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Homéopathie et effets secondaires des traitements anticancéreux

Le 22 avril 2009

La Collaboration Cochrane, organisation dédiée à la médecine scientifique, a publié une revue des études [1] sur les traitements homéopathiques contre les effets secondaires des thérapies et chimiothérapies contre le cancer. Les résultats sont peu convaincants, consistants avec l’hypothèse selon laquelle les remèdes homéopathiques n’ont pas d’effets. Pourtant l’étude en question est détournée par certains médias pour lui faire dire que les remèdes homéopathiques ont un rôle à jouer dans le cadre des thérapies contre le cancer.

Il faut bien préciser que les traitements concernés par cette étude ne sont pas destinés à lutter contre le cancer lui-même, mais contre les effets secondaires des thérapies anticancéreuses standards : rayons et chimiothérapies. Cependant, les résultats ont été présentés comme s’ils confirmaient l’efficacité des produits homéopathiques, alors que ce n’est pas le cas.

La revue

Elle concerne 8 études. Huit essais contrôlés (sept contrôlés contre placebo et une étude contre un traitement actif) avec un total de 664 participants. Trois étudiaient les effets secondaires de la radiothérapie, trois autres les effets secondaires de la chimiothérapie et deux étudiaient les symptômes relatifs à la ménopause associés au traitement contre le cancer du sein.

Ainsi, il y a bien trois revues séparées, deux de trois études et une de deux études. C’est un très petit nombre d’études à analyser, et peut-être cela explique-t-il pourquoi elles ont été combinées en une seule publication. Même huit études est peu, et seule trois des études étaient considérées comme de bonne qualité. Ce qui est très mince.

Les résultats révèlent que quatre études étaient négatives et quatre positives. C’est le genre de distribution qu’ont peut attendre pour des traitements qui n’ont pas d’effets physiologiques.

Les auteurs de conclure :

Cette revue a trouvé des données préliminaires soutenant l’efficacité de la calendula pour la prophylaxie de la dermatite aiguë pendant la radiothérapie, et des bains de bouche aux Traumeel S® (composé d’extraits de plusieurs plantes et minéraux, arnica, belladonna, calendula et échinacée) dans le traitement de la stomatite provoquée par la chimiothérapie. Ces études nécessitent d’être reproduites. Il n’y a pas de preuves convaincantes de l’efficacité des médicaments homéopathiques pour d’autres effets secondaires de traitements contre le cancer. Davantage de recherches sont nécessaires.

Étant donné la faiblesse des données, cette conclusion ne va pas de soi.

Dans d’autres analyses ne concernant pas les thérapies alternatives, les revues Cochrane auraient simplement déclaré qu’il n’y avait pas assez de données permettant de tirer une conclusion fiable, et non pas qu’il s’agissait de données préliminaires en faveur de leur efficacité.

La notion selon laquelle il faut davantage de recherches est aussi problématique. Il est vrai que les données disponibles à ce jour sont très minces. Cependant, cela suppose que la question clinique soit raisonnable, ce qui n’est pas le cas. Les fondements même de l’homéopathie n’ont aucune plausibilité et on pourrait répondre que cela ne mérite aucune recherche. L’homéopathie a déjà été suffisamment étudiée pour conclure, sur des bases scientifiquement établies, qu’elle n’a aucun effet.

Un nombre infini d’indications spécifiques pourrait être étudié, et si vous vous focalisez seulement sur des indications spécifiques vous entrez dans un cycle sans fin consistant à étudier des préparations homéopathiques différentes pour de nombreuses indications. Or il y a bien longtemps que nous aurions déjà dû quitter ce navire qui tourne an rond pour conclure que l’homéopathie est morte en tant que notion scientifique et doit être mise au placard.

Mais c’est sans compter sur l’industrie homéopathique qui ne retient qu’une seule phrase qu’elle met en exergue : "il faut davantage de recherches".

Les comptes-rendus médiatiques feront la même bourde, en déclarant que les produits homéopathiques peuvent coexister avec les traitements classiques contre le cancer, ou qu’ils atténuent les effets secondaires des traitements. Ils font référence au fait que la revue a trouvé peu d’effets secondaires des remèdes homéopathiques. Ce qui est tout à fait normal pour quelque-chose qui n’a pas d’effets du tout.

En raisonnant de la sorte, on peut tout à fait conclure que l’eau plate est aussi compatible avec les traitements contre le cancer. Il s’agit d’un résumé mensonger car il fait croire qu’il est utile d’associer des traitements homéopathiques avec un traitement anticancéreux, alors que même cette analyse ne le démontre pas.

Edzard Ernst, professeur de médecine complémentaire, revient sur l’analyse et notamment sur la seule étude vraiment positive :

Personne ne doute que les remèdes non dilués puissent avoir des effets, et il est intéressant de noter que les études positives semblent avoir été réalisées avec de tels médicaments plutôt qu’avec des traitements hautement dilués qui sont la marque de fabrique de l’homéopathie.

En fait, la crème à la calendula qui a été trouvée comme étant efficace dans une étude, n’est pas diluée du tout et ne peut de ce fait être considérée comme un remède typiquement homéopathique. Il s’agissait de la seule étude véritablement positive de la revue, malheureusement il ne s’agissait pas d’homéopathie, et il est malhonnête d’inclure un produit non dilué aux plantes pour l’appeler "homéopathie".

- La vraie nature de l’homéopathie. Thomas Sandoz.
- Tempête sur l’homéopathie, Elie Arié et al.


Références et notes :

[1] Homeopathic medicines for adverse effects of cancer treatments. The Cochrane Collaboration.

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