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Le test psychologique RMET n’est pas fiable

Le 10 février 2019

Comment les cliniciens font pour évaluer dans quelle mesure un patient comprend ce que les autres pensent et ressentent ? C’est-à-dire comment un patient évalue l’état mental d’autrui ?

Il faut un outil précis permettant de donner des résultats fiables car cela peut avoir des conséquences importantes pour le bien-être mental et physique des patients, et des traitements éventuels à mettre en place.

Pour ce faire, les psychologues déterminent l’état de compréhension mentale d’une personne, qui repose sur la théorie que la réussite dans le monde social dépend de notre capacité à déchiffrer et à inférer les croyances, émotions et intentions cachées des autres. Une grande quantité de recherche a démontré que le fait d’être capable de faire cela a pour conséquence un certain nombre d’effets sociaux positifs : cela accroit la popularité, améliore les rapports interpersonnels, les comportements pro-sociaux, etc.

À l’inverse, ceux qui ont du mal à saisir ce que les autres pensent et ressentent passent par tout un ensemble d’effets négatifs : peu d’amis, isolation et un risque de maladie psychiatrique grave comme des troubles du spectre de la schizophrénie. Le lien entre l’isolation sociale, les maladies psychiatriques et la mortalité est solide d’où l’importance d’avoir un outil d’évaluation fiable.

Un test qui pose problème

Certains organismes de santé publique recommandent un test, le RMET test (pour "Reading the Mind in the Eyes Task"). Dans ce test, les participants doivent visionner 36 images en noir et blanc, sélectionnées à l’origine à partir d’articles de magazines, ou seulement les yeux d’acteurs féminins ou masculins d’origine caucasienne. Les participants décidaient ensuite lequel des quatre adjectifs - tels que paniqué, incrédule, déprimé ou intéressé - décrivait le mieux l’état mental exprimé dans les yeux (la réponse correcte avait été générée par des évaluations consensuelles).

Mais il y a un problème. En utilisant des données sur plus de 40 000 personnes, une étude publiée dans Psychological Medicine a conclu que ce test était profondément imparfait [1].

"Ce test est faussé à l’encontre des personnes les moins instruites, les moins intelligentes et les minorités," explique l’auteur de l’étude. "Car il repose fortement sur le vocabulaire, l’intelligence d’une personne et sur des stimuli culturels. C’est particulièrement problématique parce qu’il est approuvé par de nombreuses instances nationales et beaucoup utilisé par les psychologues."

Ce qui a le plus surpris les chercheurs était que les différences des performances chez les gens issus de certaines minorités et de certains niveaux d’instruction étaient aussi importantes, ou plus importantes, que les différences entre les individus neurotypiques et ceux souffrant de schizophrénie ou autistes - deux groupes qui affichent des difficultés sociales bien documentées, marquées et omniprésentes.

L’équipe de recherche a étudié 40 248 personnes âgées de 10 à 70 ans dont la langue maternelle était l’anglais ou qui parlaient principalement anglais. Les participants ont complété l’une des cinq unités de mesure : soit le test RMET, soit une version plus courte de RMET, une tâche d’identification des émotions multiraciales, une tâche de discrimination des émotions ou une tâche rapide non-sociale/non-verbale de correspondance de symboles.

Les scientifiques ont découvert que l’instruction et l’appartenance à une minorité expliquaient la plupart de la variance de la performance du test RMET, et que les différences entre les niveaux d’instruction et l’origine ethnique étaient plus prononcées pour le RMET comparées aux trois autres tâches.

Par conséquent, les individus caucasiens blancs et instruits y arrivaient mieux dans le test RMET. Les chercheurs en ont conclu que le test RMET pourrait être excessivement influencé par la classe sociale et la culture, et qu’il pose un sérieux problème pour évaluer correctement la compréhension de l’état mental des populations cliniques, surtout à cause du lien solide existant entre le statut social et la maladie psychiatrique. L’équipe de chercheurs a aussi découvert que contrairement à d’autres tâches, les performances au RMET s’amélioraient au cours de la vie d’un individu.

"Ces résultats sont troublants parce qu’ils montrent que le test RMET pourrait ne pas évaluer correctement la compréhension de l’état mental chez certains groupes de personnes," explique l’auteur de la recherche.

D’un point de vue pratique, une fausse évaluation peut être couteuse, financièrement et pour la santé du patient. Le fait de passer à côté de déficiences pourrait conduire les chercheurs et les cliniciens à ne pas identifier quelqu’un qui court un risque de difficultés sociales, le conduisant sur le chemin du déclin mental et physique, préviennent les chercheurs.

D’un autre côté, le fait de détecter des déficiences quand elles n’existent pas pourrait conduire à mal identifier quelqu’un comme étant à risques de difficultés sociales, ou pire, de psychopathologie, causant potentiellement des stigmatisations sociales et des interventions inutiles et couteuses. Ou bien, les cliniciens pourraient conclure de façon erronée qu’un traitement pour un trouble social fonctionne bien que ce ne soit pas le cas, et vice-versa.

Faut-il jeter le test RMET ?

Pas obligatoirement, disent les chercheurs. La conception de la tâche pourrait être conservée mais tout en utilisant des stimuli différents qui soient multiethniques et qui incluent des options de réponses différentes, qui contiennent un vocabulaire moins compliqué. Certaines équipes testent une version nouvelle qui prend en compte ces éléments. Une autre option pourrait être de l’abandonner ou de l’utiliser avec d’autres tâches qui ont démontré être inter-culturellement valides, mais qui sont très peu présentes dans la littérature.


Références et notes :

[1] David Dodell-Feder, Kerry J. Ressler, Laura T. Germine. Social cognition or social class and culture ? On the interpretation of differences in social cognitive performance. Psychological Medicine, 2019.

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