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Jean-Marie Bigard et la théorie du complot

Le 10 septembre 2008

L’humoriste s’est fait remarquer sur les ondes récemment, non pas avec un de ses sketches, mais par ses prises de positions rejoignant celles des théoriciens de la conspiration. En effet, Bigard a déclaré lors d’une émission de radio chez Ruquier, qu’il ne croyait pas que Ben Laden était pour quoi que ce soit dans les attentats du Pentagone du 11/09, qu’aucun avion ne s’était écrasé, et qu’il s’agissait donc d’un vaste complot. Par cette prise de position farfelue, Bigard rejoint donc les adeptes des pseudo théories de Meyssan publiées sous le titre "L’effroyable imposture", théorie reposant essentiellement sur des photos internet et des hypothèses réfutées depuis belle lurette, entre autres par des journalistes dans le livre "L’Effroyable Mensonge".

En fait, la prise de position de Bigard, sur laquelle il semble être revenue en s’excusant, n’étonne guère quand on connait le reste de ses points de vue : "j’ai une philosophie : le but de l’existence, en ce qui me concerne, c’est de pouvoir se fondre avec Dieu, de son vivant, dans ce monde là qui lui, va son chemin." a-t-il déclaré lors d’une interview après la sortie de son livre. Mais aussi et surtout son fatalisme : "Le karma est clairement défini, c’est à dire que toute action entraîne une réaction. On paye au centime près tout ce qu’on fait.

On peut supposer, si on adhère à la loi des karmas que si un jour on est torturé, c’est peut-être qu’on l’a déjà fait dans une vie avant. Tout est payé au centime près. Il n’y a pas du tout d’erreur et cela m’aide, en ce qui me concerne, à accepter mon destin.". Il justifie ici, avec cette notion de "karma", tout ce qui arrive de mal à chacun. Si vous êtes pauvre et mal foutu, malade ou handicapé, c’est de votre faute, vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous, inutile de vous plaindre, "bien fait pour votre gueule" (pour utiliser sa terminologie préférée) !

Cette notion de "karma", également chère à Sharon Stone (surdouée, parait-il [sic !]), permet de faire accepter l’inacceptable par une pirouette intellectuelle bancale, d’inventer un arrière-monde imaginaire qui expliquerait ce monde ci. Mais le karma permet surtout d’évacuer le problème du mal et de la souffrance, en le remettant sur le dos de ceux qui souffrent, surtout sans en avoir à en affliger son Dieu ainsi lavé de toute perversité et schizophrénie.

Mais Bigard emprunte aussi beaucoup aux croyances et légendes indiennes : "Les indiens disent depuis 3.000 ans : entre la vie sur terre, le paradis et l’enfer, entre la vie sur terre et l’enfer, il n’y a pas de différence, sauf qu’en enfer on renâcle à tout. On n’a pas la possibilité d’accepter. C’est ça l’enfer. Alors que nous, sur terre, on a encore cette possibilité." et reprend à son compte cette vision manichéenne, et pour le moins infantile, du monde et de la vie : "Le monde va son chemin. L’oeuvre de Dieu, c’est qu’il a créé ce monde exactement comme ça. Il est avec le bien, le mal, parfaitement organisé.", avec son dieu pervers, créateur du bien et du mal, comme aime le répéter le monde chrétien pour lequel l’auto-flagellation est une vertu.

Enfin, on peut aussi rapidement se faire une idée des limites de ses raisonnements quand on lit sa position sur la "preuve" de l’existence de dieu : "on ne peut pas non plus nier l’existence de centaines de millions de personnes sur la terre alors qu’on ne les connaît pas toutes nommément, alors qu’on n’est pas forcément sûr, on ne les a jamais vues, on ne les verra sûrement jamais mais elles sont là. C’est la même chose pour Dieu. Ce n’est pas parce qu’on ne le voit pas qu’il n’existe pas.. La différence (mais cela a-t-il seulement effleuré l’esprit bigardien) vient sans doute de ce qu’il est toujours possible de montrer ou d’aller voir ces "millions de personnes sur la terre" qu’on ne connait pas, de voyager (même si cela risque de prendre du temps), alors qu’il n’a jamais été possible d’aller voir Dieu ni de lui parler, ni de savoir à quoi il ressemble, ni même de comprendre le concept, et ce depuis des millénaires.

On ne peut évidemment nier l’existence de ces habitants venant de contrées lointaines, mais on peut tout à fait nier l’existence de dieu. L’humoriste tombe ici dans une grossière erreur de logique connue sous le nom de "fausse analogie". La logique non plus ne semble pas être son fort.

Comme on peut s’en rendre compte, l’esprit de Bigard est mieux formé pour faire rire que pour raisonner. Les limites de ses raisonnements se font rapidement sentir, et cela ne surprendra pas les lecteurs de voir qu’il s’associe à Thierry Meyssan, et donc à ces fanatiques de la conspiration qui souffrent des mêmes limites intellectuelles que lui. Le registre du rire lui va si bien, qu’il s’en tienne à ce qu’il sait faire.

- Les nouveaux imposteurs. Antoine Vitkine.
- L’imaginaire du complot mondial : Aspects d’un mythe moderne. Pierre-André Taguieff.


Références et notes :

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