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Comment les traitements bidons réduisent la douleur

Le 16 octobre 2009

Selon une étude [1], les individus qui pensent qu’un traitement placébo pour la douleur fonctionne, vivent en fait une réduction du signal de la douleur dans leur moelle épinière.

Un placebo est un traitement dont on pense qu’il n’a aucun effet, et qui est souvent délivré aux participants d’une étude comme contrôle, afin de comparer les effets de "rien" aux effets d’un traitement effectif. Mais les études passées ont montré que, de façon inexplicable, les placébos pouvaient avoir des effets positifs.

Les résultats suggèrent que l’effet associé à la douleur du placebo pourrait fonctionner en activant un système suppresseur de la douleur déjà en place dans le corps, qui commence dans le cerveau et qui rediffuse plus bas dans la moelle épinière.

Les scientifiques savent que quand les gens vivent une diminution de la douleur grâce à un placebo, certains composés, appelés "endorphines", sont libérés dans le cerveau. Mais ils ne savaient pas exactement comment la libération de ces composés conduisait à la réduction de la douleur.

Une idée est que les endorphines permettent à certaines régions du cerveau de "communiquer via un système préservé par l’évolution dans le tronc cérébral", un de ceux qui contrôlent la douleur en masquant l’activité neurale dans la moelle épinière, explique Falk Eippert, chercheur au Département des Systèmes de Neuroscience de l’Université d’Hambourg en Allemagne.

Eippert et ses collègues ont testé cette hypothèse avec un groupe de 15 volontaires. On a dit aux sujets qu’ils recevraient une stimulation chaude et douloureuse sur l’avant-bras, et que pendant la stimulation, leur bras serait traité par l’une des deux crèmes, une qui était active calmant la douleur (appelée "lidocaïne") et l’autre qui était inactive. En vérité, les deux crèmes étaient inactives et n’étaient pas destinées à calmer la douleur de quelque façon qui soit.

Premièrement, les chercheurs ont appliqué la stimulation par la chaleur sur les avant-bras des sujets qui avaient été traités par la crème "contrôle". Mais quand ils ont testé la soi-disant crème à la "lidocaïne", ils ont réduit la température de la chaleur pour que les sujets ressentent moins de douleur, un tour de passe-passe réalisé pour faire penser aux volontaires que la crème à la "lidocaine" avait réellement un effet.

"Nous voulions induire une croyance dans l’efficacité de ce traitement, la crème, bien qu’elle n’ait aucune efficacité en soi" explique Eippert.

Puis, les chercheurs ont refait l’expérience de la stimulation de chaleur, mais cette fois, ils n’ont pas réduit la température pendant le traitement à la "lidocaïne". Pendant l’expérience de stimulation, l’équipe a étudié les volontaires via l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IMRf) pour observer la réponse de la moelle épinière.

Les images d’IMRf peuvent montrer la quantité d’oxygénation dans le sang, qui est une mesure indirecte de l’activité neurale de la moelle épinière.

Quand on donnait la crème contrôle aux sujets, ils rapportaient beaucoup de douleur, et montraient une forte activité de leur moelle épinière. Mais quand les sujets recevaient le prétendu traitement à la "lidocaïne", dont ils pensaient qu’il était réel mais qui n’était qu’un autre placébo, ils rapportaient moins de douleur et montraient une activité plus faible dans leur moelle épinière. Ceci suggère qu’"il doit exister une espèce d’inhibition provenant du cerveau" dit Eippert.

Les chercheurs pensent que l’effet placebo fonctionne en mobilisant un ancien système de suppression de la douleur.

"Ce que nous pouvons maintenant montrer est que, chez les êtres humains, ce système est mis en marche par des facteurs psychologiques comme une forte attente de soulagement de la douleur sous placébo" dit Eippert. En outre, cela montre que l’effet placébo est quelque-chose de très profond, ajoute-t-il, "qu’il ne s’agit pas seulement d’un comportement rapporté comme modifié, mais bien d’un effet profondément enraciné".

Avec seulement 15 sujets, l’étude pourrait sembler plutôt petite, mais c’est une bonne taille pour une étude par imagerie, qui comprend souvent entre 10 et 20 sujets, dit Eippert. Il note aussi que l’effet placébo est très robuste, et que de ce fait, vous n’avez pas besoin de trop de personnes pour l’étudier. Une étude visant à analyser un plus petit effet comportemental pourrait nécessiter plus de sujets.

Les données ont été analysées d’une façon qui comptait pour la petite taille de l’étude. "Le type de statistiques que nous avons utilisées prend explicitement en compte le nombre de sujets que nous avons" dit Eippert. Leurs résultats montrent que l’activité réduite dans la moelle épinière, en réponse au placébo, était statistiquement significative.

- L’effet placebo : Le pouvoir de guérir. Danielle Fecteau.
- Placebo et effet placebo en médecine. Jean Jacques AULAS
- Le mystère du placebo. Patrick Lemoine.


Références et notes :

[1] Direct Evidence for Spinal Cord Involvement in Placebo Analgesia. Science, Vol. 326. no. 5951, p. 404.

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