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Les scientifiques ont-ils peur du paranormal ?

Le 19 janvier 2013

La question revient sur le tapis depuis des années : pourquoi les pouvoirs paranormaux (psi) n’ont-ils pas encore été prouvés depuis tout ce temps ? Les médiums/voyants/parapsychologues ont été étudiés pendant des années, à la fois en laboratoire et hors des labos, pourtant, la communauté scientifique (et le public au sens large) n’est toujours pas convaincue de la réalité de ces "pouvoirs".

Dans un livre récent, Science & Psychic Phenomena : The Fall of the House of Skeptics, l’auteur Chris Carter insiste sur la raison pour laquelle, selon lui, les pouvoirs paranormaux n’auraient pas encore été démontrés : parce que les scientifiques ne seraient pas au courant de la recherche, ou refuseraient de la prendre au sérieux, car "de nombreux scientifiques trouvent que les déclarations des parapsychologues sont dérangeantes".

Il s’agit là d’une attaque fréquente contre les sceptiques et les scientifiques : ils refuseraient de reconnaitre l’existence du phénomène paranormal (aptitudes psi, paranormal, fantômes, etc.) parce que cela remettrait en question ou "dérangerait" quelque-part leur vision du monde.

Les sceptiques et les scientifiques, disent-ils, sont trop investis personnellement et professionnellement dans la défense du statu quo scientifique, et ils ne pourraient pas tolérer psychologiquement l’idée qu’ils peuvent se tromper. Cela aurait pour conséquence un refus étroit d’esprit d’accepter voire même d’examiner les preuves.

Mais est-ce vrai ? Est-ce que les scientifiques ignorent et balayent réellement de la main les affirmations et les preuves qui remettent en cause les idées scientifiques dominantes ? Examinons quelques exemples récents.

Les pouvoirs extrasensoriels

Une étude publiée en 2011 dans un journal scientifique affirmait avoir trouvé des preuves solides en faveur de l’existence de pouvoirs surnaturels comme la perception extrasensorielle. L’article [1], écrit par le professeur Daryl J. Bem, a été publié dans le Journal of Personality & Social Psychology, et a rapidement fait les gros titres dans le monde pour ses implications selon lesquelles les pouvoirs extrasensoriels avaient été scientifiquement démontrés.

Les déclarations de Bem sur ses preuves de la perception extra-sensorielle n’étaient pas ridicules et elles n’ont pas été ignorées ; au lieu de cela, il a été pris très au sérieux et ses éléments de preuves ont été testés par d’autres chercheurs.

La reproduction exacte est la marque de fabrique d’une recherche scientifique valide, si les résultats sont vrais et précis, il devrait être possible que d’autres équipes de scientifiques les reproduisent. Autrement, les résultats pourraient être tout simplement dus à des variations statistiques et à des erreurs normales et prévisibles. Si d’autres expérimentateurs ne peuvent pas obtenir les mêmes résultats en utilisant les mêmes techniques, c’est habituellement un signe que l’étude originale était défectueuse sous une ou plusieurs formes.

Une équipe de chercheurs a collaboré pour reproduire le plus fidèlement possible l’expérience finale de Bem, et n’a trouvé aucune preuve de pouvoirs extra-sensoriels. Leurs résultats ont été publiés dans le journal PLoS ONE [2]. Bem, contredisant explicitement la suggestion de Carter selon laquelle les sceptiques chercheraient à discréditer ses travaux, ou refuseraient d’y jeter un œil. Il a lui-même reconnu que ses résultats ne supportaient pas ses affirmations premières, et a écrit que les chercheurs avaient fait un "effort compétent et de bonne foi pour tenter de reproduire les résultats de l’une de mes expériences sur la précognition".

L’année suivante, un second groupe de scientifiques a aussi tenté de reproduire les expériences de Bem sur la perception extrasensorielle, et de nouveau ils n’ont trouvé aucune preuve de pouvoirs surnaturels. L’article, reprenant l’objet de leur recherche, a été publié dans le Journal of Personality and Social Psychology [3].

L’erreur d’Einstein ?

En septembre 2011, des informations ont fait le tour du monde répétant que des physiciens Italiens avaient mesuré des particules qui se déplaçaient plus vite que la vitesse que la lumière. Le neutrino dans cette expérience n’excédait la vitesse de la lumière que d’un cheveu, 60 nanosecondes, mais si cela s’avérait être validé, cela violerait les lois fondamentales de la physique.

