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Les solutions inefficaces contre l’autisme persistent

Le 27 février 2015

La grande difficulté de communiquer avec des enfants atteints du trouble du spectre autistique (autistes) peut pousser les parents et les éducateurs à essayer tout ce qui se présente pour tenter de comprendre leurs pensées, leurs besoins et leurs désirs. Malheureusement, les experts en psychologie et les spécialistes des troubles de la communication ne font pas suffisamment œuvre de pédagogie scientifique.

Ces facteurs rendent la communauté autiste particulièrement vulnérable aux interventions et aux "thérapies" qui ont déjà été maintes fois discréditées, explique le psychologue Scott Lilienfeld de l’Université Emory. "L’espoir est une chose formidable, et j’y crois fortement," dit Lilienfeld. "Mais les faux espoirs suscités par des thérapies discréditées peuvent être cruels, et ils peuvent éloigner les parents des interventions qui peuvent, quant à elles, réellement apporter des bénéfices."

Lilienfeld est co-auteur d’une déclaration publiée dans le journal Evidence-Based Communication Assessment & Intervention [1] dans laquelle les auteurs décrivent une litanie de traitements "contre" l’autisme qui n’ont rencontré aucun succès contre ce trouble ces dernières années, qu’il s’agisse des régimes alimentaires sans gluten ni caséine, ou bien des interventions antifongiques, de la thérapie par chélation, des chaussures ou semelles magnétiques, de la psychanalyse, des séances d’oxygène hyperbare, des vêtements lestés, des lavements en tous genres, des injections de cellules souches animales … et plus encore.

L’étude s’est cependant attardée sur une intervention en particulier : la Communication Facilitée.

La Communication Facilitée prétend permettre aux personnes autistes ou souffrant de troubles associés et qui ne parlent pas, de taper sur un clavier afin d’exprimer leurs idées ou pensées. Un "facilitateur" aide la personne autiste à diriger son bras, ce qui lui permettrait de compléter ses phrases et mots et donc de s’exprimer.

Rapidement après son introduction aux États-Unis au début des années 1990, la Communication Facilitée a été réfutée. Les études ont clairement démontrée que les facilitateurs dirigeaient eux-mêmes inconsciemment les mains des individus autistes en direction des lettres qu’ils désiraient, à la manière des planches Ouija où les individus dirigent sans s’en rendre compte la planchette vers certaines lettres ou nombres.

"L’appel émotionnel de la communication facilitée est très puissant et compréhensible," explique Lilienfeld. "Et à n’en pas douter, la majorité des gens qui l’utilise ou qui l’a utilisée est sincère et bien intentionnée. Le problème est, cependant, que ça ne marche pas !" Dans certains cas, écrivent les auteurs, la communication facilitée refait surface avec des variations mineures dans la technique et sous un nouveau nom, comme le rapid prompting (incitation rapide) ou encore le supported typing (dactylographie aidée).

En analysant les enquêtes publiées des pratiques professionnelles et en parcourant la littérature populaire et académique, les auteurs ont montré que la communication facilitée continue à être largement utilisée et disséminée dans la communauté autiste malgré sa réfutation scientifique. Ils ont examiné un certain nombre de raisons potentielles expliquant cette persistance étonnante de la communication facilitée et des autres lubies contre l’autisme. Ils notent que les difficultés inhérentes au traitement de l’autisme pourraient provoquer un désir compréhensible des familles de trouver une solution rapide quelle qu’elle soit.

Lilienfeld et ses collègues soulignent enfin le besoin pressant pour les experts du trouble autistique de mieux éduquer les familles et le public non seulement à propos de ce qui marche contre ce trouble, mais aussi sur ce qui ne marche pas du tout.

- 50 Great Myths of Popular Psychology : Shattering Widespread Misconceptions About Human Behavior. Collectif.


Références et notes :

[1] Scott O. Lilienfeld, Julia Marshall, James T. Todd, Howard C. Shane. The persistence of fad interventions in the face of negative scientific evidence : Facilitated communication for autism as a case example. Evidence-Based Communication Assessment and Intervention, 2015.

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