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La confiance en son intuition pousse à croire aux fausses informations

Le 25 septembre 2017

Une étude a découvert que le biais politique n’est pas seulement ce qui façonne la manière dont nous percevons la vérité.

Les personnes qui tendent à faire confiance en leur intuition ou à croire que les faits qu’ils entendent sont politiquement partiaux sont plus susceptibles d’avoir et de partager des croyances inexactes.

Et ceux qui font confiance en des éléments de preuve concrets pour former leurs croyances sont moins enclins à avoir des idées fausses sur des sujets scientifiques ou politiques très en vue, explique Kelly Garrett, l’auteur de cette étude de l’Université de l’Ohio.

"Les perceptions scientifiques et politiques erronées sont dangereuses de nos jours. L’empressement d’une large minorité de nos concitoyens à embrasser les mensonges et les théories conspirationnistes pose une certaine menace sur la capacité de la société à prendre des décisions bien informées sur des questions urgentes," dit Garrett.

"Il y a beaucoup d’attention qui est portée sur nos motivations politiques, et bien que les préjugés politiques soient une réalité, nous ne devons cependant pas perdre de vue que les gens ont d’autres types de préjugés aussi."

Les chercheurs ont analysé les données provenant d’enquêtes nationales représentatives qui comprenaient entre 500 et 1000 participants. Leur objectif était de mieux comprendre comment les gens formaient leurs croyances et comment cela pouvait contribuer à leur acceptation d’idées qui étaient soutenues par peu ou par aucun élément de preuve concret [1].

Ils ont regardé comment les participants répondaient à 12 questions comme "je fais confiance en ce que mon intuition me dit être vrai ou non", " les preuves sont plus importantes que ce que je crois être vrai" ou encore "les faits sont dictés par ceux qui sont au pouvoir".

Ils ont utilisé les réponses à ces questions pour évaluer la foi des individus dans leur instinct ou leur intuition, leur besoin de preuves et leur croyance que la "vérité" est politique.

"Ce sont les caractéristiques qui sont les plus importantes en amont et en aval du parti pris," dit le chercheur. "Nous avons puisé dans la compréhension que les individus ont du monde, sur ce qu’ils pensent et comment ils le pensent, comment ils savent ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas et comment ils pensent former leurs croyances."

Les chercheurs ont comparé comment l’approche des participants pour décider ce qui était vrai de ce qui ne l’était pas était associée à leurs croyances sur des sujets brûlants. L’étude comprenait des questions à propos des liens réfutés entre les vaccins et l’autisme et la connexion scientifique entre l’activité humaine et le climat.

Les chercheurs ont trouvé que les personnes qui croient que la vérité est façonnée par les politiques et les hommes au pouvoir sont plus susceptibles d’accepter les mensonges partagés. D’un autre côté, ceux qui font confiance aux preuves étaient moins enclins à croire ces faussetés.

Les chercheurs ont aussi évalué la tendance des participants de l’étude à être d’accord avec sept théories de la conspiration bien connues. Plus de 45 % ont déclaré qu’ils ne croyaient pas que John Kennedy avait été assassiné par Lee Harvey Oswald seul ; 33 % pensaient que le gouvernement des États-Unis était derrière l’assassinat de Martin Luther King et 32 % disaient que la mort de la Princesse Diana avait été orchestrée par la famille royale Britannique.

Des recherches précédentes avaient montré des connexions entre la croyance dans les théories conspirationnistes et les niveaux d’étude, le fondamentalisme religieux et l’affiliation à un parti politique.

Dans cette étude, la croyance selon laquelle la vérité est politique était l’indicateur le plus solide pour déterminer si quelqu’un allait adhérer aux théories de la conspiration. Les chercheurs ont aussi trouvé que ceux qui faisaient confiance en leur intuition pour évaluer la vérité avaient une tendance plus forte à accepter les conspirations.

"Alors que faire confiance en ses instincts peut être bénéfique dans certaines situations, il s’avère que le fait de croire en son intuition plutôt que dans les preuves nous rend plus enclins à croire la désinformation," expliquent-ils. Il est important de reconnaître que nos croyances ne reposent pas seulement sur des prédispositions politiques.

"Les idées fausses n’apparaissent pas toujours parce que les gens sont aveuglés par ce que leur parti ou leur journal d’information préféré leur racontent," disent-ils. Mais la bonne nouvelle est que le simple fait de faire un effort pour faire reposer nos croyances sur des éléments de preuve est une façon simple d’éviter de se fourvoyer.

Il est aussi possible d’influencer les autres dans une direction positive en partageant les preuves d’une manière calme et respectueuse lorsqu’on est face à leurs perceptions erronées. Si, par exemple, un ami sur Facebook met en ligne un article inexact, le fait de mettre un lien vers une source ou un document plus fiable peut s’avérer être utile.

"Les gens disent parfois qu’il est trop difficile voire impossible de connaitre la vérité. Ce n’est pas vrai. Les résultats de notre étude montrent que si vous prêtez attention aux éléments de preuve, vous êtes moins susceptible d’avoir et de partager des croyances qui ne sont pas correctes," disent les chercheurs.

Ce n’est pas une panacée, car il y aura toujours des gens qui croient aux conspirations et aux affirmations sans fondements ou non prouvées, mais cela peut faire la différence.

- Court traité de complotologie. Pierre-André Taguieff.
- La société parano : Théories du complot, menaces et incertitudes. Véronique Campion-Vincent.


Références et notes :

[1] R. Kelly Garrett, Brian E. Weeks. Epistemic beliefs’ role in promoting misperceptions and conspiracist ideation. PLOS ONE, 2017.

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