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Il n’y a pas de preuve que les jeux cérébraux fonctionnent

Le 27 octobre 2014

De nombreux jeux pour "exercer son cerveau" sont vendus dans le commerce sous l’argument que ceux-ci permettraient de stimuler la vivacité d’esprit et l’intelligence de leurs utilisateurs, mais des scientifiques alertent la population en rappelant que ces déclarations ne reposent pas sur de la science. Soixante-neuf scientifiques dans le monde ont publié une déclaration [1] qui rappelle qu’il n’y a aucune preuve définitive qui soutienne les affirmations selon lesquelles le fait de jouer à des "jeux cérébraux" permettrait d’augmenter les capacités mentales, ni de contrecarrer les effets du vieillissement sur le cerveau.

Alors que les baby boomers entrent dans le troisième âge avec des inquiétudes croissantes à propos de la dégradation potentielle de leurs aptitudes cognitives, des sociétés répondent avec des produits qui leur promettent d’apaiser leur anxiété sur ce déclin potentiel. Les logiciels informatiques d’entrainement cognitif – ou "jeux cérébraux" – sont de plus en plus populaires. La promotion de ces produits rassure et attire un public inquiet.

On affirme aux consommateurs que le fait de jouer à ces jeux cérébraux les rendra plus intelligents, plus vifs d’esprit et capables d’apprendre plus rapidement et mieux. En d’autres termes, la promesse que si vous adhérez à ce régime d’exercices cognitifs, vous diminuerez le ralentissement cognitif et les étourderies, et améliorerez fondamentalement votre esprit et son support : votre cerveau.

C’est une coutume chez les publicitaires que de mettre en exergue les bénéfices et d’exagérer les avantages potentiels de leurs produits. Pour ce qui concerne le marché des jeux cérébraux, les publicités rassurent les consommateurs en déclarant et en promettant qu’ils reposent sur des preuves scientifiques solides, que ces jeux sont "conçus par des neuroscientifiques" dans des universités de premier plan ou des centres de recherche. Certaines sociétés présentent des listes de références de consultants scientifiques et gardent des registres d’études scientifiques "pertinentes" concernant l’entrainement cognitif. Cependant, souvent les recherches citées ne sont que tangentiellement associées aux affirmations scientifiques de l’entreprise, et aux jeux qu’elle vend. En outre, même les études publiées nécessitent une évaluation critique. Une approche prudente exige des résultats intégrés à tout un corps de recherche plutôt que de reposer sur quelques études isolées qui incluent souvent un petit nombre de participants.

Le Centre de Stanford sur la Longévité et l’Institut Max-Planck de développement humain à Berlin ont rassemblé plusieurs des meilleurs psychologues cognitifs et neuroscientifiques de la planète – des scientifiques dont la carrière est axée sur l’étude du cerveau et des effets du vieillissement sur l’esprit – pour partager leur point de vue à propos des jeux cérébraux et publier un consensus. Que pensent ces scientifiques-experts des déclarations et promesses des vendeurs de ces jeux ? Quelles sont leurs recommandations pour stimuler efficacement l’intellect chez les personnes âgées en bonne santé ? Les déclarations de bénéfices sont-elles justifiées et si oui, est-ce que les personnes âgées tirent profit de cet apprentissage cognitif sous forme de jeux de la même façon que les jeunes ? Quelle est la portée des gains associés à ces exercices cognitifs informatiques ? Les gains sont-ils limités à certaines aptitudes précises ou bien s’agit-il d’une amélioration cognitive générale ? Quelle est la différence entre le fait de jouer à des jeux et d’autres activités proposées comme moyen d’atténuer le déclin cognitif associé à l’âge, tels que l’activité physique et le sport, la méditation ou l’engagement social ?

La recherche de moyens efficaces pour freiner ou retarder les déclins cognitifs associés à l’âge a enseigné à la plupart des chercheurs à reconnaître l’énorme complexité de ce domaine. Tout comme de nombreux sujets scientifiques exigeants, le diable est dans les détails. Le consensus du groupe est que les déclarations qui font la promotion des jeux cérébraux sont souvent exagérées et parfois trompeuses. L’entrainement cognitif produit une amélioration statistiquement significative dans les aptitudes pratiquées qui peuvent parfois s’étendre à d’autres tâches cognitives administrées en laboratoire. Dans certaines études, de tels gains perdurent, tandis que d’autres rapportent une dissipation avec le temps. Dans la promotion commerciale, ces petites progressions, étroites et brèves sont souvent enregistrées et considérées comme étant des améliorations générales et durables de l’esprit et du cerveau.

La publicité agressive persuade les consommateurs de dépenser leur argent dans des produits et d’adopter de nouveaux comportements, comme le jeu, à partir de ces déclarations exagérées. Comme cela arrive souvent, les résultats initiaux, qui reposent sur des petits échantillons, génèrent une excitation compréhensible en montrant que certains jeux cérébraux pourraient améliorer des aspects spécifiques du comportement et même modifier des structures et des fonctions cérébrales. Cependant, en même temps que les découvertes s’accumulent, les éléments de preuve convaincants d’effets positifs durables sur les esprits et cerveaux des gens demeurent furtifs.

Ces conclusions ne signifient pas que le cerveau ne reste pas malléable, même quand on est vieux. Toute nouvelle expérience mentalement exigeante, comme apprendre une nouvelle langue, acquérir une nouvelle compétence motrice, naviguer dans un nouvel environnement et, oui, jouer à des jeux vidéo vendus dans le commerce, produira des changements dans ces systèmes neuraux qui permettent l’acquisition de nouvelles compétences. Par exemple, il peut y avoir une augmentation du nombre de synapses, du nombre de neurones et des cellules sous-jacentes, ou un renforcement des connections entre elles.

Ce type de plasticité cérébrale est possible durant toute la vie, bien que les cerveaux jeunes semblent avoir un avantage sur les plus vieux. Il serait approprié de conclure de ces travaux que le potentiel d’apprendre de nouvelles compétences reste intact durant toute la vie. Cependant, à ce niveau, il n’est pas juste de conclure que les changements provoqués par l’entrainement vont aller au-delà des compétences apprises, ni qu’elles toucheront des capacités plus larges ayant une pertinence dans le monde réel, ni qu’elles favorisent en général une meilleure "santé cérébrale".


Références et notes :

[1] A Consensus on the Brain Training Industry from the Scientific Community.

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