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Accueil du site > Psychologie > L’enfer réduit le crime

L’enfer réduit le crime

20 juin 2012

Mots clés : religion croyances



On pense souvent que les religions servent de garde-fous contre les comportements malhonnêtes. Cependant, quand il s’agit de prédire le comportement criminel, les croyances religieuses spécifiques que l’on a constituent le facteur déterminant

Une étude publiée dans le journal Public Library of Science PLoS ONE [1], a découvert que l’activité criminelle est plus forte dans les sociétés où les croyances religieuses des individus contiennent une composante punitive forte, que dans les régions où les croyances religieuses sont plus bienveillantes. Un pays où plus d’individus croient au paradis qu’à l’enfer, par exemple, est susceptible d’avoir un taux de crime plus important que là où ces croyances sont presque égales. Les résultats ont émergé d’une analyse de données sur 26 ans ayant impliqué 143197 personnes provenant de 67 pays.

"La découverte la plus importante est que, contrôlés l’un et l’autre, le taux de croyance en l’enfer d’une nation indique une diminution des taux de crimes, mais le taux de croyance au paradis d’une nation est un indicateur de taux de crimes plus élevés, et ces effets sont forts" explique le professeur de psychologie Azim Shariff de l’Université de l’Oregon. "Je pense que nous détenons là un élément clé important sur les effets différentiels de la punition surnaturelle et de la bienveillance surnaturelle.

Les résultats sont conformes à une recherche contrôlée que nous avons faite en laboratoire, mais nous en voyons ici un puissant effet dans le ’vrai monde’ sur quelque-chose qui affecte vraiment le comportement des gens face au délit."

L’an dernier, dans l’International Journal for the Psychology of Religion, Shariff a rapporté que des étudiants étaient plus susceptibles de tricher quand ils croyaient en un dieu miséricordieux qu’en un dieu punitif.

La croyance religieuse est généralement perçue comme une "construction monolithique", dit Shariff. "Une fois que vous découpez la religion en différentes constructions, vous commencez à voir différentes relations. Dans cette étude, nous avons trouvé deux différences qui vont dans des directions opposées. Si vous regardez la croyance religieuse globalement, ces directions séparées sont effacées et vous ne voyez rien. Il n’y a pas d’indice d’une relation."

Il ajoute que ces résultats s’additionnent à un corps de preuves de plus en plus important selon lesquelles la punition surnaturelle a vu le jour comme étant une innovation culturelle efficace pour faire en sorte que les individus agissent de façon plus éthique les uns avec les autres.

En 2003, les chercheurs de Harvard, Robert Barro et Rachel McCleary, avaient trouvé que le produit local brut était plus élevé dans les pays développés quand les gens croyaient en l’enfer que quand ils croyaient au paradis [2].

"La punition surnaturelle dans les sociétés semble être un indicateur d’une diminution des taux de délits" dit Shariff. "A cette étape, nous ne pouvons que spéculer sur ses mécanismes, mais il est possible que les gens qui ne croient pas en la possibilité d’une punition divine après la mort sentent qu’ils peuvent avoir un comportement peu éthique sans trop de risque. Il n’y a pas d’effet dissuasif divin."

Il ajoute cependant qu’il s’agit de données corrélationnelles, et qu’il faut faire attention avec les conclusions. Bien que Shariff et ses collègues aient essayé de prendre en compte les explications alternatives évidentes, il faudra plus de recherches pour explorer d’autres interprétations des résultats.

Les données pour la croyance en l’enfer et au paradis, la croyance en Dieu et la présence religieuse ont été tirées d’enquêtes sur les valeurs Européennes et Mondiales, collectées entre 1981 et 2007. Les données sur les crimes et délit proviennent des registres des Nations Unies sur les homicides, vols, viols, kidnapping, cambriolages, trafic de drogue et humains, etc. Les autres facteurs pris en compte à côté de la religion dominante (Catholiques Romains, autres Chrétiens et Musulmans) sont les inégalités de revenus, l’espérance de vie et le taux d’incarcération.

"Cette recherche apporte un nouvel éclairage sur les influences potentielles des croyances culturelles et religieuses sur les résultats clés au niveau de la société" explique le scientifique. "Bien que ces résultats puissent être controversés, le fait de disséquer les associations entre les systèmes de croyances spécifiques et les comportements est un premier pas important pour les scientifiques sociaux qui cherchent à démêler la complexe toile des facteurs qui motivent le comportement humain."


[1] Divergent Effects of Beliefs in Heaven and Hell on National Crime Rates. PLoS ONE, 7(6) : e39048. doi:10.1371/journal.pone.0039048.

[2] Religion and Economic Growth. Robert J. Barro, Rachel McCleary, American Sociological Review, 2003.


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