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Coïncidence ou conspiration ? La pensée de la conspiration

Le 2 octobre 2015

Dans la culture populaire, ceux qui croient en la conspiration – comme les agents Fox Mulder dans X-Files ou encore Robert Langdon dans Da Vinci Code – tendent à rejeter la notion de coïncidence ou de hasard ; même les événements qui semblent n’être qu’une conséquence du hasard sont considérés comme résultant d’une espèce d’intention ou de finalité. Les chercheurs ont suggéré qu’un tel biais contre tout ce qui touche à l’aléatoire pourrait expliquer les croyances relatives à la conspiration dans le monde réel. Or une nouvelle recherche de scientifiques en psychologie de l’Université de Fribourg et de Paris montre qu’il n’y a pas de preuve de lien entre la pensée de la conspiration et les perceptions d’intentions, de finalité ou d’ordre [1].

"Nous n’avons pas pu confirmer notre hypothèse de départ selon laquelle la tendance à rejeter le hasard, ou à percevoir de l’ordre et du sens là où il n’y a que du bruit, était associée avec le fait de soutenir des théories de la conspiration," explique le chercheur Sebastian Dieguez. "Bien que les résultats négatifs ne soient habituellement pas populaires dans les journaux scientifiques, nous pensons que nos résultats ont de la valeur car ils contredisent une idée largement répandue et assez plausible sur ce qui conduit à adopter une pensée conspirationniste. En excluant un mécanisme pourtant très direct et cognitivement simple, nous avons resserré l’éventail des explications sur la popularité des théories de la conspiration."

Pour étudier les relations entre les croyances conspirationnistes et les perceptions du hasard, les chercheurs ont conçu trois expériences séparées dans lesquelles ils demandaient aux participants de regarder des suites de X et de O qui étaient supposées représenter une série de résultats.

Dans la première expérience, on a dit à 107 étudiants que certaines des suites de caractères ont été créées en utilisant une pièce de monnaie normale et étaient de ce fait aléatoires ; on leur disait aussi que les autres suites représentaient des résultats non aléatoires, comme ceux provenant de calculs informatiques ou des réussites et des échecs d’une équipe de sport. On présentait aux participants une série de 40 suites de ce type et pour chacune on leur demandait d’évaluer le caractère aléatoire de la suite de caractères sur une échelle allant de 1 (certainement aléatoire) à 6 (certainement non aléatoire).

Dans une autre tâche supposée être indépendante, les participants complétaient des mesures qui évaluaient leurs croyances générales dans les théories conspirationnistes, leurs croyances dans des théories spécifiques de la conspiration (comme par exemple l’atterrissage d’Apollo 11 sur la Lune), et leurs perceptions de la conspiration dans certains scénarios. Les résultats ont montré que les réponses des participants sur les mesures des théories de la conspiration étaient corrélées – en d’autres termes, les participants qui ont rapporté avoir des croyances solides dans les théories de la conspiration tendaient aussi à rapporter d’autres types de croyances conspirationnistes.

Mais les chercheurs n’ont pas trouvé de preuve qui montrait que les personnes qui tendaient à croire aux théories de la conspiration étaient plus susceptibles que les autres de percevoir une intention ou une finalité dans les suites de lettres.

Une étude de suivi sur 123 étudiants et sur 217 adultes en ligne a montré le même type de résultats – alors que les croyances conspirationnistes des participants dans un domaine donné étaient associées aux croyances conspirationnistes dans un autre domaine, il n’y avait pas de preuve suggérant que les croyants avaient une perception biaisée sur l’intention des suites de lettres.

Les trois études ont indiqué que les participants étaient sensibles à la complexité des suites – par exemple ils tendaient à évaluer la suite XXXXXXXXXOOX comme étant moins aléatoire que la suite XOOXOXOOOOXX. Ces résultats, alignés avec la probabilité qu’un algorithme choisi au hasard produirait ces suites, montrent que les participants étaient d’une certaine façon conscients du caractère aléatoire des suites de caractères.

"Les théories de la conspiration sont très répandues de nos jours et elles se développent très rapidement, parfois quelques minutes après un événement dramatique," explique Dieguez. "La recherche a montré qu’elles affectent certaines décisions sur la santé, les politiques et les comportements de vote, la confiance dans la science, et est à la source de nombreuses actions extrémistes et violentes. Notre recherche contribue à mieux comprendre les mécanismes psychologiques et sociaux qui facilitent – ou pas, comme ici – leur soutien et leur propagation."


Références et notes :

[1] S. Dieguez, P. Wagner-Egger, N. Gauvrit. Nothing Happens by Accident, or Does It ? A Low Prior for Randomness Does Not Explain Belief in Conspiracy Theories. Psychological Science, 2015.

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