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La pensée positive, outil thérapeutique ou mythe ?

Le 30 août 2008

Vous pourriez appeler Maarten van der Weijden l’anti Lance Amstrong. Le nageur hollandais a aussi survécu à un cancer, mais a déclaré à la presse britannique qu’il ne voulait pas qu’on le compare au cycliste Américain.

"Amstrong dit que la pensée positive, et faire du sport, peut vous sauver. Je ne suis pas d’accord," disait van der Weijden. "Je pense même que c’est dangereux parce que cela implique que si vous ne pensez pas positivement tout le temps, vous perdez. Les médecins m’ont sauvé. Je suis juste heureux."

Les commentaires de Van der Weijden sont au coeur d’un débat dans la communauté médicale. Est-ce que les patients peuvent réellement améliorer leurs chances de survie en étant tout le temps optimistes et heureux ? Les experts déclarent que le public considère ceci comme un fait établi. Mais scientifiquement parlant, des questions demeurent pour ce qui est de savoir si cela marche effectivement, comment cela marcherait et ce que cela voudrait dire pour les patients qui ne vont pas mieux.

Envie et promesse

Il y a certainement une envie de croire que vous détenez un certain niveau de contrôle sur la maladie. "Je pense que cela fait partie de nombreuses mentalités." dit James Coyne, directeur du programme comportemental d’oncologie au Abramson Cancer Center et professeur de psychologie. "Il y a cette idée que vous pouvez tout réussir et tout conquérir, même la maladie, grâce à votre caractère.".

Les études montrant une possible connexion entre la pensée positive et la santé sont souvent reprises par les medias. Par exemple, les travaux de chercheurs de l’Université Ben-Gourion d’Israël suggéraient que les femmes qui avaient fait face à plusieurs événements de la vie, comme un décès dans leur famille ou un divorce, étaient plus susceptibles d’avoir un cancer du sein que celles qui avaient eu une vie plus stable et plus heureuse. Les résultats ont été publiés dans l’édition du 21 aout du journal BMC Cancer [1].

La même étude a aussi trouvé que les femmes avec un cancer étaient plus susceptibles d’avoir rapporté que, avant leur diagnostic, elles étaient anxieuses ou dépressives et que de mauvaises choses leur étaient arrivées.

Ronit Peled, une des chercheuses de l’Université Ben-Gourion, disait que cela constituait une preuve qu’il existait une relation entre le bien-être émotionnel et le risque de contracter un cancer. "Le principal message, de mon point de vue, est que les jeunes femmes qui vivent des événements difficiles pendant leur jeunesse devraient être considérées comme un groupe à risques pour le cancer du sein, et traitées en conséquences" dit-elle. "Mais des sentiments de joie et d’optimisme dans la vie peuvent jouer un rôle protecteur."

Coyne disait que le public considère souvent les informations de ce genre comme un moyen de se convaincre que la pensée positive a prouvé, sans équivoque, qu’elle était bonne pour votre santé.

Mais la réalité est un petit peu plus compliquée.

Comment vous sentez-vous ?

En réalité, il n’y a pas de réponse tranchée sur le fait de savoir si être optimiste peut vous garder en bonne santé ou vous guérir de quoi que ce soit, disent Peled et Coyne. La recherche sur le sujet est divisée entre des études comme celle de Peled, et des études comme celle que Coyne a faite, publiée en décembre 2007 dans le journal Cancer [2], et qui a trouvé que le bien-être émotionnel n’était pas un indicateur précis des chances de survie de patients atteints de cancers.

Coyne est particulièrement sceptique à propos de la puissance de la pensée positive sur le cancer. "Le problème avec le cancer est que c’est si complexe. Votre diagnostic peut avoir été construit sur des décennies."

Pour les autres maladies, les perspectives scientifiques sont plus réjouissantes. Coyne dit qu’il y a des preuves que l’humeur peut prédire si quelqu’un qui a eu une crise cardiaque en aura une autre. Et il affirme qu’il y aurait même une explication biologique à cela.

Peu de recherches ont été réalisées sur les bases biologiques de la pensée positive en tant que traitement thérapeutique pour la maladie, mais Coyne déclare que les scientifiques savent que le cerveau et le système immunitaire communiquent. Étant donné que les scientifiques savent aussi que le système immunitaire joue un rôle dans l’inflammation des artères, qui jouent eux-mêmes un rôle dans la crise cardiaque, il est raisonnable de penser que les crises cardiaques pourraient être associées à ce qui se passe dans le cerveau.

Bon, mauvais

Cependant, quand Coyne et d’autres chercheurs essayent d’intercéder et de traiter la dépression chez les patients touchés par une crise cardiaque, ils découvrent que l’humeur du patient est bien améliorée, mais pas le taux de la seconde crise cardiaque. Ironiquement, dit Coyne, la plupart des preuves d’un effet des émotions sur la santé sont effectivement en faveur des émotions négatives, mais pas des positives. Par exemple, dit-il, nous savons que la colère et la dépression sont corrélées avec une seconde attaque cardiaque, pourtant, ce qui n’est pas prouvé est si le fait d’être positif réduit le risque.

Un autre moyen par lesquelles les émotions pourraient affecter la santé, même dans le cas de maladies compliquées comme le cancer, est en affectant la volonté du patient pour qu’il respecte son plan de traitement. "Cela pourrait être un effet indirect" dit Anne Harrington, auteure de The Cure Within : A History of Mind-Body Medicine. "Si une personne est positive, il ou elle est plus susceptible de suivre tous les traitements, d’avoir un meilleur régime ou de faire de l’exercice. Si vous êtes profondément dépressif, vous dormez mal et c’est mauvais pour votre santé."

Mais Harrington et Coyne se font l’écho de Maarten van der Weijden, en disant que les découvertes à propos des émotions et la santé ne devraient pas être utilisées pour faire pression sur les patients pour qu’ils soient en permanence dans un certain état d’esprit.

En fait, dit Harrington, cela pourrait encore être plus nocif pour le patient que si on le laissait tranquille. "Les mauvaises interprétations de cette recherche peuvent effrayer les gens sur les sentiments ou les émotions qu’ils ont." dit-elle. "J’ai un collègue qui étudie cela, et il est clair, à partir de ses travaux, que c’est stressant de maintenir une performance de positivité comme de se débarrasser de sa mauvaise humeur. C’est très stressant de ne pas être authentique et de vouloir être optimiste tout le temps."

- Santé : 100 idées reçues : L’avis des chercheurs. Fondation Recherche Médicale.


Références et notes :

[1] Breast cancer , psychological distress and life events among young women.. Peled R, Carmil D, Siboni-Samocha O, Shoham-Vardi I. BMC Cancer 2008, 8:245

[2] Emotional Well-Being Does Not Predict Survival in Head and Neck Cancer Patients.. Coyne, T. Pajak, D. Bruner, J. Harris, A. Konski, B. Movsas, K. Ang. Cancer

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