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Pourquoi croit-on en Dieu ?

Le 10 novembre 2017

Les croyances religieuses ne sont pas reliées à l’intuition ni à la pensée rationnelle.

Une étude des Universités de Coventry et d’Oxford remet en question la tendance croissante qui cherche à montrer que le fait de croire au surnaturel est quelque-chose qui nous vient "naturellement" ou intuitivement. Elle montre que les croyances religieuses ne sont pas associées à l’intuition ni à la pensée rationnelle.

Des études passées avaient suggéré que les personnes qui ont des croyances religieuses fermes et solides sont plus intuitives et moins analytiques, et que quand elles pensent de façon plus analytique leurs croyances religieuses diminuaient.

Mais une recherche de chercheurs, de neuroscientifiques et de philosophes de Conventry et d’Oxford montre que ce n’est pas le cas, et que les gens ne sont pas "nés croyants". Cette étude – qui comprenait des tests sur des pèlerins qui ont pris part au célèbre pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle et une expérience de stimulation cérébrale – n’a pas trouvé de lien entre la pensée intuitive/analytique, ou l’inhibition cognitive (une aptitude à supprimer les pensées et les actions indésirables), et les croyances surnaturelles.

Au lieu de cela, les scientifiques ont conclu que d’autres facteurs, comme des processus éducatifs et socio-culturels, sont susceptibles de jouer un rôle plus important dans les croyances religieuses. Leur étude, publiée dans Scientific Report [1], remet en question la tendance croissante chez les psychologues cognitifs ces 20 dernières années qui vise à montrer que le fait de croire au surnaturel est quelque-chose qui nous viendrait "naturellement" ou intuitivement.

L’équipe a commencé par faire une enquête sur l’une des routes de pèlerinage les plus populaires, celle de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils ont demandé aux pèlerins d’évaluer la solidité de leur foi, de leurs croyances et le temps qu’ils passaient à faire le pèlerinage, et ils ont évalué leur niveau de pensée intuitive avec une tâche de probabilité dans laquelle les participants devaient décider entre un choix logique ou instinctif.

Les résultats n’ont pas montré de lien entre la force des croyances au surnaturel et l’intuition.

Dans une seconde étude, dans laquelle ils ont utilisé des énigmes mathématiques pour augmenter l’intuition, ils n’ont pas non plus trouvé de liens entre les niveaux de la pensée intuitive et les croyances surnaturelles.

Dans la dernière partie de leur recherche, ils ont utilisé la stimulation cérébrale pour augmenter les niveaux d’inhibition cognitive dont on pense qu’elle régule la pensée analytique. Cela impliquait de faire passer un courant électrique inoffensif entre deux électrodes placées sur le crâne du participant pour activer son gyrus frontal inférieur droit, une région du cerveau qui gère le contrôle inhibiteur.

Une étude précédente sur l’imagerie cérébrale avait montré que les athées utilisaient plus cette région du cerveau quand ils voulaient supprimer des idées surnaturelles. Les résultats ont montré que tandis que la stimulation du cerveau augmentait les niveaux d’inhibition cognitive, cela ne modifiait pas les niveaux de croyances surnaturelles, ce qui montre qu’il n’y a pas de lien direct entre l’inhibition cognitive et la croyance surnaturelle.

Les scientifiques de conclure qu’il est donc prématuré d’expliquer la croyance en Dieu comme étant quelque-chose d’intuitif ou de naturel. Ils déclarent que leur recherche soutient plutôt la théorie que la religion est un processus reposant sur l’acquis (par opposition à l’inné) et qui se développe à cause de processus socio-culturels, comme l’éducation.

L’auteur de l’étude déclare : "qu’est-ce qui dirige nos croyances en Dieu – l’intuition ou la raison, le cœur ou la tête ? C’est un long débat, mais nos études ont remis en cause la théorie selon laquelle le fait d’être un croyant religieux est déterminé par le fait qu’un individu fasse plus appel à la pensée intuitive ou analytique."

"Nous ne pensons pas que les gens sont ’nés croyants’ de la même façon que nous apprenons inévitablement une langue dès le plus jeune âge. Les données sociologiques et historiques montrent que ce en quoi nous croyons repose principalement sur des facteurs sociaux et éducatifs, et non pas sur des styles cognitifs, comme la pensée intuitive/analytique."

"La croyance religieuse est plus probablement enracinée dans notre culture plutôt que dans une espèce d’intuition ou d’instinct primitif."


Références et notes :

[1] Supernatural Belief Is Not Modulated by Intuitive Thinking Style or Cognitive Inhibition. Scientific Reports, 2017.

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