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Est-ce que l’homéopathie marche vraiment sur les animaux ?

Le 23 janvier 2014

Par Edzard Ernst

Il n’y a pas une discussion entre partisans et critiques de l’homéopathie qui ne débouche sur l’argument selon lequel l’homéopathie ne peut pas être seulement le fruit d’un effet placébo, puisqu’elle "marcherait" sur les animaux. Ceux qui ne sont pas trop au fait de la recherche seront certainement impressionnés par cet argument, et sans nul doute qu’il a déjà fait basculer de nombreux hésitants du côté de l’homéopathie. Mais cet argument est-il vrai ? Non !

Pavlov a découvert le phénomène du "conditionnement" chez les animaux, et le conditionnement est considéré comme ayant une part importante dans la réponse placébo. Ainsi, selon les circonstances, les animaux réagissent au placébo.

Ensuite, il y a le fait que les réactions des animaux pourraient être moins importantes aux traitements homéopathiques que la réaction du maitre. Ceci est particulièrement flagrant chez les animaux domestiques. Les maitres d’animaux domestiques qui croient en l’homéopathie sur-interprètent les réactions de leur animal de compagnie, et rapportent que le remède homéopathique a bien marché, alors qu’en fait il n’a pas fait de différence.

Finalement, il pourrait y avoir des situations où aucun des deux phénomènes ci-dessus ne joue de rôle décisif. Les homéopathes aiment citer des études dans lesquelles des troupeaux de bovins ont été traités homéopathiquement pour prévenir des mammites, qui sont un problème fréquent chez les vaches laitières. Il est, dans ce cas, peu probable que le conditionnement ou que la pensée positive du propriétaire des animaux soient décisifs dans une telle étude [1].

Des vétérinaires de Nouvelle-Zélande ont comparé les taux de guérisons cliniques et bactériologiques de mammites cliniques après avoir suivi un traitement soit antibactérien soit homéopathique. Ils ont utilisé 7 troupeaux ayant vêlé de la région de Waikato en Nouvelle Zélande comme sources de mammites cliniques pendant les 90 premiers jours après le vêlage. Des échantillons de lait ont été collectés pour des tests bactériologiques de chaque glande infectée, et 25 jours après le premier traitement. Les glandes affectées étaient traitées soit par une formule antibactérienne, soit par un remède homéopathique.

Les résultats ont montré que l’incidence cumulée moyenne des mammites cliniques était de 7% (allant de 2% à 13% dans le troupeau) des vaches. L’élément pathogène le plus fréquent est le Streptococcus uberis qui a été isolé des échantillons provenant des glandes affectées. Le taux de guérison clinique, reposant sur une observation des signes cliniques, était plus élevé chez les vaches traitées par antimicrobien (107/113 soit 95%) que pour les vaches traitées par les remèdes homéopathiques (72/114 soit 63%). Mais pour ce qui concerne tous les types de pathogènes bactériologiques, le taux de guérison était plus élevé au niveau des glandes pour les vaches traitées par antibactérien (75/102 soit 74%) que pour celles traitées avec une préparation homéopathique (39/107 soit 36%).

Les auteurs de conclure que les remèdes homéopathiques avaient des taux de guérison cliniques et bactériologiques très faibles comparés aux antibactériens, quand ils sont utilisés pour traiter les mammites post-vêlage dans lesquelles S. uberis était le pathogène le plus fréquent. La proportion de vaches qui a dû recevoir un nouveau traitement était beaucoup plus élevée pour les vaches traitées par homéopathie. Ceci, combiné à des taux de guérisons bactériologiques plus faibles, a des implications dans la durée de l’infection, dans le décompte des cellules somatiques, dans les couts associés au traitement et le bien-être animal.

Bien entendu, il ne s’agit que d’une étude, et il faut prendre en compte l’ensemble des preuves disponibles. Il y a, à ce jour, 203 études sur des traitements homéopathiques sur des animaux [2] ; qui ont été passées en revue par une équipe qui, malheureusement, n’est pas connue pour son objectivité vis-à-vis de l’homéopathie. Quand en 1999, A. Vickers a passé en revue toutes les études précliniques [3], y compris celles sur les animaux, il avait conclu qu’il manquait de réplications indépendantes de la recherche préclinique en homéopathie. Dans les quelques exemples où une équipe de recherche avait essayé de reproduire les travaux d’une autre, soit les résultats étaient négatifs, soit la méthodologie était douteuse.

En conclusion, jusqu’à ce que de plus amples preuves convaincantes soient disponibles, l’argument selon lequel l’homéopathie ne peut pas être un placébo car elle marche sur les animaux est aussi faible que les dilutions de ses remèdes.


Références et notes :

[1] Lack of efficacy of homeopathic therapy against post-calving clinical mastitis in dairy herds in the Waikato region of New Zealand. Williamson J, Lacy-Hulbert S. N Z Vet J. 2014 Jan ;62(1):8-14. doi : 10.1080/00480169.2013.796435. 2013.

[2] Veterinary clinical research database for homeopathy : placebo-controlled trials. Clausen J, Albrecht H, Mathie RT . Complement Ther Med. 2013 Apr ;21(2):115-20. doi : 10.1016/j.ctim.2012.11.009. Epub 2013 Jan 11.

[3] Independent replication of pre-clinical research in homeopathy : a systematic review. Vickers AJ. Forsch Komplementarmed. 1999 Dec ;6(6):311-20.

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