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L’influence des maitres sur les chiens détecteurs de drogue ou d’explosifs

Le 1er février 2011

Une étude de chercheurs de l’Université Davis a découvert que les chiens de détection de drogue pourraient être victimes de l’effet dit "Clever Hans" (Hans le Malin), en étant influencés par les croyances de leurs dresseurs.

La performance des équipes de dresseurs et de chiens détecteurs de drogues ou est affectée par les croyances des maîtres-chiens humains, sans doute en réponse à des signaux subtils et non intentionnels du maître-chien.

L’étude, publiée dans le journal Animal Cognition [1], a trouvé que les équipes dresseur/chien de détection "alertaient" ou identifiaient une odeur suspecte de façon erronée plus de 200 fois, alors qu’il n’y avait pas d’odeur suspecte présente, tout particulièrement quand le maitre-chien croyait qu’il y avait une odeur en présence quelque-part.

"Il ne s’agit pas seulement de savoir si la sensibilité du nez d’un chien est bien entrainée ou non. Il existe des facteurs cognitifs qui affectent l’interaction entre un chien et son maitre, qui peuvent impacter la performance du chien" explique Lisa Lit du Département de Neurologie et auteure de l’étude.

"Ceci pourrait être aussi important, voire même plus important, que la sensibilité du nez d’un chien" ajoute-t-elle.

Pour évaluer les effets des croyances du maitre-chien, et de ses attentes, sur la performance de détection des chiens, les chercheurs ont recruté 18 équipes de maitres-chiens avec leur chien provenant d’agences d’application de la loi. Toutes les équipes étaient certifiées par l’agence soit pour la détection de drogues, d’explosifs ou les deux à la fois.

Les chiens ont tous été entrainés soit pour alerter passivement sur la localisation d’une odeur, en s’asseyant ou en se couchant à l’endroit visé ; soit pour alerter activement en aboyant, voire en faisant les deux. L’équipe comprenait 14 chiens mâles et quatre femelles, avec des Labrador retrievers, des Malinois Belge, des Bergers Allemands et des Bergers Hollandais. Le niveau d’expérience des chiens allait de deux à sept années. Leurs partenaires humains avaient jusqu’à 18 ans d’expérience dans le dressage des chiens.

L’environnement de l’étude était une église, parce qu’elle était peu susceptible d’avoir déjà contenu des explosifs ou de la drogue dans le passé, et où ni les chiens ni les dresseurs n’étaient déjà venus auparavant. Les chercheurs ont créé quatre pièces séparées à examiner par les chiens.

On a dit aux maîtres-chiens qu’il pouvait y avoir jusqu’à trois odeurs cibles dans chaque pièce, et qu’il y aurait un morceau de ruban rouge dans deux des pièces qui identifierait la localisation de l’odeur cible. Cependant, en réalité il n’y avait pas les odeurs cherchées, explosifs ou drogues, dans aucune des pièces.

Chaque pièce présentait une condition expérimentale ou un scénario différent : il y avait une pièce où l’expérimentateur ne faisait rien, elle faisait des allers/retours en marchant. Dans une autre pièce, elle avait attaché un morceau de ruban rouge sur une toilette. Dans l’une des pièces, elle avait placé des parfums leurres : deux saucisses et deux balles de tennis cachées ensemble hors de la vue. Enfin, dans la dernière pièce, elle avait aussi disposé un morceau de ruban rouge à l’endroit des parfums leurres.

Les équipes de maîtres-chiens ont réalisé deux recherches séparées de cinq minutes dans chaque pièce. Quand les dresseurs croyaient que leurs chiens donnaient l’alerte, en indiquant une odeur suspecte, un observateur enregistrait l’endroit indiqué par les maitres-chiens. Les ordres de recherche étaient aléatoires, c’est-à-dire que toutes les équipes cherchaient dans les pièces dans un ordre différent.

Bien qu’il ne devait pas y avoir d’alerte dans aucune des pièces (étant donné qu’il n’y avait ni drogue ni explosifs), il y en a eu dans toutes les pièces. En outre, il y avait plus d’alertes dans les endroits où il y avait les morceaux de ruban rouge, que dans les endroits où il n’y avait que les parfums leurres, ou tout autre endroit.

Cela est important, dit Lit, car il y avait plus d’alertes dans les endroits cibles indiqués par la suggestion humaine (le ruban rouge), que dans les endroits où l’intérêt du chien était attisé, là où se trouvaient les saucisses et les balles de tennis cachées. Il y avait aussi des alertes dans beaucoup d’autres endroits, indiquant que les chiens n’alertaient pas seulement dans les mêmes endroits que les autres chiens.

Lit rappelle qu’au début des années 20, en Allemagne, on a cru qu’un cheval nommé Clever Hans était capable de compter et de réaliser d’autres tâches. Il avait été démontré qu’en fait Clever Hans répondait à des signaux de postures et faciaux de son entraineur et d’autres observateurs. De la même manière les chiens de détection pourraient être alertés par des signaux humains subtils, qui dirigent les chiens vers des réponses sans entrainement formalisé, comme une indication, une inclinaison, un mouvement de la tête, et un regard fixe.

Lit, qui était auparavant maître-chien de détection, déclare que l’étude devrait être reproduite en filmant prudemment les scènes, afin d’évaluer les signaux cachés entre les dresseurs et leurs chiens.

"Il est important de reconnaitre que ces résultats ne réduisent pas les aptitudes des équipes de dresseurs/chiens pour autant. Nos données, avec d’autres éléments provenant d’autres recherches, mettent l’accent sur les facteurs cognitifs qui peuvent affecter les maîtres-chiens, les chiens et le duo dresseur/chien. Il faudra d’autres études pour caractériser ces facteurs, afin d’optimiser le travail et la réussite des dresseurs et de leur chien. La sensibilité des chiens aux signaux sociaux indique un potentiel de développement de modèles pour étudier le comportement social."

- Les influences inconscientes de l’effet des émotions et des croyances sur le jugement. Ahmed Channouf.
- Influence et Manipulation. Robert Cialdini.


Références et notes :

[1] Handler beliefs affect scent detection dog outcomes. Lisa Lit, Julie Schweitzer, Anita Oberbauer, Animal Cognition.

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