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L’esprit et la conscience au moment de la mort

Le 9 octobre 2014

La plus grande étude médicale sur l’esprit et la conscience humains au moment de la mort livre ses conclusions.

Une étude internationale sur quatre ans et 2060 cas d’arrêts cardiaques dans 15 hôpitaux a publié ses conclusions [1]. Les thèmes relatifs à l’expérience de la mort apparaissent être beaucoup plus larges que ce qu’on croyait jusqu’à maintenant, ou que ce qui avait été décrit dans les expériences dites de "mort imminente" (ou NDE pour near death experience en anglais). Dans certains cas d’arrêt cardiaque, les souvenirs de la conscience visuelle compatible avec les supposées expériences de sortie de corps pourraient correspondre à des événements réels.

Une forte proportion de gens pourrait avoir des expériences de mort vivaces, mais ne pas s’en souvenir à cause des dégâts causés au cerveau ou des effets des médicaments sédatifs sur les circuits de la mémoire. Les termes largement utilisés, mais scientifiquement imprécis, tels que "mort imminente" et "décorporation" ou "expérience de sortie du corps" peuvent ne pas être suffisants pour décrire les expériences réelles de décès.

Les souvenirs en relation avec la mort, dénommés "expériences de sortie de corps" ou "expérience de mort imminente", sont souvent déclarés comme étant des phénomènes considérés comme hallucinatoires ou illusoires par nature ; cependant, les études objectives sur ces expériences sont limitées.

En 2008, une étude à grande échelle qui a impliqué 2060 patients dans 15 hôpitaux du Royaume-Uni, des États-Unis et d’Autriche a été lancée. L’étude AWARE (AWAreness during REsuscitation), financée par l’Université de Southampton au Royaume-Uni, a examiné une large gamme d’expériences mentales en relation avec la mort. Les chercheurs ont aussi testé la validité des expériences conscientes en utilisant des marqueurs biologiques objectifs pour la première fois dans une grande étude, pour déterminer si les déclarations de conscience compatibles avec les expériences de décorporation correspondaient à des événements réels ou hallucinatoires.

Le Dr Sam Parnia, de l’Université de New-York et auteur de l’étude, explique : "contrairement à notre perception des choses, les mort n’est pas un moment spécifique, mais un processus potentiellement réversible qui survient après une grave maladie ou un accident qui cause un arrêt du fonctionnement du cœur, des poumons et du cerveau. Si des tentatives sont faites pour inverser ce processus, il est fait référence à un "arrêt cardiaque" ; cependant, si ces tentatives échouent on parle de "mort". Dans cette étude, nous voulions aller au-delà de l’expression émotionnellement chargée, mais pourtant mal définie, d’expérience de mort imminente (EMI) pour explorer objectivement ce qui se passe quand on meurt."

39% des patients qui ont survécu à une crise cardiaque et qui ont été en mesure de subir une analyse structurée ont décrit une perception de la conscience, mais n’ont pas de souvenir explicite des événements.

"Cela montre que plus de gens pourraient avoir une activité mentale au départ, puis qu’ils perdent leur souvenirs après avoir récupéré, soit à cause des dégâts causés au cerveau ou à cause de l’effet des sédatifs sur la remémoration des souvenirs", explique le Dr Parnia, de l’Université de Southampton.

Parmi ceux qui ont rapporté une perception de la conscience et qui ont complété une analyse plus poussée, 46% ont vécu un large éventail de souvenirs mentaux en relation avec la mort qui n’étaient pas compatibles avec la définition habituellement utilisée de l’EMI. Ceux-ci comprenaient des expériences angoissantes et de persécution. Seuls 9% d’entre eux ont vécu des expériences qui sont compatibles avec celles décrites dans les EMI, et 2% ont affiché une conscience totalement compatible avec les "expériences de sortie de corps" et des souvenirs explicites d’avoir "vu" et "entendu" certains événements.

Un cas a été validé et chronométré en utilisant un stimulus auditif pendant un arrêt cardiaque. Le Dr Parnia de conclure : "ceci est important, car il a souvent été supposé que les expériences en relation avec la mort étaient probablement des hallucinations ou des illusions, qu’elles survenaient soit avant que le cœur s’arrête ou après que le cœur ait été relancé avec succès, mais qu’elles n’étaient pas une expérience correspondant à des événements "réels" quand le cœur ne bat plus.

Dans ce cas, la conscience apparait survenir pendant une période de trois minutes pendant laquelle il n’y a pas de battements de cœur. Ceci est paradoxal car le cerveau cesse de fonctionner dans les 20-30 secondes après l’arrêt cardiaque et ne redémarre pas tant que le cœur n’a pas été relancé. En outre, les souvenirs détaillés de la conscience visuelle dans ce cas étaient cohérents avec des évènements vérifiés.

"Ainsi, alors qu’il n’était pas possible de prouver avec certitude la réalité ni la signification des expériences et déclarations de conscience des patients, (à cause de la très faible fréquence (2%) des souvenirs ou de conscience visuelle explicite, ou de supposées expériences de décorportation), il était impossible de les démentir l’une ou l’autre et il faudra davantage de recherches dans ce domaine. Manifestement, les expériences de ’visions’ qui entourent la mort méritent des investigations plus poussées sans a priori."

Il faudra plus d’études pour explorer si la conscience (explicite ou implicite) peut conduire à des conséquences psychologiques défavorables sur le long terme, dont des troubles dû à un stress post-traumatique.


Références et notes :

[1] AWARE - AWAreness during Resuscitation - A prospective study. Parnia S, et al. Resuscitation, 2014 DOI : 10.1016/j.resuscitation.2014.09.004.

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