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Des médicaments qui font bonne figure

Le 24 septembre 2008

Les autorités de la santé ont-elles accès aux données nécessaires pour pouvoir prendre des décisions éclairées sur les médicaments qu’elles approuvent ? Ou les laboratoires et sociétés du médicament sélectionnent-ils soigneusement les études qu’ils publient afin de présenter leurs produits sous leur meilleur profil ?

Un nouveau compte-rendu du PLoS Medicine [1] s’interroge sur le fait de savoir si les médecins et les patients sont objectivement informés sur le fonctionnement d’un médicament. Et ceci parce que la moitié des études sur les médicaments approuvés par le gouvernement (US), - probablement celles ayant montré qu’un médicament ne fonctionne pas - ne sont jamais publiées, comme celles qui font état de résultats positifs disproportionnés.

Seuls 43% des essais, pour 90 médicaments approuvés par la Food & Drug Administration (FDA), ont été publiés dans les journaux médicaux les plus consultés par les médecins, selon le compte-rendu des chercheurs de l’Université de Californie. Parmi ceux-ci, 66% montrent que les médicaments sont bénéfiques. Ces résultats reposent sur 909 essais cliniques de médicaments validés entre 1998 et 2000.

"Quand les études sont publiées sélectivement, cela fausse l’efficacité du médicament et fait croire qu’il fonctionne mieux qu’en réalité" dit Erick Turner, co-auteur d’une autre étude sur le sujet publiée en janvier. "Cela créé beaucoup plus d’enthousiasme chez les utilisateurs" ce qui peut même significativement augmenter son effet placebo.

Cette manière de faire a un nom : "le biais de publication positive", et a déjà été plusieurs fois décrite. Les raisons d’une telle attitude ne sont pas encore très claires, l’optimisme est un instinct humain naturel, peut-être le désir de publier de bonnes nouvelles est-il inné (sauf chez les journalistes bien entendu) ? A moins que ces raisons ne soient purement commerciales...

Son analyse, alors publiée dans le New England Journal of Medicine avait trouvé que 69% des études sur des antidépresseurs disponibles étaient publiées, parmi celles-ci 94% rapportaient des résultats positifs, comparées à la moitié des essais que la FDA considérait comme feu vert pour la vente des médicaments. Un tiers des résultats négatifs ou discutables de ces essais n’a jamais été publié.

Les chercheurs n’avaient pas identifié les 90 médicaments dont ils ont étudié les données de cette étude. L’un des auteurs, Ida Sim, explique que la pratique de la publication sélective est probablement une chose qui date de plus de dix ans.

Un porte-parole de l’industrie pharmaceutique explique que publier les résultats sur les études des médicaments dans les journaux médicaux n’est pas aussi important que tout le temps passé par la FDA à lire les applications des nouveaux médicaments. "Les docteurs et les patients savent tout ce qu’ils ont besoin de savoir à propos des médicaments qu’ils utilisent", déclare Ken Johnson vice président de la Pharmaceutical Research and Manufacturers of America (PhRMA).

Mais tandis que la FDA publie un résumé de l’information lors de la validation d’un médicament, cela ne spécifie pas l’étude considérée. Les autorités de la santé, ne font pas le tri parmi toute l’information quand elles posent leur cachet sur les produits.

"Il est important de savoir s’il existe d’autres essais dont nous devrions avoir les résumés, qu’ils soient positifs ou négatifs, et publiés dans le domaine public. Ce serait un grand pas vers la transparence, et plus que ne le font tous les pays" ajoute Sim en citant l’OMS dans ses recommandations pour une plus grande transparence dans les études médicamenteuses.

- Les inventeurs de maladies : Manoeuvres et manipulations de l’industrie pharmaceutique. Jörg Blech.
- Vendre de la maladie. L’industrie pharmaceutique et les marchands de maladies.


Références et notes :

[1] Publication of Clinical Trials Supporting Successful New Drug Applications : A Literature Analysis. K. Lee, P. Bacchetti, I. Sim. PLoS Medicine, 5(9) : e191.

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