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Les placebos ont une véritable valeur thérapeutique

Le 17 juillet 2015

Les placebos ont une véritable valeur thérapeutique bien qu’ils ne puissent pas guérir une maladie, ils peuvent faire que les patients se sentent mieux. Alors pourquoi ne pas les intégrer dans la pratique médicale ? C’est la question que pose le Professeur Ted Kaptchuk dans le New England Journal of Medicine [1] en proposant que les placebos soient considérés comme des composants à part entière des soins médicaux, et comme des outils importants pour soulager les symptômes des patients – et pas simplement comme des éléments de base à comparer aux "vrais médicaments" dans le cadre d’études médicales.

Un placebo – mot qui vient de la locution latine signifiant "je plairai" – est une pilule ou procédure sans agent actif et qui peut apporter un bénéfice psychologique car le (la) patient(e) pense qu’il ou elle prend un traitement réel. L’effet placebo est cette amélioration des symptômes qui peut être attribuée au faux médicament, voire même à des symboles standards de la guérison tels que la blouse blanche du médecin ou son diplôme, ou le visage grave du docteur.

"Un important corps de recherche a changé la vision du placebo considéré seulement comme un traitement "bidon" pour la déplacer en reconnaissant que l’effet placebo recouvre de nombreux aspects de l’expérience de soins, et qu’il est central pour la médecine comme dans tout parcours de soins," explique Kaptchuk. Ces dernières années, Kaptchuk et ses collègues ont démontré que les symptômes des patients pouvaient être soulagés même s’ils savaient qu’ils prenaient une pilule placebo ; et que parfois un placebo pouvait même causer des effets secondaires (effet nocebo), comme des nausées ou des diarrhées, et que certains placebos fonctionnent mieux que d’autres (à la manière des médicaments).

En 2012, le chercheur a même porté les placebos au niveau génétique et a découvert que les patients qui avaient une certaine variation génétique associée à la dopamine dans le cerveau, étaient plus susceptibles de réagir positivement à de l’acupuncture simulée dans le cadre du traitement du côlon irritable [2]. Cela pourrait aider les scientifiques à concevoir des médicaments plus efficaces pour certaines personnes en écartant certains effets secondaires ou éléments du soulagement des symptômes qui sont d’origine psychologiques, plutôt que biochimiques.

Kaptchuk pose la question de savoir comment capitaliser sur l’effet placebo dans le bureau du médecin, et notamment de façon éthique. "La médecine comprend deux éléments fondamentaux, dit-il, qui sont le soin moral du patient et des thérapies efficaces. On ne doit pas mentir au patient." Les médecins devraient imaginer des interventions médicales conçues pour stimuler des effets placébos sans tromperie. Cela pourrait inclure des recherches sur la façon dont le toucher, l’attention ou la capacité d’écoute du médecin pourrait avoir des effets positifs sur un patient, et comment des mises en garde graves sur les effets secondaires d’un médicament peuvent en fait induire ces effets secondaires sur le patient.

Ou bien, un placebo pourrait être éthique dans des situations dans lesquelles aucun traitement ni soulagement n’est disponible, ajoute-t-il. Pendant des siècles, les médecins ont débattu sur le rôle des placébos dans le parcours de soin des patients. Certains ont considéré les placebos comme étant quelque chose de complètement inoffensif, tandis que d’autres ont affirmé qu’ils étaient les outils préjudiciables des charlatans et des vendeurs de poudre de perlimpinpin. Un flux régulier d’avancées médicales au début du 20° siècle a relégué l’effet placébo au rang des soins "médicaux" arriérés.

Un article de 1955 d’Henry Beecher de la Harvard Medical School titré "Le puissant placebo" a modifié cela en introduisant le concept selon lequel les placebos ont une valeur thérapeutique qui peut être exploitée. Mais ensuite la roue a tourné avec un article publié dans le New England Journal of Medicine en 2001 [3], par des chercheurs Hollandais qui ont trouvé que la plupart des études sur les placebos étaient méthodologiquement imparfaites. En guise de clin d’œil à Beecher, leur article était intitulé "le placebo est-il impuissant".

Néanmoins, il y a de nombreuses critiques concernant l’utilisation des placebos dans les soins médicaux. Dans un article de 2011 en réaction à une étude de Kaptchuk réalisée sur l’asthme, des médecins déclaraient que l’asthme est quelque chose qui peut s’avérer fatal. Si le fonctionnement pulmonaire d’un patient empire, et qu’un placébo peut en effet temporairement améliorer son état, cela peut retarder la prise d’un véritable traitement jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Les critiques argumentent sur le fait que les effets placebos tendent à être faibles, temporaires et imprévisibles et qu’ils ont peu d’effet positif démontré sur les résultats des maladies, ce qui devrait être en fin de compte l’objectif ultime. Kaptchuk concède que les effets placebos sont modestes en comparaison d’une opération chirurgicale ou de médicaments puissants. Mais il note qu’un placebo peut augmenter l’efficacité de ces méthodes – un point qui, selon lui, devrait être pris en compte par les cliniciens.


Références et notes :

[1] Placebo Effects in Medicine. Ted J. Kaptchuk, Franklin G. Miller, New England Journal of Medicine, 2015 ; 373:8-9.

[2] Hall KT, Lembo AJ, Kirsch I, Ziogas DC, Douaiher J, Jensen KB, et al. (2012) Catechol-O-Methyltransferase val158met Polymorphism Predicts Placebo Effect in Irritable Bowel Syndrome. PLoS ONE 7(10) : e48135.

[3] Is the Placebo Powerless ? An Analysis of Clinical Trials Comparing Placebo with No Treatment. Asbjørn Hróbjartsson, Peter C. Gøtzsche, N Engl J Med 2001 ; 344:1594-1602.

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