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Pourquoi le consensus scientifique ne convainc pas toujours

Le 15 septembre 2010

Les individus ayant des valeurs concurrentes ne sont pas d’accord avec ce que la plupart des scientifiques disent.

Supposez un ami proche qui tente de vous expliquer les faits sur les changements climatiques, et qui vous demande si vous pensez qu’un scientifique ayant écrit un livre sur le sujet est un expert digne de confiance qui maitrise bien son sujet. Vous voyez sur la quatrième de couverture que l’auteur est titulaire d’un doctorat dans un domaine pertinent provenant d’une prestigieuse université, qu’il enseigne dans une faculté et est membre de l’Académie des Sciences. Pensez-vous que votre ami reconnaitra ce scientifique comme étant un "expert" ?

Si vous êtes comme la plupart des gens, la réponse sera probablement : "cela dépend".

Et une étude [1] a découvert que cela ne dépendait pas du fait que la position que prend le scientifique est en accord avec celle acceptée par l’Académie des Sciences. Au lieu de cela, cela dépendra plus probablement si la position que prend le scientifique est compatible avec celle de la plupart des individus qui partagent vos valeurs culturelles.

C’est le résultat d’une étude dirigée par Dan Kahan, professeur à l’Université de Yale et ses collègues, qui ont cherché à comprendre pourquoi le public restait constamment divisé sur des sujets sur lesquels des scientifiques experts sont largement d’accord.

"Nous savons, grâce à des études antérieures, que les gens avec des valeurs individualistes, qui ont un fort attachement au commerce et à l’industrie, tendent à être sceptiques à propos des déclarations sur les risques environnementaux, tandis que ceux ayant des valeurs égalitaires, qui déplorent l’inégalité économique, tendent à croire que le commerce et l’industrie polluent l’environnement" explique Kahan.

Dans l’étude, les sujets avec des valeurs individualistes étaient 70% plus susceptibles que ceux ayant des valeurs égalitaires d’identifier le scientifique comme un expert s’il décrivait les changements climatiques comme étant un risque bien établi. Alors que les sujets égalitaires étaient 50% moins enclins que les individualistes à considérer le scientifique comme étant un expert s’il déclarait que les preuves sur les changements climatiques n’étaient pas fondées.

Les résultats de l’étude étaient identiques quand on montrait aux sujets une information et qu’on les questionnait sur d’autres matériaux reconnus comme "consensus scientifique". Les sujets étaient beaucoup plus susceptibles de voir un scientifique, avec des titres honorifiques, comme un "expert", quand il ou elle prenait position avec ce qui correspondait aux propres valeurs culturelles des sujets à propos des risques nucléaires ou des lois sur le port d’armes.

"Ce sont tous des sujets sur lesquels l’Académie Nationale des Sciences a fait des comptes-rendus issus de consensus d’experts" dit Kahan. En utilisant les comptes-rendus comme référence, Kahan explique "qu’aucun groupe culturel dans notre étude était plus susceptible qu’un autre d’avoir raison, i.e. d’identifier correctement le consensus scientifique sur ces sujets. Ils étaient tout simplement plus enclins à rapporter que ’la plupart’ des scientifiques était en faveur de la position rejetée par le consensus de l’Académie des Sciences, si le compte-rendu parvenait à une conclusion contraire à leurs propres prédispositions culturelles."

Dans une enquête à part, l’étude a également découvert que le public Américain en général était culturellement divisé sur ce qu’est le "consensus scientifique" sur les changements climatiques, le nucléaire les lois sur le port d’armes.

"Le problème ne vient pas de ce qu’il y a d’un côté ceux qui croient en la science, et de l’autre ceux qui s’en méfient" dit Kahan, se référant à une théorie alternative expliquant pourquoi il y a un conflit politique sur ces sujets intensivement étudié par les scientifiques.

Il dit que la raison la plus probable de cette disparité, comme le montrent les résultats des études, "c’est que les gens tendent à garder un enregistrement biaisé de ce que croient les experts, comptant un scientifique comme ’expert’ seulement lorsque ce dernier est d’accord avec la position qu’ils trouvent culturellement agréable."

Après avoir compris cela, les chercheurs pourraient tirer certaines conclusions expliquant pourquoi le consensus scientifique semble échouer à s’installer dans les débats publics, lorsque le sujet entre dans des positions culturelles différentes.

"C’est une erreur de croire que le ’consensus scientifique’, de sa seule force, suffira à écarter les polarisations culturelles sur des sujets qui admettent des recherches scientifiques. Les mêmes dynamiques psychologiques qui poussent les gens à former une position particulière sur les changements climatiques, la puissance nucléaire ou le port d’armes peuvent aussi modeler leurs perceptions sur ce qu’est le ’consensus scientifique’".

"Le problème ne sera pas réglé en essayant simplement d’augmenter la confiance dans les scientifiques ou la compréhension de ce que croient les scientifiques. Pour s’assurer que le public n’ait pas de perception biaisée de ce que les scientifiques découvrent, il est nécessaire d’utiliser des stratégies de communication qui réduisent la probabilité que les citoyens, qui ont différents systèmes de valeurs, sentent que ces découvertes scientifiques représentent une menace pour leurs engagements culturels."

- Les influences inconscientes de l’effet des émotions et des croyances sur le jugement. Ahmed Channouf.
- La dissonance cognitive. Poitou jean-Pierre.


Références et notes :

[1] The Journal of Risk Research

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