec raison Oscillococcinum. Ce dernier relate d’ailleurs cette affaire et ses derniers rebondissements qui ont fait grand bruit.

Critiquer l’homéopathie est une action de salubrité (intellectuelle) publique, parce qu’on touche ici à l’absurdité extrême de la bêtise et de la pseudoscience. Mais l’homéopathie a son chevalier blanc en la personne (morale) de la société Boiron, importante multinationale qui est le premier fabricant de produits homéopathiques dans le monde, et second laboratoire en produits vendus sans ordonnance en France et dont les moyens financiers sont considérables.

Les moyens financiers d’une telle entreprise permettent évidemment de tenter d’étouffer toute critique, même si celle-ci est légitime. Quand on est à court d’arguments, il reste les avocats, les procès et d’essayer d’étrangler financièrement le petit blogueur qui ne peut rivaliser et qui n’a que la raison pour se défendre.

Riva suggérait dans ses articles que l’oscillococcinum de Boiron n’avait aucune ingrédient actif. Quand on analyse la liste des ingrédients du produit on peut lire " Anas barbariae hepatis et cordis extractum 200CK HPUS". Le "200C" signifie que l’ingrédient listé (extrait de foie de canard de barbarie - sic !) a subi une dilution de 1% 200 fois. Une dilution de 200C est l’équivalent de diluer 1 ml de l’ingrédient original dans un volume d’eau qui est de la taille de l’Univers connu. Ce qui signifie qu’il n’y a aucune chance de trouver la moindre molécule active dans ce genre de produit.

Ainsi, la critique du blogueur italien est-elle totalement justifiée quand il affirme que le produit de Boiron dilué à 200C n’a aucun ingrédient actif. C’est même une déclaration mensongère que de dire d’un produit dilué à 200C qu’il a un "ingrédient actif". Mais ceci est sans compter que l’ingrédient lui-même est de la pure pseudoscience en soi. Comme l’explique clairement Michel Rouzé dans un de ces articles décrivant la provenance de l’oscillocoque [2] :

Son inventeur et prophète, Joseph Roy, né en 1891 est théoricien de la parthénogenése. Médecin militaire pendant la première Guerre mondiale, il assiste à la terrible épidémie de grippe de 1917 et croit découvrir dans le sang des victimes un microbe formé de deux grains inégaux, et animé d’un rapide mouvement vibratoire, d’où le nom qu’il lui donne oscillocoque. Le microbe est polymorphe. Il peut se rétrécir jusqu’à devenir un virus, aux limites de la visibilité (avec les instruments de l’époque). En vieillissant il grandit, laissant apparaître un troisième et même un quatrième grain.

Mais l’oscillocoque n’est pas seulement le microbe de la grippe. Roy le découvre dans le sang et les tumeurs des cancéreux. Il décide alors de s’établir à Paris. Il continue à voir des oscillocoques un peu partout dans les chancres syphilitiques, le pus des blennorhagiques, les poumons des tuberculeux, chez les malades souffrant d’eczéma, d’herpès, de rhumatismes chroniques, ou encore les sujets atteints d’infections aiguës : oreillons, varicelle, rougeole. Ses "découvertes" trouvent des oreilles complaisantes dans la cohorte des derniers antipastoriens, qui refusent d’admettre que les maladies infectieuses sont dues à des germes spécifiques. Elles rejoignent aussi les homéopathes, pour qui les maladies ne se répartissent pas d’après leurs causes, mais seulement d’après les symptômes de chaque malade, quelles qu’en soient les causes, lesquelles n’ont guère d’intérêt, puisqu’elles n’interviennent pas dans le choix d’une thérapeutique. Et il en vient à imaginer que les microbes sont d’origine endogène, qu’ils sont une forme inférieure d’existence des cellules de l’organisme malade.

Il ne reste plus à Roy qu’à mettre en oeuvre les techniques de l’homéopathie : mettre au point un traitement efficace dans les syndromes caractérisés par la présence massive d’oscilloscoques, en premier lieu le cancer. Conformément au dogme hahnemannien ce traitement devra partir de l’oscillocoque lui-même. Mais puisqu’on trouve des oscillocoques à peu près partout - jusque dans les puits dont l’eau a la réputation de favoriser le cancer - où choisir ceux qui serviront à fabriquer le remède homéopathique anticancéreux ? Ici se place un mystère non éclairci. Roy décide de prendre ses oscillocoques dans le foie et le coeur des canards de Barbarie. Dans aucun de ses écrits il ne donne la raison de ce choix. S’agirait-il d’une révélation divine ?

L’oscillococcinum n’existe donc pas. Son producteur et promoteur prend donc de la poudre de perlimpinpin et la dilue jusqu’à ce qu’elle disparaisse. L’"anas barbariea hepatis" est du foie de canard de barbarie, qui est supposé contenir cet inexistant oscillococcinum concentré. C’est bien de la pseudoscience.

Boiron affirme dans ses publicités que le produit traite les symptômes de la grippe. Quelles sont les preuves de ce matraquage médiatique qui bourgeonne tous les hivers ? La Collaboration Cochrane a étudié Oscillococcinum contre la grippe, et les conclusions des auteurs sont :

"Les données ne sont pas suffisamment solides pour faire des recommandations générales sur une utilisation d’oscillococcinum pour traiter la grippe ni les syndromes de type grippal. Les preuves actuelles ne confirment pas d’effet préventif des produits homéopathiques de type oscillococcinum pour la grippe ni état grippal [3].

Gageons que cette affaire s’ébruite plus encore afin que les utilisateurs de produits homéopathiques comprennent ce qu’est réellement l’homéopathie. Pour la majorité des clients des pilules, l’homéopathie n’est que des produits "aux plantes" ou "naturels". Ils ne savent pas comment sont fabriqués ces produits, ni ne connaissent les taux invraisemblables de dilutions qui en font des produits avec rien dedans, ni les concepts sous-jacents à l’homéopathie qui datent de plus de deux siècles et qui ont été réfutés depuis bien longtemps.

Cette pseudoscience, qui ne devrait même plus exister de nos jours si la raison était maitresse, est encore le business de quelques laboratoires et fait les beaux jours de ses vendeurs. La seule arme qui leur reste est le harcèlement judiciaire et financier, comme ce fut le cas Outre-manche avec l’Association Chiropratique Britannique contre Simon Singh, cherchant à étouffer financièrement la critique : le public ne doit surtout pas savoir qu’oscillococcinum est composé de foie de canard de barbarie virtuel pour lutter contre la grippe !

- La vraie nature de l’homéopathie. Thomas Sandoz.


Références et notes :

[1] Homoeopathy multinational Boiron threatens amateur Italian blogger. Fabio Turone, British Medical Journal.

[2] OSCILLOCOCCINUM - Le joli grand canard. Michel Rouzé - Sciences et Pseudosciences, n° 202, mars-avril 1993.

[3] Homoeopathic Oscillococcinum for preventing and treating influenza and influenza-like syndromes. Cochrane Database Syst Rev. 2009 Jul 8 ;(3):CD001957.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :

| | | Fil RSS | Contacts | Plan du Site | © 2018 - Charlatans.info |