Accueil du site > Science > Pourquoi tant de faux positifs en médecine ?

Pourquoi tant de faux positifs en médecine ?

Le 19 août 2009

Vous avez sans doute déjà été surpris et embrouillé par les résultats d’études contradictoires. Vous vous êtes peut-être dit que la profession médicale était quelque peu composée d’individus névrosés qui changeaient d’avis plus fréquemment que vous ne changez de chemise.

Qu’en est-il vraiment ?

La réponse est complexe, et il faut en examiner les raisons. Premièrement, le corps humain est si incroyablement complexe que nous apprenons constamment de nouvelles choses à son sujet. Comment les médicaments, les aliments et l’environnement l’impactent au niveau cellulaire comme au niveau du système organique. Il y aura toujours de nouvelles informations, certaines d’entre elles pouvant contredire les précédentes, et d’autres qui les confirment ou ajoutent une nouvelle facette à ce qui avait été appris. Parce que le comportement humain est aussi si compliqué, il est beaucoup plus difficile de prouver une relation de cause à effet claire avec certains traitements et interventions, ceci à cause du pouvoir qu’a l’esprit humain de percevoir des bénéfices où il n’y en a pas (effet placebo).

En second lieu, les médias, par leur nature, cherchent à présenter des données avec moins d’ambigüités qu’il y en a réellement. Le Dr Barker Bausell explique cette tendance :

- La superficialité est plus facile à présenter que la profondeur,
- Les médias ne peuvent pas traiter avec l’ambigüité, la subtilité et la diversité (qui caractérisent toujours les efforts scientifiques impliquant de nouveaux domaines d’investigation ou le comportement humain en général),
- L’étrange reçoit toujours plus d’attention que le commun.

Les médias sont sous une intense pression pour trouver des sujets courts afin de capter et conserver l’attention du public. Ce n’est pas leur travail que de faire une analyse prudente et détaillée des informations sur la santé qu’ils présentent. Ainsi, il n’est pas étonnant qu’un article de recherche suggérant qu’une certaine plante pourrait influencer l’expression d’une protéine cancéreuse dans une assiette de Pétri devienne : "une plante comme nouveau remède contre le cancer" !

Troisièmement, la méthode scientifique (si elle n’est pas suivie dans des études rigoureuses, randomisées et contre placébo) est un nid à faux positifs. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que le défaut d’une recherche (avant même qu’elle commence) est qu’il y aura une association positive entre l’intervention et le résultat. Nous pouvons faire une étude sur l’utilisation thérapeutique potentielle des barres sucrées pour traiter l’eczéma, et il est probable (si l’on n’est pas prudent) que le résultat montrera une corrélation positive entre les deux.

Il y a de nombreuses raisons donnant des résultats positifs (par exemple, une efficacité faussement attribuée à une thérapie donnée) dans la recherche scientifique. Ces "artéfacts expérimentaux" comme on les appelle, sont très fréquents et doivent être pris en compte dans la méthodologie d’une étude. Voici quelques facteurs produisant des résultats positifs :

- L’histoire naturelle : la plupart des conditions médicales ont des symptômes fluctuants, et beaucoup s’améliorent tous seuls avec le temps. Ainsi, pour de nombreuses conditions, l’on doit s’attendre à une amélioration pendant la durée de l’étude, et ce quelque soit le traitement.
- La régression vers la moyenne : les gens sont plus susceptibles de rejoindre une étude quand leur maladie/problème est à l’apogée de son histoire naturelle. Ainsi, il est plus probable que les symptômes s’amélioreront pendant l’étude que s’ils l’avaient rejointe à une époque où les symptômes n’étaient pas si forts. Dans une étude donnée, il y a une tendance pour des participants en particulier d’aller mieux après le début de l’étude.
- L’effet Hawthorne : les gens se comportent et vivent les traitements différemment quand ils sont étudiés. Par exemple, si une personne sait qu’elle va être observée sur sa productivité au travail, elle pourra travailler plus dur pendant l’étude. Les résultats ne reflèteront donc pas un comportement typique.
- Les limites de la mémoire : les études ont montré que les gens attribuent une amélioration plus importante des symptômes rétrospectivement. La recherche qui fait confiance dans les souvenirs des patients court le danger d’accroitre les taux de faux positifs.
- Les biais expérimentaux : il est difficile pour les chercheurs de traiter tous les sujets d’étude d’une manière identique s’ils savent quel patient reçoit le traitement expérimental contre un placébo. Leur gestuelle et la façon dont ils interrogent les sujets pourraient fonder des attentes de bénéfices. Ainsi, les scientifiques sont avides de démontrer des résultats positifs dans un but de publication.
- L’attrition expérimentale : les gens rejoignent habituellement des études parce qu’ils attendent un bénéfice du traitement qu’ils vont recevoir. S’ils suspectent être dans le groupe placébo, ils sont plus susceptibles de quitter l’étude. Cela peut influencer les résultats de l’étude et faire que les patients les plus malades, qui ne perçoivent aucun bénéfice du placebo, quittent l’étude en cours, laissant les cas les plus modérés essayer de taquiner leur réponse à l’intervention.
- L’effet placebo : le meilleur est gardé pour la fin. La tendance naturelle des sujets d’étude est de percevoir un traitement comme efficace. Des recherches antérieures ont montré qu’environ 33% des sujets d’étude rapporteront que le placebo a un effet thérapeutique positif.

Ainsi, si les médias veulent capter votre attention par des représentations exagérées de découvertes scientifiques, et que les résultats de ces recherches eux-mêmes semblent en faveur d’un effet qui pourtant n’est pas réel, alors comment diable savoir ce qu’il faut faire des informations médicales ?

La réponse à cette question n’est pas simple, et elle nécessitera une importante implication intellectuelle. Ce qu’il faut savoir, cependant, peut se trouver par ici


Références et notes :

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :

| | | Fil RSS | Contacts | Plan du Site | © 2019 - Charlatans.info |