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Le biais de publication toujours une réalité

Le 15 août 2010

Les études sur les médicaments financées par l’industrie sont plus susceptibles de publier les résultats favorables.

Une étude publiée dans les Annals of Internal Medicine [1] révèle que quand les résultats publiés sont systématiquement suivis, pour des études sur les médicaments enregistrées dans ClinicalTrials.gov, ceux issus d’études financées par l’industrie sont les plus susceptibles d’être favorables au médicament en question. Les chercheurs appellent à davantage de transparence vis-à-vis du public à propos des études cliniques sur les médicaments dés le départ, pour réduire la possibilité de biais dans les résultats des recherches.

L’équipe de recherche, dirigée par le Dr Florence Bourgeois et le Dr Kenneth Mandl, a passé en revue 546 études de médicaments entre 2000 et 2006, et listées par ClinicalTrials.gov, un registre fédéral global des données des études cliniques. L’analyse s’est concentrée sur cinq classes de médicaments : les médicaments contre le cholestérol, les antidépresseurs, les neuroleptiques, les inhibiteurs de la pompe à protons et les vasodilatateurs. Les chercheurs ont balayé toute la littérature médicale à la recherche des publications associées à chaque étude, en passant par quatre bases de données séparées et en contactant si nécessaire directement les auteurs.

En général, en tenant compte d’une durée de trois ans pour l’achèvement de l’étude, deux tiers des essais ont publié leurs résultats. Les études financées par l’industrie ont rapporté des résultats positifs 85% du temps, comparés à 50% pour les études financées par des fonds publics, et 72% pour les organisations à but non lucratif et non gouvernementales. En outre, parmi les études sans but lucratif/non gouvernementales, celles qui avaient des contributions de l’industrie (presque la moitié) étaient plus susceptibles que les autres de rapporter des résultats positifs (85% contre 61%).

Les chercheurs reconnaissent que l’industrie pharmaceutique était probablement plus sélective dans les recherches qu’elle a financées, ce qui permet de rendre compte de la plus grande proportion de résultats favorables. "L’industrie est très douée pour savoir ce qu’elle veut étudier, et les études financées par l’industrie sont plus efficaces et bien financées" dit Bourgeois. "Mais malgré ces biais potentiels, c’est un résultat stupéfiant".

Les études payées par l’industrie étaient dans des phases plus avancées de l’étude ; 89% étaient en Phase 3 ou 4, contre seulement 51% pour les essais payés par les fonds publics et 65% pour ceux financés par des organisations sans but lucratif. Cependant, même les études en Phase 1 et 2 financées par l’industrie rapportaient le pourcentage de résultats positifs le plus élevé.

En outre, les études financées par l’industrie étaient les moins susceptibles d’avoir des résultats publiés dans les deux ans suivant l’achèvement de l’étude (32%), comparées aux études sans contribution des sociétés (54% pour les études gouvernementales et 56% pour celles des ONG).

Comme le rappellent les auteurs de cette étude, les études cliniques peuvent être manipulées de différentes manières pour faire que les résultats apparaissent plus favorables. Le biais de publication, cette tendance à ne publier que les résultats positifs, ou le retard de publication des résultats négatifs, est l’un des facteurs qui a reçu le plus d’attention, comme dans une étude très médiatisée en 2008 sur des antidépresseurs et publiée dans le New England Journal of Medicine.

"Alors que nous ne pouvons pas désigner spécifiquement quels sont les facteurs qui contribuent à l’association entre la source de financement et les comptes-rendus de résultats positifs, nos résultats témoignent d’un besoin de plus de divulgation de tous les éléments de l’étude" dit Bourgeois. "Le biais de publication est probablement un facteur contributif, mais il pourrait y en avoir d’autres, comme des biais dans la méthodologie des études, la sélection des patients, des analyses des données et des résultats."

L’utilisation de registres comme ClinicalTrials.gov, lancé en 1999, avait pour but de réduire le biais de publication en créant une liste de tous les essais cliniques. En outre, en 2005, le Comité International des Editeurs de Journaux Médicaux a commencé à exiger qu’une étude soit enregistrée avant d’enrôler des patients afin d’être publiée, créant de ce fait un enregistrement des résultats de l’étude prévue avant son initiation. En 2007, la FDA a élargi la portée de ClinicalTrials.gov, exigeant des sponsors de toutes les études sur les médicaments, biologiques ou sur des appareillages qu’ils enregistrent leurs études à leur lancement.

Si les protocoles des études sont rendus publics à l’avance, celui qui la finance sera moins en mesure de manipuler ou de publier sélectivement les résultats, disent les chercheurs. "Nous en appelons principalement à la transparence, pour permettre une meilleure compréhension de l’impact de la source de financement sur les résultats de l’étude, et pour que tous les résultats de l’étude, qu’ils soient bons ou mauvais, soient rendus disponibles".

- La Souris truquée. Enquête sur la fraude scientifique. William Broad, Nicholas Wade.
- Qu’est-ce que la science ? A.F. Chalmers.


Références et notes :

[1] Outcome Reporting Among Drug Trials Registered in ClinicalTrials.gov Florence T. Bourgeois, Srinivas Murthy, et Kenneth D. Mandl. Ann Intern Med Aout 3, 2010 153:158-166

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