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Le mythe de la détox

Le 4 janvier 2014

La peau, les reins, le système lymphatique, notre système gastro-intestinal et surtout le foie constituent des systèmes de désintoxication intrinsèques incroyablement complexes et sophistiqués. Mais surtout, la dose fait le poison – même l’eau peut être toxique (hyponatrémie) quand elle est consommée en quantités excessives.

Les partisans de la détoxication décrivent le foie et les reins comme étant des filtres où les toxines sont physiquement capturées et retenues. Ils affirment que ces organes doivent être périodiquement nettoyés, comme on peut rincer une éponge ou changer le filtre à air d’une voiture. Mais en fait, les reins et le foie ne fonctionnent pas de cette manière. Le foie produit tout une série de réactions chimiques pour convertir les substances toxiques en substances qui puissent être éliminées dans la bile, ou les reins. Le foie est "autonettoyant" – les toxines ne s’accumulent pas dedans, et à moins d’avoir une maladie diagnostiquée du foie, il fonctionne en général sans aucun problème. Les reins excrètent les déchets par l’urine – sinon la substance reste dans le sang. Le fait d’affirmer qu’un organe a besoin d’être "nettoyé" démontre une profonde ignorance de la physiologie, du métabolisme et de la toxicologie humains.

Troisième prémisse : les traitements détox retirent les toxines.

Une recherche dans la littérature médicale pour y trouver des études cliniques sur les kits de détox vendus dans le commerce ne donne aucun résultat.

Il n’y aucune preuve crédible qui démontre que les kits et produits détox vendus dans le commerce soient utiles pour quoi que ce soit. Ils n’ont jamais fait la preuve qu’ils retiraient des "toxines" ni apportaient des bénéfices à la santé. On peut en dire de même concernant les lavements, ou irrigation du colon – il n’y a aucune preuve d’une quelconque efficacité des lavements pour aider le corps à se "détoxifier", ni pour aider le foie à mieux fonctionner. Les injections de vitamines sont un autre traitement qui n’a jamais prouvé son utilité pour les consommateurs, et n’a pas non plus d’effet sur la capacité des reins ou du foie à mieux œuvrer. Les injections de chélation sont rapportées comme étant des panacées contre toutes sortes de maladies, mais contrairement à la véritable chélation administrée dans les hôpitaux dans des cas réels d’empoisonnement, la chélation naturopathique n’est pas scientifiquement démontrée et n’apporte rien d’utile.

La détox peut-elle être nocive ?

S’ils n’apportent pas de bénéfices, est-ce que les traitements détox peuvent potentiellement nuire ?

Quand il s’agit de simples changements de son alimentation, il n’y a pas grand risque de nocivité. Le fait de manger plus de raisin ou de chou, et moins de produits alimentaires transformés et raffinés ne peut pas faire de mal. La "détoxification" homéopathique est aussi sans danger dans la mesure où il n’y a aucune molécule active dedans.

Cependant, plus on va vers des traitements de détox peu orthodoxes qui contiennent des ingrédients actifs, plus il est clair que certaines approches sont risquées. Les lavements sont considérés comme dangereux et devraient être évités. Des cas de septicémies [2] (bactéries dans le sang), de perforation rectale [3] et d’anomalie électrolytes [4] ont été rapportés, ainsi que des décès [5]. Les injections de vitamines ne semblent pas aussi risquées tant que les outils utilisés restent stériles.

Mais qu’en est-il des kits de détox ? Car leurs contenus varient, bien que généralement ils contiennent deux catégories d’ingrédients.

1 - Un "stimulant" pour le foie - souvent du chardon-marie (Silybum marianum). Si le foie ne peut pas être nettoyé et rajeuni, peut-il être stimulé pour mieux travailler ? Le chardon-marie est le produit le plus populaire supposé "stimuler" l’efficacité du foie. Il n’existe pas d’études publiées ayant démontré que le chardon-marie ait un effet détoxifiant sur le foie. Le chardon-marie a été étudié chez des patients avec une maladie de foie causée par l’alcool, et chez des patients atteints d’hépatite B ou C, et il n’a pas été trouvé qu’il avait des effets significatifs [6]. Il n’y a aucune preuve montrant que le fait de consommer du chardon-marie nettoyait ces toxines anonymes.

2- Un laxatif. La plupart du temps de l’hydroxyde de magnésium, du séné, de la rhubarbe, du cascara, etc. Les laxatifs sont les ingrédients dans les boites détox qui vous donnent l’effet qu’on peut voir et sentir. Cependant, ces ingrédients peuvent causer une déshydratation et des déséquilibres électrolytiques s’ils ne sont pas pris avec prudence. Une utilisation régulière de stimulants laxatifs, comme du séné et du cascara, n’est pas recommandée pour les adultes en bonne santé à cause des risques de dépendance et d’épuisement électrolytique.

