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Dieu ou la science ? La croyance en l’un affaiblit celle en l’autre.

Le 18 décembre 2008

Un professeur de psychologie de l’Illinois, Jesse Preston, a réalisé une étude [1] ayant trouvé que les attitudes face à dieu et la science pouvaient évoluer et pourtant demeurer opposées l’une et l’autre.

Les attitudes inconscientes d’une personne face à la science et à dieu pourraient être fondamentalement opposées, rapportent les chercheurs, en dépendant de l’utilisation que l’on fait de la science pour répondre à des questions "ultimes", comme celles expliquant comment l’univers a commencé ou quelle est l’origine de la vie.

En outre, les chercheurs ont trouvé que ces points de vue pouvaient être manipulés. Après avoir utilisé la science ou dieu pour expliquer des questions si importantes, la plupart des gens montrent une préférence pour l’une d’entre elles, et une attitude neutre ou négative face à l’autre. Cet effet apparaît être indépendant du passé religieux, ou du point de vue sur la religion, de la personne, déclare Jesse Preston.

Preston et son collègue, Nicholas Epley de l’Université de Chicago, voulaient explorer comment l’information à propos de la science pouvait influencer la croyance en dieu, et comment l’éducation religieuse pouvait aussi faire douter de certaines théories scientifiques.

"Pour autant que je sache, personne n’avait encore étudié expérimentalement cette opposition entre les croyances en la science et en la religion" dit Preston.

"Il me semble qu’à la fois la science et la religion, en tant que systèmes, étaient valables pour expliquer beaucoup, et compter pour beaucoup de l’information que nous avons sur notre environnement" dit-elle. "Mais s’ils sont tous les deux considérés comme des explications ultimes, sur certains points ils entrent en conflit l’un avec l’autre parce qu’ils ne peuvent pas tout expliquer tous les deux."

Les chercheurs ont réalisé deux expériences pour manipuler comment la science et dieu sont utilisés en tant qu’explications. Dans la première, 129 volontaires ont lu des résumés sur la théorie du Big Bang et "l’hypothèse de la soupe primordiale", une théorie scientifique de l’origine de la vie.

La moitié a lu une déclaration disant que les théories étaient fortes et supportées par des données. L’autre moitié a lu que les théories "soulevaient plus de questions qu’elles y répondaient."

Dans la seconde expérience, qui impliquait 27 étudiants, la moitié des sujets de l’étude avait à "lister six choses que, à votre avis, dieu peut expliquer". On demandait aux autres de "lister six choses qui, à votre avis, peuvent expliquer ou influencer dieu."

On demandait à tous les sujets de rapidement catégoriser différents mots comme positifs ou négatifs sur un ordinateur.

"Ce qu’ils n’ont pas réalisé, c’est qu’ils étaient amorcés subliminalement immédiatement avant chaque mot" dit Preston. "Ainsi, par exemple, juste avant que le mot ’abominable’ apparaisse à l’écran, il y avait un flash de 15 millisecondes soit du mot ’dieu’, soit du mot ’science’ ou soit d’un mot contrôle."

Un signal virtuel de 15 millisecondes est trop bref pour être enregistré dans l’esprit conscient, mais le bref flash du mot avait un effet. Ceux qui avaient lu les déclarations appuyant sur le pouvoir explicatif de la science avant le test, étaient capables de catégoriser comme positifs les mots apparaissant juste après le mot "science" plus rapidement que ceux ayant lu des déclarations critiques sur les théories scientifiques.

Ceux auxquels on a demandé d’utiliser dieu comme explication ultime pour différents phénomènes affichaient une association plus positive avec dieu ; et une association plus négative avec la science ; que ceux qui avaient à lister les choses qui pouvaient expliquer dieu.

De façon identique, ceux qui ont lu les déclarations suggérant que les théories scientifiques étaient faibles étaient extrêmement lents à identifier les mots négatifs qui apparaissaient après avoir été amorcés avec le mot "dieu, explique Preston.

"C’était comme s’ils ne voulaient pas dire ’non’ à dieu" ajoute-t-elle.

"Ce qui est réellement intrigant, c’est que l’effet le plus important a eu lieu sur la croyance opposée" dit-elle. "Quand dieu n’est pas utilisé pour expliquer beaucoup de choses, les gens ont une attitude positive face à la science. Mais quand dieu est utilisé pour rendre compte de nombreux événements, plus spécialement les choses qu’ils ont listé, comme la vie, l’univers, le libre arbitre, ces grandes questions, alors la science perd quelque peu de sa valeur."

"D’un autre côté, les gens pourraient avoir un point de vue généralement positif de la science jusqu’à ce qu’elle échoue à expliquer les questions importantes. Alors la croyance en dieu pourrait être ravivée afin de boucher le trou" dit-elle.

L’implication la plus manifeste de la recherche est que "pour être compatible, la science et la religion ont besoin de s’en tenir à leurs propres territoires, leur propre espace explicatif" dit Preston. "Cependant, la religion et la science n’ont jamais été en mesure de le faire, donc pour moi ceci suggère que le débat continuera toujours. Il ne finira jamais."

- Les mécanismes de la crédulité. Fabrice Clément.
- Dieu face à la science. Claude Allègre.


Références et notes :

[1] Science and God : An automatic opposition between ultimate explanations. Preston, J. & Epley N. (2009). Journal of Experimental Social Psychology, 45, 238-241.

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