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Les politiques de la peur

Le 21 septembre 2008

Comment expliquer les attitudes de certaines personnes face à des sujets sociaux tels que le bien-être, l’avortement, l’immigration, les droits des homosexuels, le PACS, la religion à l’école ou encore la peine de mort ? Les explications conventionnelles les associent souvent aux circonstances économiques, à la famille, aux amis et à l’éducation.

Mais une récente recherche suggère que les gens ayant des attitudes sociales radicalement différentes, diffèrent aussi dans leurs réponses automatiques face à la peur. Des scientifiques déclarent que ces travaux sont une preuve que certaines attitudes sont conditionnées par des traits de tempéraments fondamentaux, qui pourraient expliquer pourquoi il est si difficile, voire impossible, de faire passer quelqu’un de gauche à droite et vice-versa.

On sait peu de choses à propos de la réponse physiologique de la peur, et on peut la mesurer par des tests simples non invasifs. Les chercheurs, sous la houlette de Douglas Oxley de l’Université du Nebraska, Lincoln, ont donc décidé de tester l’idée que les croyances sociales libérales et conservatrices étaient associées à la sensibilité à la peur, face à la menace, des individus [1].

Les auteurs ont d’abord réalisé une enquête téléphonique, au hasard des habitants de Lincoln, afin de trouver des personnes qui avaient des opinions politiques fortes. 46 sondés ont été invités à se rendre au laboratoire et à remplir un questionnaire pour révéler leurs croyances politiques et leurs traits de personnalité. On donnait deux types de tests aux participants afin de mesurer leurs réponses physiologiques face à la peur.

D’abord, ils ont été équipés d’un système de mesure de la conductivité de la peau, qui augmente avec le stress émotionnel quand la moiteur de la peau s’accroît. On a présenté à chaque participant des images menaçantes, comme un visage ensanglanté, entrecoupées de photos inoffensives comme des lapins, et l’augmentation de la conductivité de peau en réponse à une photo surprenante était mesurée. On mesurait également les clignements des yeux des sujets, en réponse aux éléments déconcertants qui leur étaient soumis, tels qu’un son bruyant soudain et inattendu. Les scientifiques ont mesuré l’amplitude des clignements avec des électrodes qui détectaient les contractions musculaires sous les yeux.

Les chercheurs ont trouvé que les deux réponses étaient significativement corrélées dès lors qu’une personne était socialement libérale ou conservatrice. Les sujets qui soutiennent fortement des politiques de "protection de l’unité sociale" ont montré un changement plus important de la conductivité de la peau en réponse aux photos alarmantes que ceux qui ne soutenaient pas ce type de politiques.

De la même façon, l’amplitude moyenne des clignements des yeux, chez les sujets socialement protecteurs, étaient significativement plus élevée. L’équipe a rapporté ses conclusions dans la dernière édition de Science. Kevin Smith, co-auteur de l’étude, a expliqué que ces résultats montraient que les réponses automatiques de la peur sont de meilleurs indicateurs des attitudes protectrices que le sexe ou l’âge (les hommes et les personnes âgées tendent à être plus conservatrices).

Comment le corps et la croyance sont-ils connectés ? Les auteurs soulignent que les études sur la famille et les jumeaux ont révélé de fortes influences génétiques à la fois pour les points de vue libéraux contre conservateurs, et pour la sensibilité des gens face à la menace. Ils spéculent sur le fait que la corrélation aurait quelque chose à voir avec les modèles de l’activité neurale dans la région de l’amygdale, le siège de la peur dans le cerveau.

"Ces découvertes sont très importantes." déclare James Fowler de l’Université de Californie qui a réalisé l’étude reliant certaines variations génétiques à l’activité politique. "Les auteurs ont comblé un ’lien manquant" entre les gènes et le cerveau d’un côté, et les personnalités psychologiques et les attitudes politiques de l’autre.". Il ajoute que cela se limite à une poignée de sujets blancs du Nebraska, mais de nombreuses grandes idées ont commencé par un simple test".

- 150 petites expériences de psychologie (pour mieux comprendre nos semblables), Serge Ciccotti.


Références et notes :

[1] Political Attitudes Vary with Physiological Traits. D. Oxley, K. Smith, J. Alford, M. Hibbing, J. Miller, M. Scalora, P. Hatemi, J. Hibbing. Science, Sept. 2008 : 1.

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