Ce sont les laxatifs les plus forts, habituellement utilisés pendant de courtes périodes pour éviter la constipation ou pour vider les intestins avant une intervention médicale. Utilisés régulièrement, les intestins peuvent s’habituer aux effets des laxatifs, ce qui pourrait avoir pour résultat d’être constipé dès qu’on arrête d’en prendre. C’est un cas parfait de traitement causant la maladie qu’il est censé traiter : après la détoxication, on pourrait devenir constipé, ce qui sonnerait le début d’une nouvelle cure de détox !

Les effets secondaires peuvent perdurer après la fin de la détoxication. Certaines personnes vivent des effets post détox comme des nausées ou de la diarrhée. Ses adeptes appellent ceci des "réactions de purification" et assureront que ce sont les "toxines" qui quittent le corps. En fait, une explication plus plausible dirait qu’il s’agit d’une conséquence du redémarrage du processus de digestion après une période de catharsis, pendant laquelle, selon le contexte et la durée du jeûne, il y a eu peu ou pas de digestion, et que la flore gastro-intestinale pourrait avoir été sévèrement désorganisée. C’est le même effet qui apparait chez les patients hospitalisés qui ont des difficultés à redigérer de la nourriture après avoir été longtemps nourris par intraveineuse. Les ingrédients de la détox, et la purge qui en résulte, peut irriter le colon à un tel point qu’il peut mettre du temps à revenir à la normale.

Une perte de poids immédiate n’est pas rare après une cure de détox, tout spécialement si celle-ci comprend une prise de laxatifs. Malheureusement, cela est habituellement dû à une perte d’eau et aussi de muscle, cela dépendant de la perturbation que la détoxification a provoqué sur les fonctions du corps. Quelque-soit la perte de poids, le corps reviendra à son poids d’avant la cure avec le temps, et les niveaux d’activité redeviendront les mêmes.

Conclusion

Tout produit ou service qui contient les termes "détox", "détoxication" ou "purification" dans son nom ne sera bon qu’à nettoyer votre portefeuille. Les idées de détoxication et de purification de la médecine alternative n’ont aucun fondement scientifique. Il n’existe pas d’élément de preuve publié suggérant que les traitements, kits, boites ou rituels de détoxication aient un effet sur la capacité de notre corps à éliminer plus efficacement les déchets. Ils ont cependant le pouvoir d’être nocifs, non seulement directement comme avec les lavements et les purgatifs, mais aussi plus largement en faisant croire que le corps a besoin d’être "nettoyé" pour être en bonne santé.

La "détox" focalise l’attention sur des problèmes non pertinents, et donne aux consommateurs l’impression qu’ils peuvent défaire des décisions de leur style de vie avec des solutions rapides prêtes à l’emploi. On n’améliore pas sa santé avec une boite de plantes, une bouteille d’homéopathie ni avec un jet d’eau enfoncé dans le rectum ! Le fait de mal manger, de ne pas se bouger, de fumer, de manquer de sommeil, de boire de l’alcool ou de prendre des drogues ne peut pas être simplement rincé, ni purgé. Nos reins et notre foie n’ont aucun besoin de traitement de détoxification.

- Le Sommeil de la raison : Une mode, les médecines douces. Norbert Bensaïd.


Références et notes :

[2] West J Med. 1984 March ; 140(3) : 460. PMCID : PMC1021723. Polymicrobial enteric septicemia from coffee enemas. K A Margolin, M R Green

[3] Endoscopy. 2012 ;44 Suppl 2 UCTN:E32-3. doi : 10.1055/s-0031-1291512. Epub 2012 Mar 6. Rectal perforation due to benign stricture caused by rectal burns associated with hot coffee enemas. Kim S, Cha JM, Lee CH, Shin HP, Park JJ, Joo KR, Lee JI, Jeun JW, Lim K, Lim JU, Choi JH.

[4] Bull N Y Acad Med. 1982 April ; 58(3) : 323–340. PMCID : PMC1805327. Unproved dietary claims in the treatment of patients with cancer. M. E. Shils, M. G. Hermann.

[5] Deaths Related to Coffee Enemas. John Eisele, Donald Reay. JAMA. 1980 ;244(14):1608-1609. doi:10.1001/jama.1980.03310140066036.

[6] No evidence supporting or refuting milk thistle for alcoholic and/or hepatitis B or C virus liver diseases. Rambaldi A, Jacobs BP, Gluud C. Cochrane, 2009.

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