Accueil du site > Psychologie > Pourquoi nous gardons nos fausses croyances

Pourquoi nous gardons nos fausses croyances

Le 14 septembre 2018

Une étude montre que c’est le retour provenant des autres, plutôt que les preuves, qui nous font penser que nous avons raison.

Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi ceux qui croient en la Terre plate, qui nient le réchauffement climatique ou l’holocauste, restent accrochés à leurs croyances face aux éléments de preuve pourtant accablants du contraire ?

Des chercheurs de l’Université de Berkeley en Californie ont montré que le feedback provenant des autres individus, plutôt que les preuves solides, stimulent les certitudes des gens quand ils apprennent des nouvelles choses ou qu’ils essayent de démêler le vrai du faux [1].

Ces psychologues ont trouvé que les croyances des gens sont plus susceptibles d’être renforcées par les réactions positives ou négatives qu’ils reçoivent en retour en réponse à leurs opinions, à ce qu’ils font ou échangent, plutôt que par la logique, par le raisonnement et les données scientifiques.

Cette recherche montre comment les individus gèrent l’information qui remet en cause leur vision du monde, et comment certaines habitudes d’apprentissage peuvent limiter l’horizon intellectuel d’un individu.

"Si vous pensiez en savoir beaucoup sur un sujet donné, même si ce n’est pas le cas, vous êtes moins susceptible d’être suffisamment curieux pour explorer le sujet plus en profondeur, et vous n’arriverez pas à vous rendre compte que vous en savez en fait très peu," explique le Dr Louis Marti, auteur de l’étude.

Cette dynamique cognitive peut être à l’œuvre dans tous les domaines de la vie réelle ou virtuelle, y compris dans les médias sociaux et les rédactions, et elle pourrait expliquer pourquoi certaines personnes sont facilement dupées par les charlatans.

"Si vous utilisez une théorie farfelue pour faire une prédiction correcte une ou deux fois, vous pourriez vous accrocher à cette croyance et ne pas vouloir collecter davantage d’informations," expliquent les chercheurs.

Plus précisément, l’étude a examiné ce qui influence les certitudes des gens pendant qu’ils apprennent. Elle a trouvé que la confiance des participants reposait sur leur performance la plus récente plutôt que par des résultats accumulés sur le long terme.

Dans le cadre de leurs expériences réalisées à l’Université de Rochester, plus de 500 adultes ont été recrutés via une plateforme de crowdsourcing en ligne, et ils devaient visionner différentes associations de formes colorées sur leurs écrans d’ordinateurs. On leur demandait d’identifier quelles formes colorées appartenaient à la catégorie "Daxxy", qui est en fait un objet imaginaire inventé par les chercheurs pour leurs expériences.

Sans avoir aucun indice sur ce qui définissait un "Daxxy", les participants devaient deviner à l’aveugle quels éléments constituaient un Daxxy quand ils visionnaient les 24 formes colorées différentes et recevaient un retour s’ils tombaient justes ou non. Après chaque estimation, ils devaient dire s’ils étaient confiants ou pas dans leur réponse.

Les résultats finaux montrent que les participants ont constamment fait reposer leurs certitudes, sur le fait d’avoir ou non identifié un Daxxy, sur les quatre ou cinq dernières estimations au lieu de toute l’information qu’ils avaient rassemblée durant l’expérience.

"Nous avons découvert qu’ils pouvaient avoir obtenu les 19 premières estimations toutes fausses, mais que si les cinq dernières étaient justes, ils se sentaient très confiants," disent les chercheurs. "Il ne s’agit pas d’un manque d’attention, ils apprenaient ce qu’est un Daxxy, mais ils n’utilisaient pas la plus grande partie de ce qu’ils avaient appris pour les informer sur leur certitude."

Une personne en phase d’apprentissage ferait, dans l’idéal, reposer ses certitudes sur les observations amassées dans le temps ainsi que sur les retours d’information des autres. "Si votre objectif est de parvenir à la vérité, la stratégie qui consiste à utiliser votre feedback le plus récent, plutôt que toutes les données que vous avez accumulées, n’est pas une grande tactique," concluent les scientifiques.


Références et notes :

[1] Louis Martí, Francis Mollica, Steven Piantadosi, Celeste Kidd. Certainty Is Primarily Determined by Past Performance During Concept Learning. Open Mind, 2018.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :

| | | Fil RSS | Contacts | Plan du Site | © 2018 - Charlatans.info |