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Les analyses peuvent surestimer l’exposition au mercure

Le 22 mars 2013

Selon des chercheurs de l’Université du Michigan, l’analyse habituellement utilisée pour déterminer l’exposition au mercure causée par les amalgames dentaires pourrait surestimer de façon importante la quantité de métal toxique libéré à partir des plombages.

Les scientifiques sont d’accord pour dire que les amalgames dentaires libèrent lentement des vapeurs de mercure dans la bouche. Mais la quantité de mercure libérée et la question de savoir si cette exposition présente un danger réel pour la santé, sont des questions hautement controversées.

Les études de santé publique font souvent l’hypothèse que le mercure présent dans les urines (qui est principalement composé de mercure inorganique) peut être utilisé pour estimer l’exposition aux vapeurs de mercure provenant des plombages. Ces mêmes études utilisent souvent le mercure dans les cheveux (qui est principalement composé de mercure organique) pour estimer l’exposition au mercure organique provenant de l’alimentation d’une personne.

Mais l’étude de l’Université du Michigan qui a mesuré les isotopes dans les cheveux et dans les urines de 12 dentistes a découvert que leur urine contenait un mélange de mercure provenant de deux sources : de la consommation de poissons qui contiennent du mercure, et des vapeurs de mercure inorganique provenant des propres amalgames dentaires des dentistes.

"Ces résultats remettent en cause l’hypothèse habituelle selon laquelle le mercure dans les urines est entièrement dérivé des vapeurs de mercure inhalées" dit Laura Sherman, l’auteure de l’article publié dans le journal Environmental Science & Technology [1].

"Ces données suggèrent que pour les populations qui mangent du poisson, mais qui ne sont pas exposées aux vapeurs de mercure professionnelles et domestiques, les concentrations en mercure dans les urines peuvent surestimer l’exposition aux vapeurs de mercure provenant des amalgames dentaires. Ceci est un point important pour les études qui cherchent à déterminer les risques pour la santé d’une inhalation des vapeurs de mercure provenant des plombages" explique le biochimiste Joël Blum, co-auteur de la recherche.

Leur étude a démontré que les isotopes de mercure peuvent être utilisés pour évaluer de façon plus précise l’exposition humaine au métal, et les risques sanitaires qui y sont associés, que les mesures traditionnelles de concentrations de mercure dans les échantillons de cheveux ou d’urine. Plus précisément, les isotopes fournissent un traceur chimique nouveau qui peut être utilisé pour "pister" le mercure organique qui vient du poisson, et inorganique qui vient des vapeurs de mercure des plombages.

Le mercure est un élément présent naturellement, mais plus de 2000 tonnes sont émises dans l’atmosphère chaque année par des sources humaines comme les centrales à charbon, les mines d’or, la production de métaux et de ciment, l’incinération et la production de soude caustique.

Ce mercure est déposé dans la nature et dans l’eau, où les micro-organismes en transforment une partie en méthylmercure, qui est une forme organique hautement toxique qui s’accumule dans les poissons et dans les animaux qui les mangent, y compris dans les êtres humains. Les effets sur les humains comprennent des dommages au système nerveux central, au cœur et au système immunitaire. Les cerveaux en développement des fœtus et des jeunes enfants sont plus spécialement vulnérables.

Le mercure inorganique peut aussi causer des dégâts au système nerveux central et aux reins. L’exposition au mercure inorganique apparait principalement par l’inhalation de vapeur de mercure élémentaire. Les travailleurs de l’industrie et les mineurs peuvent courir des risques, tout comme les dentistes qui installent des amalgames au mercure, bien que les dentistes aient en majorité changé pour des amalgames composites en résine.

Environ 80% des vapeurs de mercure inhalées est absorbée dans le sang et dans les poumons et transportée vers les reins, où elle est excrétée dans les urines. Étant donné que le mercure trouvé dans les urines est presque entièrement inorganique, les concentrations totales de mercure dans les urines sont habituellement utilisées comme indicateur, ou biomarqueur, de l’exposition au mercure inorganique provenant des plombages dentaires.

Mais l’étude de Sherman et ses collègues suggère que les urines contiennent un mélange de mercure inorganique venant des amalgames dentaires, et de méthyl-mercure venant des poissons qui subissent un type de décomposition chimique dans le corps appelé la déméthylation. Le mercure déméthylé des poissons contribue significativement à la quantité de mercure inorganique présent dans les urines.

Les scientifiques de l’Université du Michigan se sont basés sur un phénomène naturel appelé le "fractionnement isotopique" pour distinguer entre les deux types de mercure. Tous les atomes d’un élément particulier contiennent le même nombre de protons dans leur noyau. Cependant, un élément donné peut avoir différentes formes, les isotopes, chacun avec un nombre différent de neutrons dans son noyau.

Le mercure a sept isotopes stables (non radioactifs). Pendant le fractionnement isotopique, les différents isotopes du mercure réagissent pour former des composés nouveaux à des taux légèrement différents. Les chercheurs travaillaient sur un type de fractionnement isotopique appelé le "fractionnement masse-indépendant" pour obtenir l’empreinte chimique qui leur permettait de faire la distinction entre l’exposition au méthylmercure provenant du poisson, et les vapeurs de mercure venant des amalgames dentaires.


Références et notes :

[1] New Insight into Biomarkers of Human Mercury Exposure Using Naturally Occurring Mercury Stable Isotopes. Laura Sherman, Joel Blum, Alfred Franzblau, Niladri Basu. Environ. Sci. Technol., , 2013. DOI : 10.1021/es305250z.

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