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La complaisance des médias

Le 22 novembre 2010

Quand on regarde la télévision (notamment les informations), ou quand on lit la presse quotidienne voire écoute la radio, on ne peut s’empêcher parfois de bondir face aux énormités qu’on nous sert dès lors qu’il s’agit d’un sujet dit "sensible". "Sensible" par le fait qu’il implique davantage que de l’information, mais qu’il en appelle aux croyances, aux idées, aux préjugés et aux positions idéologiques de celui qui la reçoit.

L’exemple de toute information évoquant les OGM, où jamais il n’est clairement affirmé qu’aucune donnée scientifique ne vient corroborer les peurs irrationnelles que les faucheurs du dimanche veulent transmettre à la population. Mais où on laisse plutôt planer un doute sur une nocivité avérée (mais bien cachée) des OGM. 

L’exemple des portables, où les médias relayent les dangers de leur utilisation, sans jamais affirmer qu’aucune donnée épistémologique ne vient les confirmer, mais préfèrent laisser planer un fort doute en évoquant, à la fin d’un reportage pourtant resté objectif, le cas d’une jeune fille atteinte d’une tumeur au cerveau sans qu’on soit capable de véritablement l’attribuer au portable ou à autre chose.

L’exemple, enfin, de l’homéopathie où, après l’interview d’un scientifique et d’un médecin ayant démontré qu’elle n’avait pas plus d’effet qu’un placebo, on nous présente le portrait de cette famille qui se sent mieux après avoir avalé ses pilules, évoquant au passage ses "milliers" d’utilisateurs fort satisfaits.

Bref, les médias grand public sont complaisants. Pourquoi sont-ils si complaisants avec les sujets qui fâchent ? Pour l’audimat bien sûr. Ils cèdent à ce que les psychologues nomment "l’exposition sélective à l’information". Ils savent bien que face aux médias, nous avons tendance à ne retenir que l’information qui va dans le même sens que nos croyances et préjugés.

Ils savent aussi que nous changeons rarement d’opinion quand nous sommes soumis à ces flux pléthoriques d’informations. Ainsi, au risque de voir partir une partie de leur spectateurs ou lecteurs, mieux vaut toujours laisser planer un doute quand à la position inverse de ce qu’un message laisse entendre, surtout si le sujet est sensible.

Une expérience [1] a confirmé cette exposition sélective à l’information. Réalisée par Steven Chaffee et Yuko Miyo aux USA en 1980, cette étude avait pour objet de mener des entretiens avec 500 adolescents et adultes pendant la campagne présidentielle américaine, alors que ces familles étaient exposées aux messages des différents candidats. Les chercheurs ont découvert qu’en fait, ces électeurs avaient renforcé leurs croyances initiales et leurs opinions sur leur candidat préféré. Ils avaient essentiellement regardé les messages de leur candidat, en évitant les autres. Ils s’exposaient donc uniquement aux idées allant dans le sens de leurs croyances.

Les médias ne font donc rien d’autre que de ménager leurs "clients" en agissant de la sorte. On peut dès lors se poser la question de la valeur d’une information qui cherche avant tout à épargner son lectorat/auditoire, plutôt que de rapporter objectivement des faits.

L’exemple, à la fin du reportage sur les portables de cette jeune fille atteinte d’une tumeur au cerveau, que sa famille attribue à son omniprésent portable, est frappant. La chaîne de télévision préférait terminer sur l’avis de son père non médecin ni scientifique (mais touché comme on pourrait l’être dans un pareil cas) qui valait toutes les expertises scientifiques, victime sans doute aussi du sophisme post hoc.

Ces médias, dans leur ensemble, donnent aux gens ce qu’ils veulent entendre, ce qu’ils aiment lire, sachant ce qu’ils vont en retenir, sachant qu’ils risquent de changer de chaîne/journal/radio plutôt que d’avis, afin de s’assurer la pérennité de leur audimat. Et tout ceci, souvent, au détriment d’une vérité pas toujours bonne à entendre.

- 150 petites expériences de psychologie des médias : Pour mieux comprendre comment on vous manipule. Sébastien Bohler.
- Comment déjouer les pièges de l’information : Ou les règles d’or de la zététique. Henri Broch.


Références et notes :

[1] Chaffee S & Miyo Y : An intergenerational panel study of the 1980 presidential campaign" Communication Research, Vol. 10, n°1, 3-36.

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