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Les régimes alimentaires contre l’autisme sont inefficaces

Le 20 mai 2010

Il existe une croyance populaire selon laquelle des changements alimentaires pourraient améliorer les symptômes de l’autisme chez les enfants qui en sont atteints. Cette croyance n’est cependant pas confirmée par une étude contrôlée de l’Université de Rochester, qui a découvert que le fait d’éliminer le gluten et la caséine du régime alimentaire des enfants autistes n’avait aucun impact sur leur comportement, leur sommeil ou leur digestion.

Cette étude est l’étude la mieux contrôlée sur les régimes alimentaires associés à l’autisme à ce jour. Les chercheurs se sont assuré que les participants recevaient bien les éléments nutritifs nécessaires avec les régimes alimentaires sans gluten, sans caséine et ne manquaient pas des quantités de vitamine D, de calcium, de fer et de protéines de bonne qualité indispensables.

Contrairement aux études précédentes, ils ont aussi contrôlé les autres interventions, comme le type de traitements comportementaux que les enfants recevaient, afin de s’assurer que tous les changements observés étaient bien à imputer aux altérations alimentaires. Des études passées n’avaient pas contrôlé ces facteurs. Et bien qu’aucune amélioration n’ait été démontrée, les chercheurs reconnaissent que certains sous-groupes d’enfants, particulièrement ceux avec des symptômes gastro-intestinaux significatifs, pourraient tirer certains bénéfices de ces changements alimentaires.

"Il eut été fantastique, pour les enfants atteints d’autisme et leurs familles, si nous avions trouvé que ces régimes sans gluten et sans caséine pouvaient réellement les aider, mais cette étude n’a trouvé aucun bénéfice significatif" déclare le Dr Susan Hyman, principale auteure de l’étude présentée lors de la Conférence Internationale de la Recherche sur l’Autisme de Philadelphie. "Cependant, l’étude n’a pas inclus d’enfants avec une maladie gastro-intestinale significative. Il est possible que ces enfants, et d’autres groupes spécifiques, puissent percevoir un bénéfice."

En réponse aux bénéfices rapportés par des parents, l’Université a initié l’étude en 2003 pour évaluer scientifiquement les effets des régimes sans gluten et sans caséine, ce qui élimine le blé, le seigle, l’orge et les protéines de lait. L’observation des parents a joué un rôle important dans les découvertes des traitements précédents chez les autistes, comme l’intérêt de la mélatonine pour le sommeil.

L’étude d’Hyman a enrôlé 22 enfants autistes âgés entre 2 ans et demi et 5 ans et demi. Quatorze enfants ont réalisé l’intervention, qui a été planifiée pendant 18 semaines pour chaque famille. Les familles ont adhéré strictement aux régimes sans gluten et sans caséine, et ont participé aux interventions comportementales pendant l’étude. Les enfants étaient surveillés pour leur carences en fer et en vitamine D, sur leurs allergies au lait et au blé et sur la maladie céliaque.

Un enfant a été exclu à cause d’un test positif pour la maladie céliaque et un autre pour ses carences en fer. Les autres volontaires qui ont été exclus l’ont été car ils étaient dans l’incapacité de suivre les recommandations de l’étude. Les régimes des enfants étaient soigneusement enregistrés pendant l’étude pour s’assurer qu’ils recevaient assez de vitamine D, de fer, de calcium et des autres nutriments.

Après au moins quatre semaines de ce régime strict, les enfants étaient testés soit avec du gluten, de la caséine, les deux ou un placébo dans un ordre aléatoire. On leur donnait un gouter une fois par semaine avec soit 20 grammes de farine de blé, 23 grammes de lait entier ou aucun des deux jusqu’à ce que chaque enfant ait reçu chaque gouter trois fois. Le type de gouter était donné dans un ordre aléatoire et présenté de manière à ce que personne ne sache ce qu’il contenait, ni la famille, ni les enfants, ni le personnel de recherche, ni les thérapeutes.

Les gouters étaient soigneusement préparés pour qu’ils se ressemblent, aient le même gout et la même odeur. En outre, l’équipe chargée de la nutrition a travaillé avec les familles pour que ce gouter soit en phase avec les préférences des enfants. La caséine était cachée dans du pudding, du yaourt ou des smoothies, et le gluten dans le pain à la banane, les brownies ou des cookies selon les gouts des enfants.

Les parents, les enseignants et les chercheurs ont rempli des enquêtes standardisées à propos du comportement des enfants le jour avant qu’ils reçoivent le gouter, et deux puis 24 heures après le gouter. (Si le comportement de l’enfant n’était pas habituel au moment du gouter, celui-ci aurait été remis jusqu’à ce que l’enfant soit redevenu comme d’habitude.) En outre, les parents ont rempli un carnet sur leur consommation alimentaire, sommeil et habitudes de digestion. Les interactions sociales et de langage ont été évaluées via des notations enregistrées lors de séances de jeux standardisées avec un chercheur.

Après les gouters au gluten et à la caséine, les participants à l’étude ne présentaient aucun changement de l’attention, de l’activité, du sommeil ou de la fréquence et qualité des habitudes digestives. Les enfants ont montré une petite augmentation du langage social et de l’intérêt dans les interactions après les tests avec du gluten ou de la caséine ; cependant sans signification statistique notable. A cause du faible nombre de participants, cela pourrait être dû au seul hasard.

Les enquêteurs font remarquer que cette étude n’était pas destinée à étudier les régimes plus restrictifs, ni les effets des compléments alimentaires sur le comportement. Cette étude était seulement conçue pour analyser les effets des retraits du gluten et de la caséine des régimes alimentaires d’enfants autistes (sans maladie céliaque) et les effets subséquents de tests avec ces substances dans un groupe d’enfants suivant des interventions comportementales intensives.

Hyman déclare : "C’est seulement la partie émergée de l’iceberg. Il y a plusieurs effets possibles de l’alimentation, comme la sur- ou la sous-alimentation, sur le comportement des enfants autistes qui exigeraient d’être scientifiquement étudiés pour que les familles puissent prendre des décisions en connaissance de cause sur les thérapies qu’ils ont choisies pour leurs enfants."


Références et notes :

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