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La psychologie du Déjà vu

Le 20 novembre 2008

Nous avons tous déjà vécu, alors que nous étions dans un endroit inconnu, un sentiment certain d’avoir déjà été présent en cet endroit auparavant, ou d’avoir déjà vécu cette situation. Ce sentiment mystérieux, connu sous l’expression de "déjà vu", survient quand nous sentons qu’une nouvelle situation nous est familière, même si l’on sait pertinemment que cette situation n’a pas pu avoir lieu dans le passé. Pendant longtemps, cette sensation mystérieuse a été attribuée à beaucoup de choses, allant des explications paranormales aux problèmes neurologiques.

Cependant, ces dernières années, alors que plus de scientifiques commençaient à étudier le phénomène, un certain nombre de théories sur le déjà vu ont émergé, suggérant qu’il ne s’agissait pas seulement d’un problème de notre système de mémoire cérébrale. Un nouveau compte-rendu de la psychologue Anne M. Cleary, de l’Université de l’Etat du Colorado, publié dans Current Directions in Psychological Science [1], décrit ces nouvelles découvertes, à propos du déjà vu, comme les nombreuses similarités existantes entre le déjà vu et notre compréhension de la mémoire humaine de la reconnaissance.

La mémoire de la reconnaissance est le type de mémoire qui nous permet de réaliser que ce que nous sommes en train de vivre a déjà été vécu avant, comme quand nous reconnaissons un ami dans la rue, ou entendons une musique familière à la radio. Le cerveau fluctue entre deux types différents de mémoire de reconnaissance : la recollection et la familiarité. La reconnaissance basée sur la recollection survient quand nous percevons un moment où une situation actuelle a déjà eu lieu. Par exemple, voir un homme familier dans un magasin et réaliser que nous l’avions déjà vu dans le bus.

D’un autre côté, la reconnaissance basée sur la familiarité survient quand la situation que nous sommes en train de vivre nous semble familière, mais sans nous souvenir quand elle a eu lieu. Par exemple, nous voyons cet homme familier dans le magasin, mais ne pouvons pas nous rappeler d’où nous le connaissons et quand cela a eu lieu. Le déjà vu est considéré comme un exemple de familiarité basée sur la reconnaissance, pendant le déjà vu, nous sommes convaincus que nous reconnaissons la situation, mais nous ne sommes pas sûr de savoir pourquoi.

Des expériences rigoureusement dirigées ont testé la reconnaissance basée sur la familiarité, dans lesquelles on donnait à des participants une liste de noms de célébrités. Plus tard, on leur montrait une collection de photographies de célébrités, certaines photos correspondaient aux noms de la liste, d’autres non. On disait aux volontaires d’identifier les célébrités des photos et d’indiquer la probabilité que leurs noms soient sur la liste qu’ils avaient lue au préalable.

Les résultats étaient surprenants. Même quand les volontaires étaient incapables d’identifier une célébrité sur sa photo, ils "ressentaient" les noms qu’ils avaient déjà vus plus tôt, et ceux qu’ils n’avaient pas vus. Ils ne pouvaient pas identifier la source de leur familiarité avec la célébrité, mais ils savaient que la célébrité leur était familière. L’expérience a été répétée avec des endroits connus (comme Stonehenge et le Taj Majal) et a obtenu des résultats identiques. Ces résultats indiquent que les participants emmagasinent un petit morceau de mémoire, mais que cela était brouillé, ils étaient donc incapables de le connecter avec la nouvelle expérience.

Cleary a également lancé des expériences pour comprendre quelles caractéristiques, ou quels éléments de situation, pouvaient déclencher les sentiments de familiarité. Elle a demandé aux participants d’étudier une liste de mots au hasard. Pendant un test de reconnaissance de mots, certains des mots du test ressemblaient aux mots lus juste avant, mais seulement pour ce qui était de leur sonorité (par exemple femme sonne comme flamme), mais les volontaires ont rapporté un sens de familiarité pour les nouveaux mots, même s’ils ne pouvaient pas se rappeler de ceux présentés plus tôt, ces mots ayant une sonorité similaire qui était la source de cette familiarité.

Des recherches antérieures ont aussi montré que les gens ressentent une familiarité quand on leur montre des fragments visuels contenant des formes géométriques isolées provenant d’une expérience antérieure. Ceci suggère que des formes géométriques familières peuvent créer le sentiment qu’une nouvelle scène entière a déjà été vue auparavant.

Ces résultats renforcent l’idée que les événements et les épisodes que nous vivons sont stockés dans notre mémoire, comme des éléments ou des fragments individuels de cet événement. Le Déjà vu pourrait survenir quand des aspects spécifiques d’une situation en cours ressemblent à certains aspects de situations qui se sont déroulées dans le passé ; s’il y a beaucoup de congruence entre les éléments de la nouvelle situation et l’ancienne, nous avons alors un fort sentiment de familiarité. "Plusieurs parallèles entre les explications de déjà vu et les théories de la mémoire de reconnaissance existent" conclut Cleary. "Les théories de la reconnaissance basée sur la familiarité, et les méthodes de laboratoire utilisées pour les étudier, pourraient être spécialement utiles pour élucider les processus sous-jacents aux expériences de déjà vu."

- Le Déjà Vu
- Comprendre notre cerveau, J.-M. Robert.
- Les mécanismes de la crédulité. Fabrice Clément.


Références et notes :

[1] Recognition, Familiarity, and Déjà vu. Current Directions in Psychological Science. Vol 17 Iss 5, pp 353 - 357

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