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Pourquoi certains psy ignorent la science ?

Le 5 octobre 2009

C’est une bonne chose que les divans soient trop lourds pour être lancés, parce que les disputes entre thérapeutes risquent de s’envenimer. Pendant des années, les psychologues qui dirigeaient des recherches se sont plaint à propos de ce qu’ils voyaient comme étant un biais antiscientifique chez les cliniciens qui traitent des patients.

Mais le voile s’est levé. Dans une analyse sur deux ans publiée dans Perspectives on Psychological Science, des psychologues, menés par Timothy Baker de l’Université du Wisconsin, reconnaissent que de trop nombreux cliniciens "n’utilisent pas les interventions pour lesquelles il existe le plus grand nombre de preuves d’efficacité" et "donnent plus d’importance à leurs expériences personnelles qu’à la science". Il en résulte que les patients n’ont aucune certitude que leur "traitement soit scientifiquement valide". Walter Mischel, de l’Université de Columbia, qui a fait un éditorial sur le même sujet, est plus sévère encore. "Cette déconnexion entre ce que les cliniciens font et ce que la science a découvert représente un embarras déraisonnable" dit-il, et qu’il y a un "large fossé entre la pratique clinique et la science."

Ce "large fossé" reflète les progrès substantiels que la recherche psychologique a fait en identifiant les traitements les plus efficaces. Grâce aux études cliniques aussi rigoureuses, disons que celles de cardiologie, nous savons maintenant que les thérapies cognitives et comportementales (qui enseignent aux patients à gérer leurs pensées d’une autre manière, plus saines, et d’agir en conséquence) sont efficaces contre la dépression, les attaques de panique, la boulimie nerveuse, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et les troubles de stress post-traumatique, avec de multiples études ayant montré que ces traitements, les outils des psychologues, apportent plus de bénéfices durables avec des taux de rechute plus faibles que les médicaments que les psychologues non médecins ne peuvent prescrire.

Des études ont aussi montré que les thérapies comportementales de couple aident les alcooliques à s’abstenir, et que les thérapies familiales peuvent aider les schizophrènes. Les neurosciences ont identifié les mécanismes cérébraux grâce auxquels ces interventions marchent, leur apportant une crédibilité supplémentaire.

Tout ceci restera lettre morte s’il l’on va chercher de l’aide du côté des psychothérapeutes typiques, voire de certains psychologues. Des millions de patients reçoivent à la place des "traitements" chaotiques comme la thérapie par la méditation, la communication facilitée, la thérapie assistée avec les dauphins, l’EMDR et, comme le dit Baker, "on a arrêté de compter au-delà des mille formes de thérapie utilisée". Bien que certains traitements soient efficaces, ils sont "très rarement utilisés", fait-il remarquer. "Relativement peu de psychologues les apprennent ou les pratiquent".

Pourquoi tout les psy ne les utilisent-ils pas ? Tout comme certains médecins homéopathes ou acupuncteurs refusent de prendre en considération les données scientifiques, le problème est pire encore en psychologie où de nombreux psychothérapeutes et psychologues résistent à la médecine fondée sur les preuves. Avant tout, dit Baker, les psychologues cliniques sont "profondément ambivalents sur le rôle de la science" et "ils manquent d’une solide formation scientifique", à cause de leurs programmes de formation diplômante très légers en science. Un tiers des patients vont mieux quelque soit la thérapie reçue, "et les psychologues se souviennent de leurs réussites, les attribuant, faussement, au traitement utilisé. C’est assez effrayant de penser que notre profession est une charade".

Quand ils sont confrontés à une preuve que les traitements qu’ils proposent ne sont pas supportés par la science, les cliniciens déclarent qu’ils savent mieux que les études ce qui marche. Dans les enquêtes, ils reconnaissent que la valeur de leur expérience personnelle est plus importante que les preuves expérimentales, et un groupe de travail de 2006 de l’Association Américaine des Psychologues (groupe dominé par les cliniciens) a donné un poids égal aux expériences personnelles et aux preuves cliniques et scientifiques, position qu’ils défendent comme un moyen d’éviter "la médecine-livre-de-cuisine". Une enquête de 2008 sur 591 psychologues et leur pratique privée, a trouvé qu’ils faisaient davantage confiance en leur expérience et celle de leurs collègues que dans la science quand il s’agissait de décider comment traiter un patient, (ce qui est moins vrai des psychiatres, ces derniers recevant une formation scientifique plus solide).

Si une humiliation publique ne sert à rien, les scientifiques réclament un nouveau système d’accréditation pour "stigmatiser les programmes et praticiens pseudoscientifiques". Ce qui pourrait produire une nouvelle génération de thérapeutes appliquant la science, mais cela ne fera rien pour ceux qui pratiquent déjà.

- Les nouveaux psys : Ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain. Collectif.
- Le livre noir de la psychanalyse : Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Collectif.
- Pour en finir avec la pata psychologie ? Kalisz Bruyer.


Références et notes :

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