Accueil du site > Coup de gueule > La morale existe indépendamment des religions et des dieux

La morale existe indépendamment des religions et des dieux

Le 10 mai 2012

Nombreuses sont les personnes religieuses, pieuses ou dévotes qui affirment que tandis que la science peut expliquer la plupart du monde naturel, certains problèmes demeurent tout simplement en dehors du domaine scientifique, l’exemple classique étant celui de la morale. Le paléontologue Stephen J. Gould avait formalisé cette position via son principe NOMA de "non-chevauchement des magistères". L’argument était à peu près celui-ci : sans arbitre final (ici Dieu), comment les êtres humains pourraient-ils avoir un sens absolu de ce qui est bien ou mal ? La morale se désintégrerait apparemment dans un mélange de règles de conduite relatives et arbitraires.

Qu’en est-il vraiment, mais surtout qu’en est-il en ce qui concerne les religions et leurs règles qui sont sensées, elles, être absolues puisque provenir directement du canal de Dieu.

Pourtant, bien qu’en ligne directe avec Dieu, les religions ont des positions incroyablement contradictoires sur de nombreux sujets de morale humaine. Quel Dieu et quelle religion devraient-on prendre comme référence pour diriger son système moral ?

Par exemple, est-ce que l’homosexualité est une abomination immorale ? Certains Anglicans et Luthériens pardonnent les unions de même sexe, alors que la position dominante des religions Abrahamiques est que l’homosexualité est profondément immorale et est un péché grave. Qu’en est-il des systèmes d’accouplement ? Qu’est-ce que Dieu considère comme moral dans ce domaine ? Eh bien si vous êtes Mormon ou Musulman, Dieu trouve parfaitement moral d’avoir plusieurs femmes à satisfaire, tandis que le Judaïsme et la Chrétienté ne jurent que dans les mariages monogames comme étant les seuls qui soient sanctifiés par Dieu.

Que disent les religions sur les préceptes moraux associés au traitement des animaux ? De nouveau, Dieu semble avoir des préceptes moraux complètement différents selon que vous êtes Juif (rituels d’abattage Casher), Musulman (Halal), Jaïniste (l’utilisation de balai tout en marchant pour ne pas écraser d’insectes) ou Hindou (ne pas tuer de vaches).

Et comment faut-il traiter les individus qui ont une foi différente de la vôtre ? Sommes-nous tous égaux sous la domination de Dieu ? Une lecture des préceptes de la Charia suffit à nous montrer que Dieu ne réserve pas le même traitement aux Musulmans et aux kâfirs (non musulmans). En fait, selon la Charia, une transgression morale (associée à une punition légale) est plus ou moins sévère selon la foi de l’auteur ou de la victime. Ce n’est pas très moral selon nos valeurs démocratiques occidentales. Et quel est le traitement approprié pour les enfants insolents ? La Bible est claire à ce sujet : il faut les lapider jusqu’à la mort.

La plupart des Occidentaux considèrent l’esclavage comme étant une pratique moralement condamnable et répugnante. Comment réconcilier cette aversion avec le fait que les religions Abrahamiques soient toutes relativement claires sur le fait que la pratique de l’esclavage est parfaitement acceptable dans des contextes bien précis (et donc morale) ?

Interrogés à ce sujet, la seule réponse qui puisse venir des disciples de telle ou telle religion sera que toutes les autres sont fausses et ont donc tort. Le raisonnement sous-jacent à cet argument est principalement constitué d’une pétition de principe et d’un raisonnement circulaire, puisque tous savent que leur religion est la seule véritable … parce que c’est écrit dans leur livre sacré.

Il y a un nombre incalculable d’actes moraux, pleins de compassion et gentils qui sont commis par des athées. Comment ces incroyants peuvent-ils réaliser de tels actes sans la croyance en une déité surnaturelle ? Est-ce parce que Dieu, dans son infinie bonté, aurait imprégné les athées de sentiments moraux malgré leur rejet de Son infinie splendeur ? Les individus s’abstiennent-ils de tuer, violer, voler, torturer (animaux ou êtres humains) et mettre le feu à la maison de leurs voisins parce que ces actes sont religieusement répréhensibles (bien que certaines religions ne condamnent toujours pas certains de ces actes selon les circonstances !).

Le monde se lancerait-il dans une fièvre de crimes d’une incroyable débauche si la peur de la religion ne le tenait pas, reprenant l’aphorisme de Dostoïevski "Dieu n’existe pas, alors tout est permis" ? Et de nouveau, vers quelle religion se tourner pour nous guider moralement ? Souvenons-nous que les religions ne s’accordent que sur très peu de choses, même pas sur les circonstances dans lesquelles il est permis de tuer.

De nombreux philosophes et de scientifiques (dont Darwin) ont donné des arguments reposant sur des données scientifiques, pour expliquer l’évolution de la morale (tout spécialement dans le contexte des espèces sociales). Ainsi, le lieu commun inlassablement répété selon lequel la morale serait en-dehors de la science est incroyablement faux.

D’innombrables livres et articles scientifiques ont été écrits pour expliquer l’évolution de la morale, de l’empathie, de la gentillesse, de l’altruisme, de l’amour parental et romantique, de l’amour de ses amis et sur de nombreuses autres émotions qui constituent des éléments de notre courage moral.

La morale existe en dehors de la religion. En fait, la religion n’a rien fait d’autre que de mettre en place une énigme relativiste sur la façon de diriger moralement sa vie. Elle n’a fait que plaquer la morale d’un groupe à une époque donnée, morale surtout guidée par des impératifs sociaux ou au gré du "prophète" de l’époque. La plupart des individus sont dotés de la capacité à être moraux (sauf les psychopathes qui sont vides de tout sentiment moral) sans avoir besoin de la croyance en une déité invisible.

- Dieu, l’hypothèse erronée : Comment la science prouve que Dieu n’existe pas. Victor J. Stenger.


Références et notes :

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :

| | | Fil RSS | Contacts | Plan du Site | © 2019 - Charlatans.info |