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Les problèmes de l’étude anti-OGM

Le 20 septembre 2012

Des chercheurs, dirigés par Gilles-Eric Séralini de l’Université de Caen, ont récemment annoncé avoir trouvé des preuves d’une vague de problèmes chez des rats nourris par un maïs OGM qui a été modifié pour être résistant à l’herbicide Roundup. Ils déclarent aussi avoir découvert les mêmes problèmes de santé chez des rats nourris par l’herbicide lui-même.

Les chercheurs affirment que les rongeurs ont vécu des déséquilibres hormonaux et le développement de grosses tumeurs à la poitrine durant leur vie, que des rats nourris par un régime alimentaire non-OGM (groupe contrôle). Les rats nourris aux OGM ou au pesticide sont aussi morts plus tôt.

Ce type de maïs compte pour plus de la moitié des récoltes aux États-Unis, pourtant l’équipe de scientifiques affirme que c’est la première fois qu’il a été testé pour sa toxicité sur la durée de vie d’un rat [1].

Les résultats sont-ils fiables ?

Il y a peu d’éléments concluants qui confirment leur fiabilité. Tom Sanders, directeur de la recherche en nutrition du King’s College de Londres, déclare que la souche de rats que l’équipe de recherche a utilisée est facilement touchée par les tumeurs à la poitrine, tout spécialement quand on leur donne de la nourriture sans limites, ou du maïs contaminé par un champignon fréquent qui cause un déséquilibre hormonal, ou seulement à cause de l’âge.

Or il n’y a aucune donnée sur la consommation de nourriture ou sur des tests pour les champignons dans le maïs, on ne peut donc pas savoir si cela peut être un facteur déterminant.

Est-ce que les rats traités étaient plus malades que les non traités ?

Pour certains oui, mais ce n’est pas tout. Ce n’est pas que les rats nourris au maïs OGM ou à l’herbicide avaient des tumeurs, et que les rats de contrôle n’en avaient pas. Cinq des 20 rats de contrôle (soit 25%) ont eu des tumeurs et sont morts, alors que 60% de "certains groupes de test" qui ont mangé du maïs OGM sont morts. Certains autres groupes tests étaient cependant en meilleure santé que les contrôles.

Les toxicologues ont fait un calcul mathématique standard, appelé l’écart-type, sur de telles données pour voir si la différence est ce à quoi on peut attendre d’une variation aléatoire, ou si cela peut être considéré comme significatif. L’équipe de scientifiques ne décrit pas ces tests dans son article. Ils ont utilisé une analyse compliquée et non habituelle que Sanders appelle aller "à la pêche à la statistique".

Anthony Trewavas de l’Unviersité d’Edinbourg au Royaume-Uni ajoute que dans tous les cas, il devrait y avoir au moins autant de rats de contrôle que de rats testés, alors qu’il y en avait seulement 20 pour les premiers et 80 pour les seconds, pour montrer comment apparait la variabilité des tumeurs. Sans ces contrôle supplémentaires, "ces résultats n’ont pas de valeur" dit-il.

A côté des statistiques, y a-t-il d’autres problèmes ?

Oui. Des tests comme celui-ci ont déjà été faits auparavant, plus rigoureusement, et n’ont pas trouvé d’effet des aliments OGM sur la santé. L’équipe de recherche déclare être la première à avoir fait ce genre de recherche sur toute une vie de rat. Mais "la plupart des études en toxicologie s’arrêtent à la fin de la vie normale d’un rat, soit 2 années", comme celle-ci, dit Sanders. "L’immortalité n’est pas une alternative". Et ces tests n’ont pas découvert cet effet.

En outre, l’équipe déclare avoir trouvé les mêmes effets toxicologiques à la fois avec l’actuel Roundup et avec le maïs OGM, que le maïs contienne ou non l’herbicide. Il est difficile d’imaginer un moyen par lequel un herbicide pourrait avoir les mêmes effets toxiques qu’un gène modifié qui donne au maïs un gène pour une enzyme qui détruit l’herbicide.

Cela signifie-t-il que les résultats sont erronés ?

Pas nécessairement. Mais encore plus accablant d’un point de vue pharmacologique, l’équipe a trouvé les mêmes effets à toutes les doses soit d’herbicide soit de maïs OGM. C’est inhabituel, parce que presque tous les effets toxiques empiraient en même temps que les doses augmentaient – ce qui est considéré comme essentiel pour démontrer que l’agent cause l’effet.

Même la plus petite dose que l’équipe a appliquée a eu pour résultat des effets supposés sur les rats. C’est ce qu’on voit parfois avec d’autres agents toxiques. L’équipe suggère que l’effet apparait à très faible dose, atteint son degré maximum immédiatement, et reste la même à toute dose plus élevée.

Mais cela pourrait plus simplement signifier que le maïs OGM et l’herbicide n’ont pas d’effet mesuré, et que c’est pourquoi la dose ne fait pas de différence. "Ils ont montré que des vieux rats avaient des tumeurs et mourraient" dit mark Tester de l’Université d’Adelaïde en Australie. "C’est tout ce qu’on peut en conclure".

Pourquoi des scientifiques font-il cela ?

Le groupe de recherche est depuis longtemps opposé aux cultures OGM. Ils ont déclaré en 2010 avoir trouvé des preuves de toxicité dans des tests de cultures OGM de Monsanto sur son maïs résistant au Roundup [2]. D’autres toxicologues ont cependant dit que les preuves prétendument accablantes n’ont révélé que des fluctuations insignifiantes dans la physiologie des rats normaux.

Qui a financé ces travaux ?

Le groupe de recherche a été financé par le Comité de Recherche et d’Information Indépendante sur le Génie Génétique, ou CRIIGEN. L’auteur principal de la présente étude, Séralini, est directeur de son conseil scientifique [3], et dont l’objectif serait de "faire tout effort possible pour enlever le statut de secret qui prévaut dans les expériences de génie génétique et concernant les OGM susceptibles d’avoir un impact sur l’environnement et/ou sur la santé".

Le blog Imposteur d’Anton Suwalki fait d’ailleurs régulièrement état des "écarts statistiques" du CRIIGEN [4] et de ses errances idéologiques anti-OGM.

Savent-ils que d’autres scientifiques vont critiquer leurs travaux ?

Ils pourraient. L’article est supposé avoir été analysé et passé en revue par d’autres scientifiques avant sa publication. Mais l’équipe a refusé d’autoriser aux journalistes de montrer l’article à d’autres scientifiques avant que de nouveaux comptes-rendus soient publiés [5], et que d’autres scientifiques l’analysent [6].

- Ogm : Pas de Quoi Avoir Peur ! Joudrier Philippe.
- Faucheurs de science : Les fanatiques sont dans nos campagnes. Gil Rivière-Wekstein.


Références et notes :

[1] Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize. Food and Chemical Toxicology, DOI : 10.1016/j.fct.2012.08.005

[2] French study finds tumours in rats fed GM corn

[3] http://www.criigen.org/SiteEn/index.php ?option=com_content&task=view&id=57&Itemid=105

[4] Tout (ou presque) sur le CRIIGEN

[5] French study finds tumours in rats fed GM corn. Reuters.

[6] OGM : l’auteur de l’étude refuse une contre-expertise de l’agence européenne des aliments

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