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La fraude en science, comment et combien ?

Le 11 décembre 2008

La confiance du public dans l’honnêteté des scientifiques a déjà été abusée par une petite minorité de chercheurs qui se comportent comme des tricheurs. Des organisations de recherche européenne se sont mises d’accord pour travailler plus sérieusement sur le sujet, afin de s’attaquer au problème de la fraude et autres tricheries en science.

La réunion de Madrid des 17 & 18 novembre a été organisée par le "Forum de l’Intégrité de la Recherche" fraichement créé par la Fondation Européenne de la Science (ESF), en collaboration avec le Conseil National Espagnol de la Recherche (CSIC).

La fraude en science comprend l’invention de donnée (fabrication), la manipulation des données pour produire un résultat injustifié (falsification) ou la présentation du travail d’autres chercheurs comme étant le sien (le plagiat).

Il y a peu d’éléments sur l’étendue du problème, mais différentes estimations suggèrent qu’entre 0,1% et 1% des chercheurs commettent des fraudes, et peut-être 10% à 50% se lancent dans des pratiques douteuses. La plupart de celles-ci sont mineures, dit le Dr John Marks, Directeur de Science et Stratégie à l’ESF, "mais si personne ne s’en occupe ni n’en parle, cela pourrait être une invitation à de plus grands problèmes de mauvaise conduite". Il déclare qu’un sondage a montré que la confiance dans les scientifiques est toujours très haute "mais que cette confiance est facilement perdue par des cas médiatisés de fraude, c’est pourquoi nous sommes tous si concernés."

Une enquête d’ESF a identifié 18 pays qui ont mis en place un code de bonne conduite dans la recherche, mais ils diffèrent grandement dans le traitement des cas suspects. Plusieurs ont créé des "bureaux d’intégrité de la recherche" pour promouvoir les bonnes pratiques et décourager toute fraude.

Aucun pays Européen n’a encore suivi la National Science Foundation américaine qui, avec d’autres agences fédérales, possède des pouvoirs statutaires pour enquêter sur des soupçons de fraude, et a le pouvoir de convoquer les preuves. Le Dr Peggy Fischer, Inspecteur Général du NSF, décrit comment les contrevenants peuvent être conduits à suivre une formation en éthique scientifique, et dans les cas les plus graves, ne plus recevoir aucun financement fédéral pendant 5 ans.

Les systèmes en Europe tendent à être plus consensuels et font davantage confiance dans l’autorégulation de la communauté scientifique. Le Professeur Eero Vuorio, Président du Bureau National sur l’Ethique de la Recherche, déclare que toutes les universités et écoles polytechniques de Finlande, et la plupart des corps de recherche financés, ont signé un code national de bonne conduite scientifique. Les allégations de fraude sont étudiées par des institutions individuelles dans le cadre d’une procédure acceptée avec l’aide d’experts externes. Les sanctions sont entre les mains des employeurs.

Bien que la plupart des pays soient d’accord sur la définition centrale de ce qui constitue une fraude, ils différent dans le regard qu’ils portent sur les autres comportements immoraux et comment les traiter. Le meeting a entendu des comptes-rendus de la situation dans des pays comme le Royaume-Uni, le Portugal, la République Tchèque et la France.

Avec des recherches réalisées de plus en plus en collaboration internationale, les problèmes peuvent survenir quand la fraude est commise dans le cadre de partenariats croisés, et qu’il n’y a aucune règle établie et acceptée sur l’étude des cas et les sanctions pouvant être imposées.

Une approche commune a été proposée par le Forum de Science Globale de l’OECD, qui nécessiterait des collaborateurs potentiels pour se mettre d’accord sur ce qu’il faut faire face à des cas de fraude suspectés. "Quand vous faites votre planning de collaboration, vous devez reconnaitre que les choses peuvent mal se passer" dit la co-présidente du Forum, Christine Boesz de NSF. Elle reconnait qu’une telle idée était nouvelle et qu’elle a rencontré une certaine résistance de la part des chercheurs.

La réunion a également évoqué le rôle des universités, des académies nationales, des corps scientifiques internationaux et des journaux scientifiques dans la promotion de l’intégrité de la recherche, et a débouché sur un projet de compilation d’une base de données des articles de recherche connus comme étant corrompus par la fraude. Une proposition de "chambre de compensation" pour promouvoir l’intégrité de la recherche a aussi été présentée.

Les membres du forum sont tombés d’accord pour échanger informations et bonnes pratiques, pour développer un code de bonne conduite pouvant être utilisé comme canevas pour les codes nationaux, pour développer une liste afin d’assister les membres de l’ASF dans la mise en place de structures nationales et internationales promouvant une bonne pratique et pour traiter ces actes de fraude, et enfin pour promouvoir de plus amples recherches sur le sujet de la tricherie.

Le Professeur Juan José de Damborenea, co-organisateur, a terminé en déclarant : "la société a besoin de la science et des chercheurs pour résoudre des problèmes qui nous concernent tous. En général, l’opinion publique a une bonne image de l’honnêteté des scientifiques. Nous ne pouvons nous permettre de la perdre."

- European Science Foundation
- La Souris truquée. Enquête sur la fraude scientifique. William Broad, Nicholas Wade.
- Petit traité de l’imposture scientifique. Aleksandra Kroh
- L’imposture scientifique en 10 leçons. Michel de Pracontal.


Références et notes :

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