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Une étude réfute les mythes sur le sexe et la réussite en maths

Le 13 décembre 2011

Une importante étude à partir de données internationales récentes sur la performance en mathématiques, jette un nouveau doute sur l’hypothèse populaire à propos de la réussite en maths et le genre - en particulier l’idée selon laquelle les filles et les femmes ont moins d’aptitudes à cause d’une différence biologique.

"Nous avons testé certaines hypothèses récemment proposées qui essayaient d’expliquer le prétendu fossé entre les sexes en mathématiques, et avons découvert qu’elles n’étaient pas confirmées par les données" dit Janet Mertz, auteure de l’étude de l’Université de Wisconsin-Madison.

Au lieu de cela, les chercheurs ont associé les différences de performances en mathématiques à des facteurs sociaux et culturels.

L’étude, publiée dans Notices of the American Mathematical Society [1], a analysé les données provenant de 86 pays, que les auteurs ont utilisées pour tester "l’hypothèse de la plus grande variabilité masculine" exposée à grand fracas en 2005 par Lawrence Summers, alors président de Harvard, comme étant la principale raison de la rareté des femmes mathématiciennes.

Cette hypothèse tient pour vrai le fait que les hommes s’éloignent davantage de la moyenne des deux côtés du spectre, et de ce fait, sont plus représentés dans les secteurs les plus performants. Mais, en utilisant des données internationales provenant des études Trends in International Mathematics and Science Study (2007) et Programme in International Student Assessment (2009) [2], les auteurs de l’étude ont observé que cette grande fluctuation des hommes dans la réussite en maths n’existe pas dans certains pays, et que dans d’autres pays elle est principalement due aux garçons qui ont des scores faibles, ce qui indique qu’il y a plus un rapport avec la culture qu’avec la biologie.

"Ils ont regardé les ensembles de données internationales sur plusieurs années" dit Mertz. "Ce qui a changé c’est que beaucoup plus de pays non Occidentaux participent maintenant à ces études, ce qui permet une meilleure analyse interculturelle."

L’étude du Wisconsin a aussi réfuté l’idée proposée par Stephen Levitt, auteur du livre Freakonomics, selon laquelle l’inégalité entre les sexes n’entravait pas la performance en maths des filles dans les pays musulmans, où la plupart des étudiants sont dans des écoles non mixtes. Levitt affirmait avoir réfuté une conclusion antérieure selon laquelle cette inégalité entre les hommes et les femmes limitait la réussite des filles en mathématiques. Il suggérait au lieu de cela, que la culture musulmane ou les classes non-mixtes permettaient aux filles d’être meilleures en mathématiques.

En examinant les données en détail, les auteurs ont noté qu’il y avait d’autres facteurs à l’œuvre. "Les filles qui vivent dans les pays du Moyen-Orient, comme au Bahrein, n’ont en fait pas de très bons scores, mais leurs garçons ont des scores encore pires, un résultat qui n’a pas de lien ni avec la culture musulmane ni avec la scolarisation en classes non-mixtes" dit Kane.

Il suggère que les garçons du Barhein pourraient avoir des scores moyens plus faibles en mathématiques parce que certains vont dans des écoles religieuses dont le cursus comprend peu de mathématiques. Certaines filles qui sous-performent arrêtent l’école, ce qui rend l’échantillon féminin testé d’un huitième des diplômés peu représentatif de la population globale.

"Pour toutes ces raisons, nous pensons qu’il est plus raisonnable d’attribuer principalement ces différences de la performance en mathématiques à des facteurs sociaux spécifiques à chaque pays" dit-elle.

Pour mesurer le statut des femmes par rapport aux hommes dans chaque pays, les auteurs se sont appuyés sur un index des différences entre les sexes, qui comparent les hommes et les femmes en termes de revenus, d’éducation, de santé et de participation politique. En associant ces indices aux scores en maths, ils ont conclu que la réussite en mathématiques pour les garçons et les filles tendait à être plus importante dans les pays où l’égalité entre les sexes était la meilleure. En outre, dans les pays les plus riches, la participation des femmes et le salaire étaient le principal facteur associé aux scores plus élevés en maths pour les deux sexes.

"Nous avons découvert que les garçons, tout comme les filles, tendent à être meilleurs en maths quand ils sont élevés dans des pays où les femmes ont une plus grande égalité, et cela est nouveau et important" dit Kane. "Il est logique que quand les femmes sont plus instruites et ont un bon revenu, les scores de leurs enfants en maths, qu’ils soient fille ou garçons, en bénéficient."

Metz ajoute : "de nombreuses personnes croient que l’égalité entre les sexes est un jeu à somme nulle : si on donne plus aux femmes, les hommes auront moins. Nos résultats indiquent qu’au moins pour la réussite en maths, l’égalité des sexes est une situation gagnant-gagnant."

La France est au 22° rang du Programme in International Student Assessment de 2009 en maths, derrière la plupart des pays Occidentaux et d’Asie de L’Est. L’une des solutions avancées, qui est de remettre au gout du jour les classes non-mixtes, n’est pas confirmée par les données. Au lieu de cela, les auteurs de l’étude recommandent d’augmenter le nombre de professeurs agrégés en mathématiques.

"Ce n’est pas une question de biologie : aucune des quatre études ne suggère qu’une différence biologique innée entre les sexes soit la raison principale de ce fossé en maths entre filles et garçons. Plutôt, ces études internationales majeures suggèrent fortement que ce fossé, là où il existe, est dû à des facteurs socioculturels qui diffèrent selon les pays, et que ces facteurs peuvent être modifiés."

- Féminin Masculin : Mythes et idéologies. Collectif.
- Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ? Catherine Vidal.


Références et notes :

[1] Debunking Myths about Gender and Mathematics Performance. Jonathan Kane, Janet Mert, Notices of the American Mathematical Society.

[2] Programme in International Student Assessment

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