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Le mythe de l’apprentissage musical

Le 12 décembre 2013

Contrairement à l’opinion populaire, une recherche n’a pas trouvé de bénéfices cognitifs ou intellectuels à l’apprentissage de la musique.

Les enfants tirent énormément de bénéfices de l’apprentissage de la musique, apprendre à jouer d’un instrument de musique peut être d’une grande aide pour la créativité des enfants, et la pratique répétée peut leur apprendre à mieux se concentrer et à se discipliner. En outre, la récompense, qu’il s’agisse d’apprendre une nouvelle musique ou de seulement maitriser de nouveaux accords, représente souvent un stimulant personnel.

Mais des chercheurs de Harvard affirment que le bénéfice souvent cité au crédit de l’apprentissage de la musique, comme quoi cela améliorerait l’intelligence, est véritablement un mythe.

Bien qu’il ait été adopté par tout le monde depuis les partisans d’une l’éducation par les arts jusqu’aux parents qui espèrent encourager leurs enfants à persévérer dans leurs leçons de piano, plusieurs études réalisées par Samuel Mehr de Harvard et publiées dans le journal PLOS ONE [1] n’ont trouvé aucun effet de l’apprentissage musical sur les aptitudes cognitives chez les jeunes enfants.

« Plus de 80% des adultes Américains pensent que la musique améliore les capacités ou l’intelligence des enfants » dit Mehr. « Même dans la communauté scientifique, il y a une croyance générale selon laquelle la musique est importante pour des raisons externes à la musique elle-même, mais il y a très peu de preuves confirmant l’idée que les cours de musique amélioreraient le développement cognitif et intellectuel des enfants ».

La notion selon laquelle l’apprentissage musical peut rendre quelqu’un plus intelligent tire son origine d’un vieil article publié dans la revue Nature. Ce dernier avait identifié ce que les chercheurs de l’époque appelaient « l’effet Mozart » : après avoir écouté de la musique, des sujets testés auraient mieux réussi des tests spatiaux.

Bien que cette étude ait été réfutée plus tard, la notion que le simple fait d’écouter de la musique pouvait rendre quelqu’un plus intelligent est devenue fermement intégrée dans l’imagination du public, et a encouragé tout un ensemble d’études de suivi, dont plusieurs se sont focalisées sur les bénéfices cognitifs des leçons de musique.

Bien que des douzaines d’études aient exploré si et comment la musique et les aptitudes cognitives pouvaient être connectées, quand Mehr et ses collègues ont passé en revue toute la littérature scientifique sur le sujet, ils n’ont trouvé que cinq études qui avaient eu recours à une méthodologie rigoureuse randomisée, le standard en or pour déterminer les effets causals des interventions éducatives sur le développement de l’enfant. Sur ces cinq études, une seule affichait un effet positif non ambigu, mais il était si faible – 2,7 points d’augmentation de QI seulement après une année de leçons de musique – qu’il était à peine suffisant pour être statistiquement significatif.

« Le travail expérimental sur cette question n’en est qu’à ses balbutiements, mais les quelques études publiées sur le sujet montrent peu d’éléments de preuve que la musique vous rend plus intelligent » dit Mehr.

Pour explorer la connexion entre la musique et la cognition, les chercheurs ont recruté 29 parents et enfants de quatre ans de la région de Cambridge. Après des tests de vocabulaire préliminaires pour les enfants et des tests d’aptitude musicale pour les parents, ils ont été répartis au hasard dans une ou deux classes, l’une où ils recevaient un entrainement musical et une autre focalisée sur des arts visuels.

« Nous voulions tester les effets de l’éducation de type musical qui existe dans le monde réel, et nous voulions étudier ses effets sur les jeunes enfants, ainsi nous avons réalisé un programme d’enrichissement musical parents-enfants avec des enfants en âge préscolaire. L’objectif était d’encourager l’apprentissage de la musique entre les parents et les enfants dans un environnement scolaire, ce qui donne aux parents un solide répertoire d’activités musicales qu’ils pourront continuer à utiliser avec leurs enfants ».

Les chercheurs ont cette fois-ci contrôlé les effets des différents professeurs, à la fois dans les classes de musique et artistiques, et ils ont utilisé des outils d’évaluation conçus pour tester précisément quatre domaines de la cognition, du vocabulaire, des mathématiques et deux tâches spatiales.

« Au lieu d’utiliser quelque-chose de général, comme un test de QI, nous avons testé quatre domaines spécifiques de la cognition » dit-il. « S’il y a réellement un effet de l’apprentissage musical sur l’intellect des enfants, nous devrions être en mesure de mieux le détecter que dans les études précédentes, parce que ces tests sont plus sensibles que les tests d’intelligence générale ».

Leur étude n’a pourtant montré aucune preuve de bénéfices cognitifs dus à l’apprentissage musical.

Alors que les deux groupes ont réalisé des performances comparables dans les tâches de vocabulaire et de mathématiques, les évaluations ont montré que les enfants qui apprenaient de la musique réussissaient légèrement mieux dans une tâche spatiale, tandis que ceux qui suivaient un cours artistique visuel réussissaient mieux dans l’autre.

« L’étude numéro 1 était très petite, avec 15 enfants seulement dans le groupe musical et 14 dans les arts visuels » dit Mehr. « Les effets étaient faibles et leur signification statistique était au mieux marginale. Ainsi, nous avons essayé de reproduire l’étude, ce qui n’avait d’ailleurs jamais été fait dans les études passées ».

Pour reproduire l’effet, les scientifiques ont conçu une seconde étude qui a recruté plus de participants – 45 enfants et parents – dont la moitié a reçu un apprentissage musical, et l’autre moitié aucun apprentissage du tout.

Comme dans la première étude, il n’y avait aucune preuve que l’apprentissage musical ait apporté des bénéfices cognitifs. Même quand les résultats des deux études ont été mis en commun pour permettre aux chercheurs de comparer les effets de l’apprentissage de la musique, des arts visuels et aucun d’apprentissage du tout, il n’y avait aucun signe d’un groupe ayant mieux réussi que les autres.

« Il y avait des légères différences dans la performance entre les groupes, mais aucune n’était suffisamment importante pour être statistiquement significative » dit-il. « Même quand nous avons utilisé les analyses statistiques les plus précises possibles, les effets n’étaient pas présents ».

Ce qui ne retire cependant rien à la valeur de l’apprentissage musical. En effet, il y a un intérêt dans les leçons de musique qui ne leur est pas extrinsèque. « Nous n’apprenons pas Shakespeare aux enfants parce que nous pensons que cela va les aider à être meilleurs dans les tests d’intelligence, mais parce que nous pensons que Shakespeare est un auteur important ».

- 50 Great Myths of Popular Psychology. Scott E. Lilienfeld.


Références et notes :

[1] Two Randomized Trials Provide No Consistent Evidence for Nonmusical Cognitive Benefits of Brief Preschool Music Enrichment. Samuel Mehr, Adena Schachner, Rachel Katz, Elizabeth Spelke. PLOS ONE, 10.1371/journal.pone.0082007.

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