Les questions ont fusé : est-ce que ces résultats tiendraient dans des expériences répétées ? Est-ce que cette équipe scientifique a prouvé qu’Einstein avait tort sur la vitesse de la lumière ?

Quelle fut la réaction de la communauté scientifique face aux nouvelles de cette remise en question des lois fondamentales de la physique ? Les chercheurs n’ont pas ignoré les résultats, ni ne les ont balayé de façon dédaigneuse, en espérant que cette vérité dérangeante disparaitrait d’elle-même ; ils n’ont pas taxé ces scientifiques de menteurs ni de fraudeurs, ils n’ont pas crié : "brûlez ces sorcières, c’est une hérésie qui ne peut être vraie" !

Au lieu de cela, ils ont fait ce que tous les scientifiques font quand ils sont confrontés à de telles anomalies : ils ont rigoureusement analysé l’expérience pour s’assurer que les résultats étaient valides, et ont essayé de reproduire la recherche. Il s’est avéré que l’anomalie avait été causée par au moins deux erreurs de mesure, comprenant certainement un câble défectueux : l’expérience était faussée.

Les scientifiques n’étaient pas sceptiques parce que le fait d’accepter qu’Einstein avait tort à propos de quelque-chose provoquait une rupture nerveuse, ni que leur vision du monde se serait effondrée, ni qu’ils auraient accepté que la science ne savait pas tout.

La raison pour laquelle les scientifiques sont sceptiques vient de ce que les nouvelles études contredisent les expériences précédentes. C’est ainsi que marche la science : quand vous faites une étude ou une expérience, tout spécialement une dont les résultats entrent en conflit avec des conclusions passées, vous l’étudiez plus minutieusement et vous posez des questions avant d’en accepter les résultats.

En science, ceux qui réfutent les théories dominantes sont récompensés, et non pas punis. Le fait de réfuter l’une des meilleures prédictions d’Einstein (ou de prouver l’existence de pouvoirs surnaturels) permettrait aux scientifiques de prendre place dans les livres d’histoire, et d’avoir un Prix Nobel.

Le même schéma existe dans d’autres domaines de l’inexpliqué. Par exemple, de nombreux scientifiques ont travaillé sur l’analyse de poils supposés appartenir au Bigfoot ou au Chupacabra. Les chercheurs de l’Université d’Oxford ont passé une partie de l’année à collecter des échantillons de poils du prétendu Bigfoot pour une possible identification génétique. Le généticien Bryan Sykes a réalisé une analyse ADN et a prévu de publier ses résultats dans un journal scientifique à comité de lecture.

Des scientifiques aveugles ou un manque de preuves ?

La raison pour laquelle les pouvoirs surnaturels, le Bigfoot, les fantômes et autres phénomènes ne sont pas acceptés par la communauté scientifique vient simplement de ce qu’il y a peu ou pas de preuves correctes les confirmant, et non pas parce que les scientifiques ne se sont pas penchés sur ces preuves.

D’une meilleure recherche on tire de meilleures preuves, et comme le primatologue Britannique John Napier, scientifique et chercheur sur le Bigfoot, l’a noté : "il ne manque pas de problèmes à étudier, et il n’est pas surprenant que les scientifiques préfèrent étudier le probable plutôt que de se cogner la tête contre le mur du très faiblement possible".

Les preuves des pouvoirs extrasensoriels, comme les preuves de quoi que ce soit d’autre, tiennent ou s’effondrent à partir de leur propre valeur. Il n’y a aucune raison dans le monde que des scientifiques aient peur de l’inconnu, ni ne soient effrayés d’en apprendre plus sur le monde dans lequel nous vivons.

- Parapsychologie : science ou magie ? James E Alcock.
- Le Paranormal : Ses documents - Ses hommes - Ses méthodes. H. Broch.


Références et notes :

[1] Feeling the future : Experimental evidence for anomalous retroactive influences on cognition and affect.Bem, Daryl J. Journal of Personality and Social Psychology, Vol 100(3), Mar 2011, 407-425. doi : 10.1037/a0021524.

[2] Failing the Future : Three Unsuccessful Attempts to Replicate Bem’s ‘Retroactive Facilitation of Recall’ Effect. Stuart Ritchie, Richard Wiseman, Christopher French. PLoS One.

[3] Correcting the Past : Failures to Replicate Psi. Journal of Personality and Social Psychology, 2012.

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