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La psychologie des anti-OGM

Le 28 avril 2015

Une équipe de philosophes et de biotechnologistes Belges se sont appuyés sur les sciences cognitives pour expliquer pourquoi l’opposition aux organismes génétiquement modifiés (OGM) devenait si répandue, et ce malgré les contributions positives des OGM à l’agriculture. Dans leur article publié dans le journal Trends in Plant Science [1], ils expliquent que l’esprit humain est fortement sensible aux représentations négatives et souvent émotionnelles avancées par certains groupes environnementaux et par les groupes opposés aux OGM. Les chercheurs conseillent vivement au public de former son opinion sur les OGM à partir de cas particuliers, et de ne surtout pas se focaliser sur la technologie en soi, mais plutôt sur le produit qui en résulte.

"La popularité et les caractéristiques typiques de l’opposition aux OGM peuvent être expliquées en termes de processus cognitifs sous-jacents. Les messages anti-OGM font fortement appel aux émotions et aux intuitions particulières," explique Stefaan Blancke, l’auteur de l’étude. "Les représentations négatives des OGM, comme par exemple les déclarations selon lesquelles les OGM causent des maladies et contaminent l’environnement, puisent dans nos sentiments de dégout et cela reste enraciné dans notre esprit. Ces émotions sont très difficiles à contrer, surtout parce que la science des organismes génétiquement modifiés est très compliquée à transmettre."

Les exemples de sentiments anti-OGM sont présents dans le monde entier – depuis la suspension d’une aubergine génétiquement modifiée approuvée en Inde jusqu’à la régulation stricte des OGM en Europe ou en France. Les chercheurs pensent que ce qui contribue à cette opposition du public vient notamment de l’absence de compréhension scientifique de la génétique (moins de la moitié des sondés aux USA lors d’une enquête a rejeté l’affirmation – fausse – qu’un gène de poisson introduit dans une tomate lui donnerait un gout de poisson !) tout comme les objections morales contre les scientifiques qui "se prendraient pour dieu."

"Les arguments anti-OGM font appel à nos intuitions selon lesquelles tous les organismes ont une essence immuable et inobservable, et que les choses dans le monde naturel existent ou apparaissent dans un but fixé à l’avance," explique Blancke. "Ce raisonnement entre bien entendu en conflit avec la théorie scientifique de l’évolution – selon laquelle une espèce peut évoluer en une autre. Cela nous rend aussi très sensibles à l’idée que la nature est une force qui a un but, voire des intentions, que nous ne devrions pas contrarier."

Alors que les croyances religieuses, et tout particulièrement celles qui ont un point de vue romantique de la nature, ont été accusées de produire certaines visions négatives sur les OGM, les scientifiques déclarent qu’il y a autre chose. En utilisant des idées venant des sciences cognitives, de la psychologie évolutionniste et de la théorie de l’attraction culturelle, ils proposent qu’il s’agit plus d’une affaire de messages qui entrent en compétition pour capter l’attention – dans lesquels les groupes environnementaux sont tout simplement meilleurs que la communauté scientifique pour ce qui est d’influencer les sentiments profonds des gens à propos des OGM. 

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"Pendant longtemps, les gens n’ont entendu qu’un son de cloche," dit Blancke. "Les scientifiques ne sont généralement pas suffisamment impliqués auprès du public pour l’aider à comprendre les OGM, et sans parler du caractère fortement contre-intuitif et donc difficile à transmettre à une audience profane, ce qui fait qu’ils ont un handicap dès le début."

Les chercheurs pensent que le fait de comprendre pourquoi les gens sont contre les OGM est la première étape en direction des moyens pour contrecarrer les messages négatifs. Les chercheurs ont commencé à développer une lecture publique dans leur communauté pour dissiper les mythes sur les OGM. Ils pressent les autres de concevoir des programmes éducatifs scientifiques qui puissent aider à contrebalancer les campagnes anti-OGM.

"Nous voulons un débat plus équilibré," dit Blancke. "Vous ne pouvez pas dire que tous les OGM sont mauvais. Il faut analyser chaque cas séparément pour se faire un jugement."

- Les OGM, l’environnement et la santé. Marcel Kuntz.
- OGM : Le vrai et le faux. Louis-Marie Houdebine.


Références et notes :

[1] Stefaan Blancke, Frank Van Breusegem, Geert De Jaeger, Johan Braeckman, Marc Van Montagu. Fatal attraction : the intuitive appeal of GMO opposition. Trends in Plant Science, 2015.

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