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La couverture médiatique modifie la perception d’une maladie

Le 29 octobre 2008

D’après une étude de l’Université McMaster, la couverture médiatique populaire des maladies infectieuses influence grandement la façon dont les gens perçoivent ces maladies, en les rendant plus dangereuses.

Cette recherche, publiée dans la Public Library of Science (PLoS) [1]], suggère que les maladies qui sont fréquemment évoquées par les médias, comme par exemple la grippe aviaire, sont considérées comme plus sérieuses que des maladies identiques, mais qui n’ont pas la même couverture médiatique, telle que la fièvre jaune.

"Les médias tendent à se focaliser sur des événements rares et dramatiques" déclare Meredith Young, l’une des auteurs de l’étude du Département de Psychologie, Neuroscience & Comportement. "Lorsqu’une maladie donnée reçoit une couverture médiatique répétée dans la presse, les gens ont tendance à se concentrer sur cette dernière et à la percevoir comme une menace réelle. Cela soulève le problème du regard que les gens portent sur leur propre santé, comment ils comprennent réellement la maladie et comment ils se soignent eux-mêmes."

Les chercheurs ont choisi 10 maladies infectieuses tirées des bases de données du Centre de Contrôle de la Maladie. Cinq étaient des affections médicales ayant été abondamment évoquées dans les médias écrits : anthrax, SRAS ou syndrome respiratoire aigu sévère, le virus du Nil occidental, maladie de Lime et grippe aviaire. Et cinq qui sont des affections qui n’ont pas été trop souvent présentes dans les médias : la tularémie, la babésiose humaine, la fièvre jaune, la fièvre de Lassa et l’hantavirus.

On a demandé à deux groupes d’étudiants, d’enseignement supérieur et des étudiants en médecine, d’évaluer le caractère sérieux et répandu de ces maladies.

"Nous avons vu qu’un simple incident rapporté par les médias peut causer un intérêt public important s’il est interprété comme étant un risque potentiel difficile à contrôler, comme la possibilité d’une pandémie dans le cas de la grippe aviaire, ou le bioterrorisme comme dans le cas de l’infection par l’anthrax" déclare Young.

Inversement, quand on présentait aux participants les descriptions de la maladie, sans leur en donner le nom, ils pensaient que les maladies qui recevaient une faible couverture médiatique (le groupe contrôle) étaient bien les pires.

Karin Humphreys, co-auteure de l’étude déclare : "Un autre aspect intéressant de cette étude est que quand nous avons présenté l’information pratique à propos des maladies avec leurs noms, l’effet des médias n’était pas aussi fort. Ce qui laisse supposer que les gens peuvent passer outre l’influence des médias lorsque nous leur donnons les faits ; ainsi, un compte-rendu objectif est réellement crucial."

Humphreys ajoute qu’il est tout autant surprenant que les étudiants en médecine, qui devraient avoir une connaissance plus poussée de ces maladies, étaient aussi influencés par les médias, et ce malgré leur formation.

- 150 petites expériences de psychologie des médias : Pour mieux comprendre comment on vous manipule. Sébastien Bohler.
- Psychologie sociale des médias. Pascal Marchand.


Références et notes :

[1] [Medicine in the Popular Press : The Influence of the Media on Perceptions of Disease. M. Young, G. Norman, K. Humphreys->http://dx.doi.org/10.1371/journal.pone.0003552

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