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Les portables et la fertilité masculine

Le 12 juin 2014

Il n’y pas de preuves fiables qui montrent que les téléphones portables rangés dans les poches des pantalons affectent la fertilité des hommes.

Une récente étude déclare que le fait de mettre son téléphone portable dans la poche du pantalon pouvait réduire la qualité du sperme, en modifiant les chances de devenir père. Alors que la possibilité que le rayonnement d’un téléphone mobile affecte négativement la fertilité soit tout naturellement un sujet d’un grand intérêt pour le public, il n’y a cependant aucune information nouvelle à ce sujet dans cette étude.

La question de savoir si les champs électromagnétiques non-ionisants qui proviennent des téléphones portables sont dangereux ou non est aussi vieille que la technologie elle-même. Des décennies de recherche sur ce sujet hautement controversé ont produit deux conclusions. Premièrement, que les effets thermiques provenant de ce type de "rayonnement" - que le public confond souvent avec les rayonnements ionisants comme ceux des rayons-X - sous les limites d’exposition adoptées par presque tous les pays, se situent autour de 0,1°C et sont de ce fait beaucoup trop faibles pour causer quelque effet biologique délétère qui soit. Deuxièmement, qu’aucun prétendu mécanisme non-thermique, comme par exemple une production de radicaux dérivés de l’oxygène, n’a été identifié. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Organisation Mondiale de la Santé n’a pas relancé de recherches dans cette direction en 2010.

Cette nouvelle recherche, publiée dans Environment International [1], repose sur une méta-analyse de dix études précédentes (ou neuf, ce qui n’est pas très clair car il est fait état de neuf textes, mais les tableaux et les chiffres en affichent dix). Mais elle répète les mêmes erreurs caractéristiques de ce type d’article de revue - la qualité d’une revue dépend de la qualité et des critères des études sélectionnées qui la composent. Et les études analysées dans cette méta-analyse représentent un patchwork de méthodes, de critères qualitatifs et de résultats biologiques très différents qui ont été compressés dans quelque chose qui semble être une analyse globale, mais qui n’est en fait qu’un méli-mélo. Les auteurs eux-mêmes admettent que les études qu’ils ont choisies sont très hétérogènes ; et rien que ceci en limite radicalement la conclusion.

Par exemple, il y a des graphiques en forêt - qui est une façon de présenter graphiquement des chiffres dans les méta-analyses - d’études qui reposent sur des recherches réalisées sur des cellules en laboratoire (in vitro) et d’autres qui reposent sur des individus (in vivo). Le fait de mettre ensembles ces deux types d’études n’a tout simplement aucun sens. Elles sont complètement différentes, à la fois en ce qui concerne le type d’étude, mais aussi en ce qui concerne la dosimétrie - qui est le calcul fait pour afficher la dose de rayonnement que le corps ou les cellules reçoivent, et qui ne sont disponibles que pour les études in vitro.

Le critère de sélection pour les études choisies semble être aussi quelque-peu arbitraire, et il ne mentionne pas si elles ont été faites en aveugle (c’est-à-dire si la personne qui a fait l’expérience ou l’analyse était consciente du fait que les cellules/humains étaient exposés ou non, afin de prévenir tout point de vue biaisé des résultats). La plupart des étude de cette méta-analyses ne remplissaient pas ce critère de qualité très important et ne pouvaient ainsi pas être impartiales, pour le moins qu’on puisse en juger.

Il est également problématique que les auteurs citent une étude [2] qui avait prétendument montré que l’ADN des cellules de rats et d’êtres humains avait été endommagé par l’exposition à un rayonnement électromagnétique venant de téléphones portables. Mais les éléments de preuve montrent que cette étude reposait sur des données fabriquées de toutes pièces [3] et qui devrait être retirée.

La spéculation à propos des téléphones mobiles portés dans les poches des pantalons, près des organes reproducteurs et qui pourraient altérer la "spermatogénèse et la production de sperme" peut faire peur. D’un autre côté, les lecteurs seront d’accord pour reconnaitre que quelque-chose qui "émet" un rayonnement ne devrait pas être porté près des testicules ou des ovaires. Mais les téléphones portables n’émettent pas suffisamment de rayonnement, et encore moins quand ils ne sont pas utilisés (et sont en veille), sinon un bref signal toutes les heures pour indiquer son statut à l’antenne relais la plus proche. En d’autres termes : le fait de porter un mobile ne signifie pas qu’on soit constamment exposé.

En fin de compte, cette étude n’apporte rien de nouveau qui puisse provoque la panique dans la population. Les résultats ne justifient certainement pas que "d’autres études doivent être réalisées pour totalement déterminer les implications cliniques à la fois chez les hommes peu fertiles, et pour la population en général", comme le suggèrent les auteurs. Au mieux, cette étude met en lumière un besoin manifeste d’instruire les scientifiques sur la meilleure façon de faire des méta-analyses correctes !


Références et notes :

[1] Effect of mobile telephones on sperm quality : A systematic review and meta-analysis. Jessica A. Adamsa, Tamara S. Gallowaya, Debapriya Mondala, Sandro C. Estevesb, Fiona Mathewsa. Environment International. Volume 70, Sept. 2014, pp 106–112.

[2] Mutat Res. 2005 Jun 6 ;583(2):178-83. Non-thermal DNA breakage by mobile-phone radiation (1800 MHz) in human fibroblasts and in transformed GFSH-R17 rat granulosa cells in vitro. Diem E, Schwarz C, Adlkofer F, Jahn O, Rüdiger H.

[3] Mutat Res. 2010 Mar 29 ;697(1-2):60-5. doi : 10.1016/j.mrgentox.2010.01.010. Epub 2010 Jan 25. Critical comments on DNA breakage by mobile-phone electromagnetic fields [Diem et al., Mutat. Res. 583 (2005) 178-183]. Lerchl A1, Wilhelm AF.

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