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Eléments pathogènes et religion

Le 15 août 2008

Selon une nouvelle étude [1], les mêmes maladies qui tourmentent l’humanité pourraient aussi être à la source d’un des éléments fondamentaux de la culture humaine. Une analyse statistique montre une association entre des taux importants de maladies infectieuses et la diversité religieuse dans le monde. Ces découvertes ont bien entendu suscité des débats dans la communauté académique, les critiques remettent en cause la validité de l’interprétation, et ses tenants disent que ces constatations pourraient ouvrir une nouvelle perspective sur l’explication de l’existence de religions, et le rôle qu’elles jouent dans la société.

L’histoire des religions est bien documentée, mais l’évolution de la religion en soi n’est pas encore bien comprise. Deux écoles de pensée ont dominé le débat. Le premier point de vue perçoit la religion comme un "sous produit" d’autres adaptations évolutionnistes, comme des cerveaux plus gros. Le second considère la religion comme adaptative en soi, soutenant que son rôle dans la cohésion sociale, et d’autres caractéristiques, pourrait avoir aidé les êtres humains à survivre.

Corey Fincher, biologiste à l’Université du Nouveau Mexique, Albuquerque, est dans le second camp. La religion marque les membres d’un groupe, dit-il, et peut dissuader les gens d’interagir avec ceux qui sont en dehors du groupe. Dans les régions avec des maladies infectieuses rampantes, ce peut être un avantage : aucun étranger signifie aucun agent pathogène externe. L’isolation peut aussi empêcher les échanges d’idées, ou de religions dans le cas présent. C’est ce qui pourrait conduire à plusieurs systèmes religieux indépendants.

Fincher et ses collègues ont étudié l’association entre la diversité religieuse d’une nation et le taux de maladies. Ils ont utilisé la World Christian Encyclopedia de Barrett pour dénombrer le nombre de religions dans 219 pays, et l’ont opposé à la pénétration des maladies dans ces régions, telle que documentée dans une base de donnée épidémiologique globale. Il y avait une relation statistique positive significative entre la prévalence de la maladie et la diversité religieuse, ou la richesse religieuse.

Cette relation persistait même quand les chercheurs ont contrôlé d’autres variables pouvant impacter le nombre de religions dans un pays : région, population, liberté religieuse et inégalité économique. Pour corriger les différents échantillons de présence humaine dans différentes parties du monde, ils ont aussi testé l’association de la maladie et la diversité religieuse dans les six régions majeures du monde, la corrélation restait vraie.

Les résultats, publiés dans les Proceedings of the Royal Society Biological Sciences, apportent une nouvelle réponse à la question de savoir pourquoi les religions existent, Fincher explique : "Les religions pourraient être des marqueurs, mais à un niveau plus fondamental, le marquage social pourrait être dû à une pression de la maladie infectieuse."

Mais Courtney Bender, sociologue des religions à l’Université de Columbia n’est pas d’accord. Les religions de la planète se classent en partant de celles qui sont très ouvertes aux étrangers, à celles complètement fermées vis-à-vis de l’extérieur : "Vous ne pouvez pas dire seulement que les religions ont des frontières fermées.". En effet, les sociétés religieuses traditionnelles interagissent souvent avec l’extérieur pour commercer ou lors d’alliances militaires, dit Richard Sosis, biologiste évolutionniste de l’Université du Connecticut. Pourtant, ce dernier accueille cette étude comme "un premier pas" dans l’explication de la diversité religieuse.

"Je pense que les chercheurs ont introduit un domaine jusqu’à aujourd’hui absent des études sur l’évolution de la religion, et qui est potentiellement important." Déclare l’anthropologue Candace Alcorta. Celle-ci note que l’existence de grands empires dans des régions tropicales riches en maladies, tels que les Mayas de la Péninsule du Yucatán, semble battre en brèche les résultats de Fincher. Mais les questions que soulève l’étude pourraient inspirer des recherches qui déplaceront le domaine plus avant.

- Vie et mort des croyances collectives. Gérald Bronner.
- Pour en finir avec Dieu. Richard Dawkins.


Références et notes :

[1] Assortative sociality, limited dispersal, infectious disease and the genesis of the global pattern of religion diversity. C. Fincher , R.Thornhill. Proceeding of the Royal Society B

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