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Pas de lien entre l’exposition au mercure et les comportements autistiques

Le 28 juillet 2013

L’impact potentiel d’une exposition à de faibles niveaux de mercure sur le développement du cerveau - notamment par les femmes qui consomment du poisson pendant leur grossesse - a longtemps été une source de d’inquiétude, et certains ont même déclaré que ces éléments chimiques pourraient avoir été responsables de troubles du comportement tels que l’autisme. Cependant, une étude récente qui a passé en revue plus de 30 années de recherches en République des Seychelles a rapporté qu’il n’y avait aucune association entre une exposition prénatale au mercure et des comportements de type autistiques.

"Cette étude ne montre aucune preuve de corrélation entre une exposition à des faibles niveaux de mercure et les comportements entrant dans le spectre de l’autisme chez les enfants dont les mères ont mangé en moyenne jusqu’à 12 repas de poisson par semaine pendant leur grossesse" dit le Dr Edwin van Wijngaarden de l’Université de Rochester et auteur de l’étude publiée dans le journal Epidemiology [1]. "Ces résultats s’ajouteront aux éléments déjà existants sur le fait que l’exposition aux éléments chimiques ne jouent pas de rôle important dans l’apparition de ces comportements".

Le débat à propos de la consommation de poisson a créé un dilemme de longue date chez les mères enceintes et les médecins. Le poisson est riche en éléments nutritifs comme le sélénium, la vitamine E, les protéines maigres et les acides gras oméga-3 ; ces derniers sont essentiels au développement du cerveau. En même temps, l’exposition à des niveaux élevés de mercure a montré provoquer des problèmes développementaux, pour en arriver à l’affirmation que les mères exposent leur fœtus à des déficiences neurologiques sérieuses en mangeant du poisson pendant leur grossesse. Malgré le fait que les conséquences développementales d’une exposition à de faibles niveaux demeurent inconnues, certaines organisations comme la FDA Américaine avaient recommandé que les femmes enceintes limitent leur consommation de poisson.

La présence de mercure dans l’environnement est répandue, et prend son origine à la fois de sources naturelles comme les volcans et comme un produit dérivé du charbon qui émettent l’élément chimique. La plupart de ce mercure finit sa course en se déposant dans les océans du monde entier où il se transmet dans la chaine alimentaire et éventuellement dans le poisson. Alors que les niveaux de mercure trouvés dans le poisson individuel sont généralement faibles, des inquiétudes ont vu le jour à propos des effets cumulés d’une alimentation fréquente en poisson.

La République des Seychelles a montré être l’endroit idéal pour analyser l’impact potentiel sur la santé d’une faible exposition persistante en mercure. Avec une population de 87000 personnes répartie sur l’archipel des iles dans l’Océans Indien, la pêche est à la fois une industrie importante et une source primordiale de nutrition ; les habitants locaux consomment dix fois plus de poisson que les populations des USA et d’Europe.

L’étude "Seychelles Child Development Study" a été créée au milieu des années 1980 pour étudier précisément l’impact d’une consommation de poisson et d’une exposition au mercure sur le développement infantile. Ce programme est l’une des études épidémiologiques les plus vastes de ce genre.

"L’étude des Seychelles a été conçue pour suivre une population sur une longue période de temps, et pour se focaliser sur une exposition au mercure appropriée" dit le Dr Philip Davidson, chercheur à la Seychelles Child Development Study. "Alors que la quantité de poisson consommée aux Seychelles est largement plus importante que dans les autres pays du monde industrialisé, on considère toujours qu’il s’agit d’une exposition de faible niveau".

L’étude sur l’autisme a impliqué 1784 enfants, adolescents et jeunes adultes ainsi que leurs mères. Les chercheurs ont été en mesure de déterminer le niveau d’exposition au mercure prénatal en analysant des échantillons de cheveux qui ont été collectés sur les mères sur le point d’accoucher, un test qui peut s’approcher des niveaux de mercure trouvés dans le reste du corps y compris dans le fœtus en croissance.

Les chercheurs ont ensuite eu recours à deux questionnaires pour déterminer si les participants de l’étude affichaient des comportements entrant dans le spectre de l’autisme ou pas. Le "Questionnaire de Communication Sociale" a été complété par les parents des enfants, et "l’Échelle de Réactivité Sociale" a été complétée par leurs professeurs. Ces tests, qui comprennent des questions sur les aptitudes de langage, sur la communication sociale et sur les comportements répétitifs, ne fournissent pas de diagnostic définitif, mais ils sont largement utilisés aux États-Unis comme outil d’examen initial et ils peuvent suggérer un besoin d’évaluation plus poussé.

Les niveaux de mercure des mères étaient ensuite comparés avec les scores des tests de leurs enfants, et les chercheurs ont découvert qu’il n’y avait aucune corrélation entre l’exposition prénatale et des preuves de comportements de types autistiques. Ces résultats sont en phase avec ceux des études précédentes du pays qui avaient mesuré les aptitudes de langage et d’intelligence, entre autres résultats, et qui n’avaient pas observé d’autres effets secondaires développementaux.

L’étude ajoute des éléments de preuve à la croyance émergente que le "bon" peut l’emporter sur le possible "mauvais" quand il s’agit de la consommation de poisson pendant la grossesse. Plus précisément, si le mercure influence défavorablement le développement de l’enfant à ces niveaux d’exposition, alors les bénéfices des nutriments trouvés dans le poisson peuvent contrecarrer ou peut-être même dépasser les effets potentiellement négatifs du mercure.

"Cette étude n’a pas trouvé d’association conséquente chez les enfants des mères qui ont un niveau de mercure qui était de six à dix fois plus élevé que ceux trouvés aux USA ou en Europe" dit Davidson. "C’est une population de référence, et si ça n’existe pas ici alors ça n’existe probablement pas du tout".


Références et notes :

[1] Autism Spectrum Disorder Phenotypes and Prenatal Exposure to Methylmercury. van Wijngaarden, Edwin ; Davidson, Philip W. ; Smith, Tristram H. ; Evans, Katie ; Yost, Kelley ; Love, Tanzy ; Thurston, Sally W. ; Watson, Gene E. ; Zareba, Grazyna ; Burns, Christine M. ; Shamlaye, Conrad F. ; Myers, Gary J.Epidemiology.

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