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Portables et cancer : des études frauduleuses

Le 22 septembre 2008

Certains groupes alertent régulièrement le public sur les "dangers du portable", et ses probables liens avec le cancer. Un communiqué, venant d’un groupe de médecins paniqués, avait même fait la une il n’y a pas si longtemps, bien qu’ils n’aient aucun élément scientifique définitif à se mettre sous la dent, ceux-ci faisaient notamment reposer leur intuition sur deux études ayant associé le cancer à l’utilisation des portables.

Malheureusement pour eux, Science [1] a rapporté que des accusations de fraudes ont été portées à l’encontre du groupe de scientifiques dont les articles apportaient des preuves des dangers potentiels des téléphones portables.

L’article déclare :

"Les deux seuls articles, montrant que les champs électromagnétiques des téléphones cellulaires pouvaient causer des dommages à l’ADN, sont au centre d’une controverse pour fraude à l’Université Médicale de Vienne. Les critiques ont soutenu que les données semblaient être trop belles pour être vraies, ce qu’une enquête universitaire du mois de mai a confirmé, en concluant que les données des deux études avaient été fabriquées et que les articles seront retirés."

La technicienne qui travaillait sur les études (Elisabeth Kratochvil) a démissionné, et l’auteur principal des deux papiers, Hugo Rüdiger, est tombé d’accord avec le Recteur de l’Université pour les retirer. Mais depuis, l’histoire a empiré car l’auteur principal de l’étude a changé d’avis, affirmant que la technicienne nie les méfaits qui lui sont reprochés. Il est maintenant d’accord pour retirer un seul article, déclarant que les critiques ont été payés par l’industrie des téléphones portables, qui a tout intérêt à discréditer toute preuve du danger de ses produits.

Il faut noter que les conclusions en question étaient déjà litigieuses quand elles ont été publiées, cela dû au fait qu’il n’y a aucun mécanisme clair par lequel ces champs électromagnétiques pouvaient casser l’ADN. Bien entendu, une forte corrélation ne peut être niée sur le simple argument que le mécanisme sous-jacent n’est pas connu. Mais l’absence d’un mécanisme est susceptible de pousser les scientifiques à examiner les résultats plus en détail.

Mécanisme manifeste ou non, le laboratoire de Rüdiger n’a pas été le seul groupe rapportant que les champs électromagnétiques des portables semblaient avoir des effets biologiques :

D’autres équipes ont rapporté des effets des portables plus subtils que les dommages causés à l’ADN, tels que des modifications dans l’activation des gènes ou leur expression : "Si ces travaux ne sont pas solides, alors nous n’avons plus qu’à abandonner l’hypothèse selon laquelle ces champs peuvent avoir des effets génotoxiques." déclare Anna Wobus, biologiste développementale au Leibniz Institute of Plant Genetics and Crop Plant Research de Gatersleben en Allemagne, qui a étudié les effets des champs électromagnétiques sur les cellules souches.

Dans tous les cas, c’est parce que les résultats rapportés par le groupe de Rüdiger semblaient si surprenants que d’autres scientifiques se sont penchés dessus. L’un des scientifiques à l’origine de cet examen minutieux, Alexander Lerchl, professeur de biologie à l’Université Jacobs de Brême, a conclu que la variation des données provenant d’un article de 2005 publié dans Mutation Research était trop faible pour être compatible avec "les données d’expériences biologiques".

Lerchl a alerté les éditeurs de Mutation Research, qui ont pris acte de sa remarque. Cependant, ils ont noté qu’avec une méthodologie correcte, "il aurait été impossible de fabriquer des données produisant les résultats désirés."

La commission d’éthique de l’Université Médicale de Vienne a cependant lancé une enquête sur l’article de 2005 et sur un autre de 2008. Cette commission d’enquête a conclu que "Les données n’avaient pas été mesurées expérimentalement, mais fabriquées.

Depuis cette conclusion, aucun communiqué n’a été fait. Comment dans ce cas le public peut-il avoir un jugement fiable sur le sujet si seules les études "positives" (ou prétendues telles) lui sont rapportées, répétées, râbachées, mais que jamais les études négatives, ou les cas de fraudes comme celui-ci, n’ont l’audience réservée aux informations plus sensationnelles ?

Les données supposées être en aveugle ne l’étaient pas. Les prévisions des expérimentateurs étaient donc biaisées. Même s’il n’y avait aucune tentative consciente de fabriquer ou de falsifier les données, le fait que l’expérience ne soit plus en aveugle a compromis l’objectivité des résultats.

- L’imposture scientifique en 10 leçons. Michel de Pracontal.
- La Souris truquée. Enquête sur la fraude scientifique. William Broad, Nicholas Wade.
- Vivre dans les champs électromagnétiques. Pierre Zweiacker.


Références et notes :

[1] Fraud Charges Cast Doubt on Claims of DNA Damage From Cell Phone Fields. Science, Vol. 321. no. 5893, pp. 1144 - 1145.

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