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Une seconde vie pour un traitement discrédité ?

Le 17 août 2008

Le débat en sommeil sur la vitamine C comme moyen de lutter contre le cancer pourrait bien refaire surface. Des chercheurs ont découvert qu’injecter de hautes doses de vitamine C à des souris a ralentit la croissance des tumeurs. Ces découvertes pourraient remettre en cause le point de vue actuel sur l’inutilité de la vitamine C en tant que traitement contre le cancer.

L’idée que de hautes doses de vitamines C, ou acide ascorbique, sont capables d’aider les patients atteints de cancers est apparue vers la fin des années 1970. Elle avait déclenché de vifs débats au sein de la communauté des chercheurs, jusqu’aux études de 1979 et de 1985, réalisées par des chercheurs de la clinique Mayo de Rochester, qui avaient conclu en l’absence total de bénéfices. Linus Pauling, notamment, était grand adepte et fervent partisan de l’absorption de hautes doses de vitamine C, mais il n’a jamais pu prouver leur efficacité.

Mark Levine, médecin et biologiste cellulaire à l’Institut National du Diabète et des Maladies Digestives et Rénales de Bethesda dans le Maryland, a décidé de remettre le couvert après avoir réalisé que les patients des études de la clinique Mayo n’avaient fait qu’absorber (via le système digestif) la vitamine. Or, selon Levine, l’intestin n’absorbe seulement qu’une quantité limitée d’acide ascorbique, de ce fait les patients ne bénéficiaient pas d’une dose complète.

Levine et ses collègues ont testé de hautes doses de vitamine C directement sur les tumeurs. Ils ont cultivé 43 types de cellules cancéreuses et cinq souches de cellules normales à la vitamine C. Pour 75% des tumeurs types, moins de 10 millimoles de la vitamine ont tué environ la moitié des cellules tout en épargnant les cellules normales.

Ensuite, les chercheurs ont implanté des cellules cancéreuses provoquant cancers du pancréas, du sein et du cerveau. Ils injectèrent suffisamment de vitamine C à la moitié des rongeurs pour que la concentration de fluide autour des cellules atteigne au moins 10 millimoles. Les tumeurs des souris qui avaient reçu les doses ont eu une croissance de 41% à 50% moins importante que celles des souris n’ayant rien reçu.

Chez les êtres humains, la concentration d’acide ascorbique dans le fluide extracellulaire ne dépasse habituellement pas 0,2 millimole. Mais dans d’autres études, des chercheurs avaient injecté à des êtres humains la même solution qu’ils ont donnée aux souris, et augmentèrent la vitamine C dans le sang jusqu’à plus de 10 millimoles. Ces bénéficiaires ne montrèrent que peu d’effets secondaires, note l’équipe.

Leurs résultats montrent que l’injection de hautes doses de vitamine C pourrait être une arme contre le cancer, concluent les chercheurs dans une édition des Proceedings of the National Academy of Sciences [1]. Levin spécule sur le fait que des doses massives d’acide ascorbique déclenchent une réaction chimique qui produit de hauts niveaux d’eau oxygénée. Les cellules normales ont des enzymes et d’autres mécanismes qui empêchent le peroxyde d’hydrogène de les endommager.

Mais certaines cellules cancéreuses semblent perdre ces contrôles et meurent lorsque les concentrations d’eau oxygénée sont trop élevées. Levine affirme que le potentiel de traitement du cancer, avec des effets secondaires minimes, fait que les recherches sur la vitamine C méritent d’être poursuivies, et ce malgré les controverses historiques passées sur le traitement.

D’autres chercheurs sont motivés par ces résultats. Chi Dang, biologiste du cancer, qui a lui aussi réalisé des travaux similaires avec de la vitamine C à l’Université John Hopkins de Baltimore, pense que les données sont solides et méritent de plus amples approfondissements : "J’espère que les gens regarderont tout ceci avec objectivité sans s’encombrer du bagage de l’histoire" dit-il. Stephen Barrett, webmestre de www.quackwatch.org, quant à lui, a longtemps été opposé à l’utilisation de hautes doses de vitamine C et reste sceptique que cela puisse déboucher sur des applications humaines.

Effectivement, une souris n’est pas un être humain et nombreux sont les traitements qui semblaient prometteurs chez la souris mais n’ont rien donné chez l’être humain, ou étaient trop dangereux pour que les études puissent se poursuivre. Le seul risque étant que les plus impatients courent chez leur praticien pour se faire injecter de la vitamine C par intraveineuse, sans que les effets secondaires et les interactions soient parfaitement connus.


Références et notes :

[1] Pharmacologic doses of ascorbate act as a prooxidant and decrease growth of aggressive tumor xenografts in mice. Q Chen, M. Graham Espey, A. Sun, C Pooput, K. Kirk, M. Krishna, D. Khosh, J. Drisko, M. Levine

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