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Les mythes à propos du cerveau et l’enseignement

Le 17 octobre 2014

Les mythes entourant le cerveau sont fréquents chez les professeurs du monde entier et freinent l’enseignement, conclut une recherche. Les chercheurs ont présenté à des enseignants du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de Turquie, de Grèce et de Chine plusieurs de ces "neuromythes" et leur ont demandé s’ils pensaient qu’ils étaient véridiques ou non.

Un quart ou plus des professeurs anglais et turcs croyaient que le cerveau d’un étudiant perdrait du volume s’ils ne buvaient pas moins de six verres d’eau par jour, alors qu’environ la moitié ou plus de ceux qui ont été interrogés croyaient que le cerveau d’un étudiant n’était actif qu’à 10 % et que les enfants étaient moins attentifs après avoir bu une boisson sucrée ou après avoir grignoté/mangé.

Plus de 70 % des enseignants dans tous les pays croyaient faussement qu’un étudiant était soit cerveau-droit soit cerveau-gauche, cette croyance atteignait même 91 % au Royaume-Uni.

Presque tous les professeurs (plus de 90 % dans chaque pays) pensent qu’enseigner à un étudiant dans le style d’apprentissage qu’il préfère – auditif, kinesthésique ou visuel – est utile pour lui, malgré le fait qu’il n’y a aucun élément de preuve pour soutenir cette approche.

Cette étude de l’Université de Bristol a été publiée dans la revue scientifique Nature Reviews Neuroscience [1], et elle lance un appel en faveur d’une meilleure communication entre les neuroscientifiques et les éducateurs ou enseignants.

Le Dr Paul Howard-Jones, de l’Université de Bristol et auteur de l’article déclare à ce sujet : "ces idées sont trop souvent vendues aux professeurs comme étant fondées sur la recherche en neuroscience, mais la neuroscience moderne ne les confirme pas. Ces idées n’ont aucune valeur éducatives et sont souvent associées à des pratiques médiocres en classe."

Le compte-rendu de cette étude blâme le désir, l’anxiété et une tendance à chercher des explications simples comme étant des facteurs typiques qui déforment les faits scientifiques en neuromythes. Ce type de facteurs apparait aussi freiner les efforts des neuroscientifiques à communiquer les véritables significations de leurs travaux aux enseignants.

Il ajoute : "malgré le dialogue plus fréquent entre les neurosciences et l’éducation qui est encourageant, nous voyons de nouveaux neuromythes pointer à l’horizon, et les anciens qui reviennent sous une nouvelle forme. Parfois, le fait de transmettre des messages ’résumés’ à propos du cerveau aux éducateurs peut conduire à une incompréhension, et des confusions à propos de concepts comme la plasticité cérébrale sont fréquentes dans les échanges à propos des politiques de l’éducation."

Leur compte-rendu met en lumière plusieurs domaines où de nouvelles découvertes en neurosciences ont été mal interprétées et déformées par le monde de l’éducation, comme les idées relatives au cerveau concernant l’investissement éducatif précoce, le développement cérébral des adolescents et les troubles de l’apprentissage comme la dyslexie et l’hyperactivité.

Les chercheurs espèrent quant à eux que les professionnels de l’éducation vont tirer de réels bénéfices des neurosciences, et développer un nouveau domaine de recherches en "neuro-éducation" qui associe les deux domaines. L’article conclut en disant que dans le futur, une telle collaboration sera grandement nécessaire pour que le monde de l’éducation s’enrichisse des neurosciences plutôt que d’être induit en erreur.

- Psychologie du cerveau : Pour mieux comprendre comment il fonctionne. Alain Lieury.
- 50 Great Myths of Popular Psychology : Shattering Widespread Misconceptions About Human Behavior. Collectif.


Références et notes :

[1] Paul A. Howard-Jones. Neuroscience and education : myths and messages. Nature Reviews Neuroscience, 2014 ; DOI : 10.1038/nrn3817

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