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L’effet placebo trop souvent ignoré dans les études en psychologie

Le 19 juillet 2013

De nombreuses sociétés qui proposent des programmes d’entrainement cérébral mettent en avant les fondements "scientifiques" de leurs produits, c’est-à-dire des études en laboratoire qui révèlent que leurs programmes "améliorent la puissance de votre cerveau". Mais selon un compte-rendu récent publié dans le journal Perspectives on Psychological Science [1], la plupart des études de ce genre a un défaut critique majeur : elles ne prennent pas correctement en compte l’effet placébo.

Les résultats des interventions psychologiques, comme les études médicales, doivent être comparés aux améliorations des conditions de contrôle, explique le professeur de psychologie Daniel Simons de l’Université de l’Illinois, co-auteur de l’étude. Dans une étude pour un nouveau médicament, certains participants reçoivent une pilule avec les ingrédients à évaluer, tandis que d’autres reçoivent une pilule identique en tous points mais qui est inerte : un placebo. Comme les participants ne peuvent pas dire quelle pilule ils prennent, les participants des deux groupes en attendent tous les mêmes progrès.

Alors qu’au contraire, pour la plupart des interventions de psychologie, les participants savent ce qu’il y a "dans leur pilule" !

"Il n’est pas possible d’utiliser un programme d’entrainement cérébral pendant 10 heures sans connaitre le type d’entrainement que l’on fait" dit le chercheur. "Les individus peuvent se faire une idée du niveau d’amélioration attendu à partir de leur expérience des tâches réalisées, et l’existence de différences dans ces attentes entre les individus sous traitement réel et les groupes de contrôle réduisent potentiellement à néant toute déclaration selon laquelle l’amélioration était due au traitement en soi. Pas une des études citées par les sociétés qui vendent des programmes d’entrainement cérébral n’a analysé des attentes différentes entre les groupes testés".

Le fait de n’avoir seulement qu’un "groupe de contrôle actif", qui fait quelque-chose dans une quantité de temps équivalente au groupe qui suit le véritable traitement, n’immunise pas contre l’effet placébo" dit Simons. Un groupe de traitement qui suit un régime d’entrainement intensif de la mémoire peut s’attendre à vivre une amélioration de ses performances dans d’autres tâches cognitives qui évaluent la mémoire. Un groupe de contrôle qui fait des mots croisés ou qui regarde des DVD pendant une période de temps équivalente n’en attendra pas la même amélioration sur des tâches identiques, dit-il.

"Ces problèmes ne se limitent pas aux études sur les entrainements cérébraux" dit Simons. "Ils restent vrais pour presque toutes les études avec une intervention". Pour illustrer l’omniprésence de ce problème, les chercheurs ont examiné les attentes d’amélioration dans des études sur l’effet des jeux vidéo sur des mesures de la perception et de l’attention.

"De telles études ont trouvé de plus grandes améliorations de la performance dans des tâches d’attention et de perception après un entrainement avec des jeux vidéo qu’après des jeux sans action pendant une même quantité de temps" dit Boot. "Cependant, même avec cette sorte de condition de contrôle actif, ces interventions courent toujours le risque d’être polluées par des effets placébo différentiels".

Les chercheurs ont mesuré les attentes de deux études qui ont impliqué 200 participants chacune. Les participants devaient soit visionner une courte vidéo d’un jeu d’action ("Unreal Tournament") soit l’un des jeux habituellement utilisé comme outil de contrôle dans ces études ("Tetris" ou "Les Sims"). Ils ont ensuite lu les descriptions des tests cognitifs utilisés dans les études, regardé de courtes vidéo des tests et répondu à des questions pour savoir s’ils pensaient que leurs performances dans les tests seraient améliorées grâce à l’entrainement du jeu vidéo qu’ils avaient vu.

Les résultats ont montré que les attentes et espérances de progrès étaient plus importantes pour le groupe du jeu d’action que pour le groupe avec les jeux de contrôle sur les mêmes tests qui ont montré les meilleures améliorations dans des études de ce genre. En fait, le modèle des progrès attendus correspondait en tous points aux améliorations réelles trouvées dans les études ayant eu recours à ce type de méthodologie.

"Si les attentes de progrès s’alignent parfaitement aux améliorations réelles, alors toute affirmation selon laquelle le traitement étudié est efficace est prématurée" dit Simons. "Les chercheurs doivent en premier lieu éliminer les différences dans les attentes à travers ces conditions".

"Même si les participants des études en psychologie connaissent la nature de leur intervention - vous ne pouvez pas jouer à un jeu vidéo sans connaitre le jeu auquel vous jouez – il y a des étapes que les chercheurs doivent passer pour s’assurer que les avantages du groupe de traitement ne soient pas seulement dus à ces attentes", dit le chercheur.

Par exemple, les chercheurs peuvent tromper les participants pour leur faire croire en des bénéfices causés par une intervention particulière, en suscitant chez les sujets des groupes de contrôle des espérances de progrès plus élevées que chez ceux du groupe officiel. Les chercheurs peuvent aussi évaluer les attentes générées par les traitements dans un échantillon séparé de participants pour s’assurer que les attentes ne diffèrent pas entre les traitements réels et de contrôle.

"Bien que les effets placebo puissent aussi être utiles, nous avons besoin de savoir ce qui cause ces progrès dans une étude" dit-il. "Nous ne voulons pas recommander de nouvelles thérapies, faire modifier une orientation scolaire ni encourager les personnes âgées à acheter des logiciels d’entrainement cérébral si les bénéfices sont seulement dus à des espérances et attentes d’amélioration. En utilisant simplement des contrôles plus actifs qui égalent les attentes des groupes qui testent le traitement réel, nous pourrons alors tirer des conclusions définitives sur l’efficacité de toute intervention".


Références et notes :

[1] The Pervasive Problem with Placebos in Psychology : Why Active Control Groups are Not Sufficient to Rule out Placebo Effects. Psychological Science.

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