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Une étude sur la chélation s’attire les foudres des critiques

Le 27 mars 2013

Une étude controversée qui a examiné les effets de la thérapie par chélation, un traitement non conventionnel, sur les maladies cardiovasculaires a fait l’objet d’un feu nourri de critiques suite à sa publication dans un journal scientifique de référence [1].

L’étude a trouvé que la thérapie par chélation, dont l’objectif est de retirer les métaux lourds et nocifs du sang, a légèrement réduit le risque d’accidents cardiovasculaires, comme les crises cardiaques et les attaques, les hospitalisations pour les douleurs à la poitrine, et le besoin de passer par une opération du cœur chez des individus qui ont déjà eu une crise cardiaque. 26% des participants de l’étude qui ont reçu une chélation ont vécu de tels événements, comparés aux 30% dans le groupe placébo.

L’étude a été très critiquée parce qu’elle n’a pas tenu compte des 18% de participants qui l’ont quittée. Cependant, dans une version mise à jour des résultats, les chercheurs ont utilisé des méthodes statistiques pour prendre cet élément en compte, et ont toujours trouvé que la chélation réduisait le risque d’accidents cardiovasculaires.

Les résultats pourront certes permettre de guider une recherche future, mais ils "ne permettent pas de confirmer le recours à la thérapie par chélation" chez les patients cardiaques, disent les chercheurs. Malgré ses révisions depuis qu’elle a été présentée lors de la conférence de l’American Heart Association l’an dernier, les experts déclarent que l’étude publiée ce jour dans le Journal of the American Medical Association est toujours si entachée de défauts que ses résultats n’ont aucune signification.

Par exemple, le National Institutes of Health (NIH) et le National Center for Complementary and Alternative Medicine (NCCAM), qui ont financé l’étude, avaient accès à l’information à propos des traitements que recevaient les patients, ce qui a pu biaiser les résultats. En outre, certains des établissements qui ont pris part à l’étude pratiquaient déjà la chélation, traitement non démontré scientifiquement, ce qui remet en question leur aptitude à conduire une étude rigoureuse (certains établissements utilisaient la chélation pour traiter d’autres conditions comme l’autisme).

"Les contribuables ont payé 31 millions de dollars pour réaliser une étude qui a été suffisamment mal faite pour ne rien nous apprendre" écrit Steven Nissen dans un éditorial [2].

Mettre la thérapie par chélation à l’essai

La thérapie par chélation est utilisée depuis des années comme traitement médical alternatif sans qu’il y ait de preuve de son bénéfice. On estime qu’en 2007, environ 111000 adultes Américains ont reçu une chélation pour différentes conditions, dont des maladies cardiovasculaires. Cette nouvelle étude avait pour objectif d’évaluer de façon rigoureuse les bénéfices et les risques du traitement.

La thérapie consiste à injecter un produit chimique dans le sang, l’acide éthylène diamine tétraacétique (EDTA), qui se lie aux métaux lourds. La seule condition que la thérapie est autorisée à traiter est l’empoisonnement aux métaux lourds.

Certains déclarent que l’EDTA s’associe au calcium dans les plaques artérielles et réduit ou retire les plaques ; cependant, cela n’a jamais été scientifiquement prouvé selon la Clinique Mayo. Le traitement peut causer des niveaux anormalement bas de calcium dans le corps. Il y a déjà eu des comptes-rendus, dans le passé, de patients qui sont décédés suite à la thérapie, disent les chercheurs.

Dans cette nouvelle étude, 1708 personnes âgées de 50 ans et plus qui n’avaient pas eu de crise cardiaque au moins six moins plus tôt, ont été réparties au hasard soit pour recevoir des infusions d’EDTA, soit des infusions d’un placébo. Environ 4 ans et demi plus tard, 222 patients du groupe de la chélation ont vécu un accident cardiovasculaire, comparés aux 261 dans le groupe placebo. Mais avant que l’étude ne se termine, 311 patients l’avaient abandonnée.

La thérapie était relativement sûre comparée au placebo, mais les experts ont noté que le traitement avait été donné dans un environnement très contrôlé dans lequel les patients étaient fréquemment enregistrés pour des complications potentielles.

"Cette étude met en lumière une controverse scientifique qui n’avait pas été testée auparavant" déclare le Dr Gary Gibbons. "Nous en savons maintenant plus sur la sécurité et l’efficacité de cette thérapie qu’avant l’étude. Il faudra plus de recherches pour complètement comprendre ces résultats avant que ce traitement puisse être appliqué dans un cadre clinique sur des patients cardiaques" dit-il.

Critique de l’étude

Bien que les médecins et les patients de l’étude n’aient pas été conscients de qui recevait le traitement et qui recevait le placebo (méthode connue sous le nom de "double aveugle"), le NIH et le NCCAM étaient autorisés à recevoir cette information. Le double aveugle est mis en œuvre dans les études pour empêcher que les chercheurs ne faussent l’étude en influençant les résultats, intentionnellement ou non.

Parce que le NIH et le NCCAM ont envoyé leurs membres dans les réunions dans lesquelles les données de l’étude étaient analysées, il y avait une possibilité que des biais s’introduisent dans l’étude. "Ce type de comportement de la part d’une instance comme le NIH est scandaleux et inacceptable" dit Nissen.

En outre, la plupart des accidents cardiovasculaires qui ont eu lieu dans le cadre de cette étude n’étaient pas considérés comme des critères d’évaluation, ni des événements objectivement mesurables comme l’étaient les décès ou les crises cardiaques. Au lieu de cela, ils étaient considérés comme des critères plus "légers", telle qu’une hospitalisation pour une douleur dans la poitrine et le besoin de poser des stents, qui sont plus subjectifs en termes de nécessité.

C’est parce que la crédibilité des résultats est remise en question, "qu’il est difficile de réellement comprendre ce que cela signifie, et c’est frustrant" dit-elle. L’étude est pourtant passée par un examen élargi avant d’être publié.

Étant donné la controverse entourant cette étude, et l’absence de résultat évident, le futur de la recherche sur le sujet n’est pas clair. Nissen déclare estimer que cela couterait 100 millions de dollars ou plus pour réaliser une étude assez grande pour répondre à cette question. En concluant qu’il ne voyait aucune entité, publique ou privée, susceptible de financer une telle expérience.


Références et notes :

[1] Chelation Therapy May Modestly Reduce The Risk Of Overall Cardiovascular Events In Some Patients. Journal of the American Medical Association, 2013 ;309(12):1241-1250.

[2] JAMA. 2013 ;309(12):1293-1294.

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