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Les études sur les médicaments peuvent tromper le lecteur

Le 30 août 2011

Les études sur les médicaments, qui sont publiées dans les journaux médicaux les plus influents, sont fréquemment réalisées d’une façon qui entretien la confusion en affichant des résultats trompeurs.

Des chercheurs des écoles médicales de l’UCLA et de Harvard ont analysé toutes les études cliniques randomisées sur des médicaments publiées dans les six journaux de médecine les plus lus entre le 1er juin 2008 et le 30 septembre 2010, pour déterminer la fréquence de trois types de mesures de résultats qui rendent difficile toute interprétation des données.

En outre, ils ont analysé l’extrait de chaque étude pour déterminer le pourcentage d’études qui rapportait ses résultats en utilisant des nombres relatifs plutôt qu’absolus, ce qui peut aussi être trompeur. Analyse publiée dans le Journal of General Internal Medicine [1].

Les six périodiques examinés par les scientifiques, le New England Journal of Medicine, le Journal of the American Medical Association, The Lancet, les Annals of Internal Medicine, le British Medical Journal (BMJ) et les Archives of Internal Medicine, comprenaient des études qui utilisaient les types suivant de mesures des résultats, qui ont été fortement critiqués par les experts scientifiques :

- Des résultats de substitution (37% des études), qui font référence à des marqueurs immédiats, comme la capacité d’un médicament pour le cœur à réduire la tension, mais qui pourraient ne pas être un bon indicateur de l’impact du médicament sur des résultats cliniques plus importants comme la crise cardiaque.
- Des résultats composés (34%) qui consistent en de multiples résultats individuels d’importance inégale regroupés ensembles - tels que les hospitalisations et la mortalité - ce qui rend difficile la compréhension des effets de chaque résultat pris individuellement.
- La mortalité d’une maladie spécifique (27%), qui mesure les décès dus à une cause spécifique plutôt qu’à n’importe quelle autre cause ; ce qui pourrait être une mesure trompeuse parce que même si un traitement réduit un type de décès donné, cela pourrait augmenter les risques de décéder d’une autre cause, d’une ampleur égale voir plus grande.

"Les patients et les médecins s’inquiètent plus de ce qu’un médicament diminue la tension que de ce qu’il empêche les crises cardiaques ou les attaques, ou réduit le risque de décès prématuré" dit l’auteur de l’étude, le Dr. Michael Hochman de l’UCLA.

"Le fait de connaitre les effets d’un médicament sur la tension ne nous dit pas toujours quel sera son effet sur les choses qui sont vraiment importantes, comme les crises cardiaques ou les attaques" dit Hochman. "De même, les patients ne se soucient pas de savoir si un médicament qui empêche les décès par maladie cardiaque conduit à une augmentation équivalente des décès par cancer."

Le Dr. Danny McCormick ajoute : "les patients veulent aussi savoir, avec force détails, quels sont les effets d’un traitement, et ceci peut être difficile quand de multiples résultats d’inégale importance sont regroupés ensembles."

Les auteurs ont aussi trouvé que les essais cliniques qui ont recours aux résultats de substitution et à la mortalité spécifique à une maladie, étaient plus susceptibles d’être exclusivement financés par des fonds commerciaux, comme par exemple par une société pharmaceutique.

Tandis que 45% des études financées exclusivement commercialement utilisent les critères d’évaluation de substitution, seules 29% des études ne recevant pas de fonds de sociétés commerciales le font. Et alors que 39% des études financées exclusivement par des laboratoires utilisent la mortalité spécifique à une maladie, seules 16% des études non financées par des labos le font.

Les chercheurs suggèrent que les sponsors commerciaux des recherches pourraient favoriser la présentation des résultats qui sont les plus susceptibles d’indiquer des résultats favorables pour leur produits, dit Hochman.

"Par exemple, il pourrait être beaucoup plus facile de montrer qu’un produit commercial a des effets bénéfiques sur un marqueur de substitution comme la tension sanguine, que sur un résultat difficile comme les attaques cardiaques" dit-il. "En fait, les études de notre analyse qui utilisent les résultats de substitution étaient plus susceptibles de rapporter des résultats positifs que ceux utilisant des résultats définitifs comme les crises cardiaques."

L’étude montre également que 44% des extraits rapportaient des résultats exclusivement en nombres relatifs plutôt qu’absolus, ce qui peut être trompeur.

"La façon dont les résultats d’une étude sont présentés est critique" dit McCormick. "C’est une chose de dire qu’un médicament diminue vos risques de crise cardiaque en les faisant passer de deux chances sur un million à une chance sur un million, s’en est une autre de présenter ces mêmes résultats en disant que ce médicament réduit vos risques de crise cardiaque de 50% ! Les deux manières de présenter les données sont techniquement correctes, mais la seconde, en utilisant les nombres relatifs, peut être trompeuse."

Les auteurs de reconnaitre que dans certains cas le recours aux résultats composés et de substitution, ou à la mortalité spécifique à une maladie, est approprié. Par exemple, ces résultats pourraient être préférables dans des études préliminaires dans lesquelles les chercheurs espèrent rapidement déterminer si un nouveau traitement a un potentiel.

Pour remédier aux problèmes identifiés par leur analyse, les chercheurs pensent que les études devraient systématiquement rapporter les résultats en chiffres absolus, au lieu d’additionner des nombres relatifs, et que les commissions qui contrôlent les études scrutent les résultats des études pour s’assurer que les résultats de médiocre qualité, comme les marqueurs de substitution, ne soient utilisés que dans des circonstances appropriées.

"En fin de compte, les journaux médicaux devraient s’assurer que les auteurs indiquent clairement les limitations des critères d’évaluation de qualité médiocre quand il sont utilisés - ce qui n’est pas toujours le cas" conclut McCormick.

- Penser le risque : Apprendre à vivre dans l’incertitude. Gerd Gigerenzer.


Références et notes :

[1] Michael Hochman, Danny McCormick. Endpoint Selection and Relative (Versus Absolute) Risk Reporting in Published Medication Trials. Journal of General Internal Medicine, 2011.

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